Et si on regardait les images de Fakhri El Ghezal comme on feuillette, sans bruit, les pages d’un journal intime ? La photo est une surface ; le vécu est une durée. Comment les conjuguer ? Nul doute que cela dépend du temps que le regard consent aux images. Mais dans ce temps du regard, transparaît le travail d’un autre temps, plus intime. Fakhri El Ghezal ne sépare pas les deux temps, et pour tout dire les confond, lui qui a plus d’une corde à son arc. S’il a, depuis ses années à l’Institut Supérieur des Beaux-arts de Tunis, rangé très tôt tubes et pinceaux pour pratiquer la photographie, tout en lorgnant vers la vidéo et le cinéma, c’est d’un même pas, à chaque fois différemment décliné, que ces pratiques avancent sans s’oublier. On lui doit le documentaire The after, sorti en 2015 au moment où il croupissait en prison, mais aussi des vidéos comme I’m at the back, réalisée deux ans après, où il revient sur son quotidien dans une solitude partagée.