Walid Mattar a néanmoins bien pris la précaution de mettre en évidence qu’il y a des échelons dans la souffrance. De manière souvent subtile ou quelques fois moins, telle ce bus et ce train qui se quittent après avoir roulé un bon chemin en parallèle, « Vent du Nord » met en évidence qu’Hervé est et reste mieux loti dans son enfer que Fouad dans sa damnation. Il y a cependant d’autres précautions que Walid Mattar n’a pas prises. Dès que la caméra fait mine de reculer pour mettre la vie de chacun des deux protagonistes dans son univers propre, le propos change. Ou plutôt le ton. Contre la complexité du monde qui entoure Hervé, la construction subtile des personnages et leur dynamique parfois inattendue ; contre l’effet des structures et l’oppression bureaucratique qui écrase l’être humain français et l’empêche de vivre, Walid Mattar n’oppose qu’un paysage morne, des personnages sans vie et des sous-chefs déshumanisés comme agents d’oppression. Contre le grand effort de recherche et de documentation effectué au Nord1, Walid Mattar n’a opposé que les clichés colonialistes les plus éculés.

Un scénario bien ficelé au nord, bâclé au sud

Sous les coutures du montage parallèle, l’intrigue suit son cours tranquille de part et d’autre de la Méditerranée. Elle culminera au même moment pour l’un et pour l’autre. Et le basculement a lieu au moment où les deux personnages se feront face. Mais si l’histoire est bien huilée au nord, le scénario n’arrive pas à entrainer le côté sud dans son sillage. D’un côté une progression limpide, de l’autre un récit haché. Une illustration parfaite en est le plan magnifique montrant Hervé courant sur la plage pour rattraper son canot, allégorie de toute beauté mettant cet homme seul, en apparence faible et impuissant, en lutte contre la nature, le ciel bleu et les nuages surplombant la plage et la montagne : Tous ces éléments écrasant de leur majesté cet homme seul qui court. Qui se bat malgré tout !