« Je suis un natif du désert », explique Cheikh Karamallah Amer Al-Abadi, un homme de près de 60 ans. Il parle du désert Arabique, dans l’est égyptien, là où sa tribu, les Ababda, est établie depuis des centaines d’années pour faire paître ses troupeaux. Bien avant d’en être chassée par le changement climatique et les pluies devenues rares au milieu des années 1970, puis par l’État lui-même au début des années 2000, pour lancer des projets d’investissement. Les aléas de la vie ont fini par mener les Ababda vers les sentiers de l’orpaillage pour subvenir aux besoins de leurs enfants. Cheikh Karam Allah s’assied et s’absorbe dans la torréfaction d’un café vert sur un lit de braises, qu’il agrémente de cardamome et de gingembre, la jabana — selon le terme consacré — qui anime les veillées.