Noomane El Fehri n’est pas content ! L’ancien ministre et député constituant ne décolère pas, il s’est fendu d’une publication sur sa page facebook pour y dénoncer un scandale : l’Instance Vérité et Dignité a prorogé son mandat de sept mois. L’ancien élu y voit un signe de « désintégration de l’Etat ». Et tant pis si la décision a été prise en vertu d’une loi votée à la quasi-unanimité (avec une voix d’abstention) vu qu’il n’a pas jugé utile de prendre part au scrutin. C’est bien connu, les absents ont toujours raison !

Même si le terme n’est pas lâché, on comprend que M. El Fehri s’inquiète pour le prestige de l’Etat (haybet ad-dawla), cette promesse d’un retour à l’ordre qui a sans doute été la principale raison de l’élection de l’actuel président de la République. Notre cher constituant a dû être particulièrement occupé cette semaine, car le « prestige de l’Etat » a été sérieusement mis à mal, mais pas forcément par l’Instance présidée par Sihem Ben Sedrine !

Lundi dernier, le tribunal d’instance de Ben Arous a été le théâtre d’une manifestation organisée par des syndicats de police pour protester contre l’audition par le juge d’instruction de cinq de leurs collègues poursuivis pour actes de torture sur un détenu. Une cinquantaine de policiers en uniforme ont encerclé le tribunal afin de faire pression sur le magistrat. Tollé chez une partie de l’opposition démocratique et de la société civile, ainsi que dans le corps judiciaire. Certainesfigures médiatiques (qui prennent systématiquement fait et cause pour les policiers) et des hommes politiques ont préféré justifier la torture par le fait que l’accusé ait été arrêté puis relâché dans l’affaire Belaïd. Mais le plus gênant dans l’histoire est la réaction des autorités. Le ministère de l’Intérieur n’a pas publiquement communiqué sur l’affaire et il a fallu attendre plus de 48 heures pour que le porte-parole du gouvernement annonce « l’ouverture d’une enquête ». Les magistrats ont bien été reçus par le Chef du gouvernement mais aucune arrestation n’a été recensée. Dans d’autres affaires, souvent de mœurs, on a connu plus grande célérité !

Ce qui s’est passé à Ben Arous aurait dû alerter les partisans de l’ordre constitutionnel et de l’Etat de droit. Mais force est de constater que les promoteurs du « Prestige de l’Etat » ont, pour la plupart, été aux abonnés absents. Il convient alors de questionner ce concept pour savoir s’il s’agit réellement d’une défense de l’intérêt général ou si, pour une partie de l’élite, certains secteurs (régions, familles politiques, instances) sont moins légitimes que d’autres pour accéder aux responsabilités ou pour présenter des revendications. Certaines déclarations du président de la République et des partis et médias qui lui sont proches sont éclairantes en la matière.