Le barrage Sidi El Barraq à Nefza, Béja.

Le barrage Sidi El Barraq à Nefza, Béja.

La question de l’eau revêt, rappelons-le encore, une importance capitale pour toute forme de vie, que dire alors du développement des sociétés humaines. Dans cet article nous évoquons la crise actuelle et proposons des pistes de solution pour la dépasser.

Ces derniers temps, et avec l’avancement de l’été, les coupures d’eau potable se sont multipliées dans de nombreuses régions du pays, d’où l’émergence de mouvements sociaux urbains accusant les autorités de mauvaise gestion de nos ressources hydriques. Les réponses de cette dernière n’ont pas tardé à venir, comme si l’accès à l’information sur l’état de nos ressources n’est accessible qu’en période de crise !

Il est clair que l’administration qui s’est accaparée la gestion de l’ensemble de nos ressources hydriques se veut au-dessus de tout soupçon, et qu’elle se garde toute l’information pour qu’elle ne soit pas objet d’interrogations sur ses choix et ses options. Cela a toujours été le cas, mais l’espace de liberté dont nous bénéficions –encore !- a permis à nombreux de nos concitoyens d’exprimer leur mécontentement et leur refus de la manière dont ces ressources sont gérées notamment par la SONEDE.

Manque de ressources dans les barrages ?

L’argument majeur avancé des coupures d’eau est le manque de ressources mobilisables dans les barrages, or la réalité le dément :

  • Le barrage Sidi El Barraq, à Nefza rejette annuellement autant d’eau qu’il ne retient. Les transferts des eaux de ce barrage sont pratiquement négligeables par rapport à ce qu’il contient.

    Des ouvrages de transfert lui sont raccordés à partir des barrages Zarga (Ain Draham), El Kebir et El Moula (Tabarka, non encore mis en eau ; voir plus loin). Si ce barrage rejette encore de l’eau en mer, pourquoi lui raccorder d’autres, sinon pour pomper l’eau et la rejeter en mer ?

  • Le barrage Barbra (Ain Draham), relié à Bou Hertma, par un ouvrage de transfert non fonctionnel, retient une eau d’excellente qualité, laissée sans exploitation.
  • Les deux barrages construits dans la région de Tabarka (El Kebir et El Moula) n’ont pas été mis en eau depuis la fin des travaux de leur construction. Le premier, en raison de la déviation de la route qui relie Tabarka à Ain Draham qui connaît nombreux glissements non encore traités, et le second, en raison d’un joint dans la structure du barrage qui n’a pas été remplacé.

La soif du Nord

09/12/2015

Comme souligné plus haut, ces deux barrages sont reliés à Sidi El Barraq. Si ce dernier rejette encore de l’eau en mer, pourquoi alors lui pomper de l’eau des deux barrages précités ? Pourquoi avoir construit ces deux barrages sans les avoir mis en eau ?

Il apparaît clairement que les raisons invoquées par l’administration (absence de ressources disponibles) ne concordent pas avec la réalité de nos ressources en eau. Les raisons tues concernant le non-transfert de l’eau des barrages sont les coûts occasionnés par le pompage. Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir pensé à générer de l’énergie à partir d’un des barrages pour amortir le coût énergétique des transferts, par exemple ?

Sans évoquer d’autres cas, ajoutons que la rétention de l’information ne concerne pas uniquement les services chargés des grands barrages, mais aussi la SONEDE qui ne diffuse aucune information sur la qualité de l’eau qu’elle dessert à nos concitoyens !

Ajouter à cela le fait souligné par le dernier rapport de la Cour des Comptes qui pointe une perte d’environ le quart du volume de l’eau destinée à la consommation humaine dans les réseaux de la SONEDE et que cette dernière se trouve dans l’incapacité d’atténuer ces pertes.

Sans évoquer le cas de l’eau utilisée dans l’irrigation et les dysfonctionnements que connaît ce système, disons simplement que cette eau profite essentiellement à l’agro-business (exportation de produits agricoles hyper-consommateurs d’eau et aux industriels, notamment ceux de la transformation des tomates).

Le secteur de l’assainissement connaît lui aussi des manquements pointés par le rapport publié par la Cour des Comptes sur la question.

Quelles solutions, privatiser ?

Nombreux sont ceux qui appellent à la privatisation du service des eaux en Tunisie, en raison des manquements enregistrés dans la gestion de cette ressource. Si la politique adoptée par les différents organismes chargés de la gestion de l’eau montre son incapacité à répondre aux attentes de nos concitoyens, cela ne veut point dire que la solution aux problèmes auxquels nous faisons face passe par la privatisation.

Clairement, les différentes administrations chargées de la gestion des ressources en eau se doivent d’être transparentes, et rendent accessible les informations relatives à cette ressource qui est un bien commun à l’ensemble de la société. La gestion de l’eau n’est pas uniquement technique comme nombreux veulent le faire savoir, mais elle est foncièrement politique, et doit nécessairement répondre aux besoins de la société.

Une ouverture sur la société civile est plus que jamais nécessaire, pour asseoir un climat de confiance entre les différents acteurs de la gestion de cette ressource, et l’administration est mandatée par la société pour la servir et non l’asservir !