Il est 4h du matin. Monia quitte son logement à Hafsia pour commencer sa collecte, sa fille de 3 ans installée sur la poussette en métal. Elle s’apprête à arpenter les rues du centre-ville de Tunis pour ramasser les bouteilles en plastique usagées, jusqu’à 14h. Depuis septembre dernier, cette mère de 38 ans en recueille quotidiennement entre 10 et 12kg. « Sortir si tôt, ça me fait très peur, mais je n’ai pas le choix », explique-t-elle, « j’ai commencé à travailler à l’âge de 8 ans comme travailleuse domestique. Plus tard, j’ai pu me marier, mais je n’ai essuyé que des refus lorsque j’ai demandé du travail ». C’est lorsque Monia s’est retrouvée à la rue avec sa fille et son mari, inapte à travailler, qu’elle a commencé à récupérer les déchets. Pour environ 8 dinars journaliers, elle est obligée de prendre son enfant avec elle. Ils sont une centaine comme Mounia à être « barbéchas » (fouilleurs, en dialecte tunisien) dans les rues entre le parc du Belvédère et la mosquée el-Fateh. Les femmes sont peu nombreuses, mais comme pour Monia, les difficultés s’accumulent rapidement.