Crédit photo : Adriana Vidano

La dynamique pré-électorale est en tout cas bien engagée et les futurs protagonistes n’ont pas attendu le démarrage officiel de cette campagne, fixé au 2 septembre 2019, pour lancer les premières hostilités. Les candidats en lice se répartissent en trois grands groupes essentiels : les islamistes et leurs alliés, les populistes, les modernistes et progressistes. L’ambiance générale est toutefois des plus délétères et reflète la réalité d’un terrain politique chaotique et complètement miné par les effets désastreux de 8 ans de pouvoir direct ou indirect des islamistes d’Ennahdha. Pour faire état des principales caractéristiques de ce tableau, pour le moins désolant, quelques constats suffisent :

Le premier est le fait que le clivage « modernistes / islamistes » des premières années de la révolution a cédé le pas à un cafouillage total ne permettant plus aux électeurs tunisiens (surtout les non avertis parmi eux) de se positionner, sans risque d’erreur, sur l’un des 26 candidats en compétition. Et pour cause, tous ces prétendants à la haute magistrature se revendiquent des mêmes valeurs et mêmes objectifs, à tel point que les mots et concepts abusivement utilisés par la plupart d’entre eux ont fini par perdre leur sens initial et ne veulent pratiquement plus rien dire. Le deuxième est que les seules forces politiques dominantes au pays sont aujourd’hui l’islamisme politique et le populisme naissant. Les deux sont conscients de leur avantage sur les autres partis politiques, mais comptent en plus se servir du système démocratique (qu’ils détestent en réalité) juste pour accéder au pouvoir et se prévaloir par la suite d’une légitimité populaire issue des urnes, qui leur donnerait la possibilité et le droit de tout faire (sans qu’on ne puisse rien leur reprocher). Le troisième est que la famille moderniste et progressiste, censée représenter une alternative crédible au pouvoir actuel,  prouve une fois de plus (et s’il en est encore besoin) qu’elle ne sait plus faire de la politique que dans la division, l’opposition stérile et l’absence de toute stratégie à court ou moyen terme. Serait-elle, pour autant, capable de nous surprendre par un sursaut positif de dernière minute ? Si une telle hypothèse est souhaitée par un bon nombre de Tunisiens, rien n’est malheureusement moins sûr.

Les électeurs tunisiens sont donc avertis et leur responsabilité est historique : l’avenir de leur pays et celui de leurs enfants sont tributaires de leur taux de participation à ces élections et du choix majoritaire qu’ils feront du prochain président de la République.

Cafouillage total remplace le clivage islamistes / modernistes

Un des faits saillants de cette période pré-électorale est sans aucun doute l’attitude très ambigüe des Tunisiens par rapport au mouvement islamiste d’Ennahdha. Si ce dernier essaye de soigner son image, en usant de plusieurs subterfuges, il réussit de moins en moins à convaincre les Tunisiens de la sincérité de son discours.
En même temps, la disparition du clivage islamistes / modernistes, dont certains pourraient se réjouir, n’a pas eu que des avantages. Si, jusque-là, elle nous a épargné les risques de guerre civile survenue dans d’autres pays arabes (Syrie, Lybie…), elle a aussi et surtout contribué à brouiller le paysage politique, à tel point que plus personne ne s’y retrouve.

On le sait très bien, ce clivage qui est arrivé à son paroxysme au moment du sit-in Errahil en août 2013, s’est progressivement transformé en une cohabitation à la tunisienne, à travers la politique (malsaine et contre-nature) du consensus décidée par feu Béji Caïd Essebsi lors de sa rencontre à Paris avec Ghannouchi en 2013. Le résultat, on le connait et il n’est pas nécessaire de s’y attarder : une relative accalmie sur le plan politique et une aggravation de la situation sur tous les autres niveaux. Outre le fait que les objectifs sociaux et économiques de la Révolution aient été mis de côté, on est surtout arrivé à une normalisation, voire une banalisation de la présence des islamistes sur la scène politique (ce qui à priori ne pose aucun problème en soi), mais (fait plus grave) à les considérer et à les présenter de plus en plus à l’opinion publique comme l’acteur principal et presque indispensable. Pendant ce temps, les représentants de la famille moderniste (avec ses différentes composantes) se sont illustrés par la disparition de certains d’entre eux et la dispersion des autres en une multitude de mini-partis se réclamant tous des mêmes idéaux et mêmes principes, mais agissant chacun dans son coin et pour son propre compte.

Pour compléter ce détestable tableau et profitant du chaos qu’il a produit, de nouveaux partis, sortis de nulle part, sont apparus (comme par hasard juste avant les échéances électorales de 2019) à l’initiative de certains affairistes prêts à tout. Disposant d’importants moyens financiers dont l’origine est plus que douteuse, s’appuyant sur des associations caritatives et utilisant un discours populiste, ils prétendent être à la fois antisystème et seuls capables de répondre aux besoins des plus démunis. En somme, tout le monde se dit au service du peuple et de la nation ; des islamistes aux populistes, en passant par ceux qui se présentent comme les représentants du « centre ». Tous prétendent être modernistes, démocrates et même progressistes. C’est ainsi que dans une déclaration à Shems Fm, mercredi 20 mars 2019, le dirigeant nahdhawi et député Abdellatif Mekki a estimé que « le parti Ennahdha était au premier plan des forces progressistes ». « Il est possible qu’un parti conservateur soit aussi progressiste », a-t-il déclaré, ajoutant : « Notre parti conservateur est progressiste dans son essence ».
Allez comprendre quelque chose !

Avec une telle déclaration, on voit bien que les mots sont malheureusement de plus en plus utilisés à tort et à travers et sont carrément dépouillés de leur sens originel. Dès lors, en l’absence de programmes politiques clairs et nets et de sérieux débats contradictoires entre les différents compétiteurs, la tâche de l’électeur tunisien semble devenir des plus compliquées. Pour faire le bon choix et ne pas renoncer à son droit de vote, il a intérêt à être à la fois politisé, bien informé et surtout conscient de l’importance de ces élections pour l’avenir de son pays.

Aujourd’hui, en tout cas, les dés sont jetés et les Tunisiens sont désormais face à leur conscience. Pas moins de 26 prétendants à la haute magistrature sont déjà en compétition. Ce qui pourrait, à priori, être interprété comme un signe positif : il indiquerait d’une part que les élections sont ouvertes à tous les Tunisiens sans aucune distinction ou discrimination et d’autre part que les élites de la nation font preuve d’une grande prédisposition à s’impliquer dans la gestion des affaires de leur pays. Sauf que la réalité est toute autre et que malheureusement les motivations de la plupart de ces candidats sont égoïstement personnelles et/ou partisanes. Sur l’ensemble d’entre eux, une dizaine au grand maximum pourrait légitimement correspondre aux compétences et surtout au profil exigés par cette fonction.

L’obscurantisme et le populisme menacent la démocratie

L’exercice de la démocratie n’est jamais une mince affaire, y compris dans les pays les plus avancés dans ce domaine. Des surprises sont toujours possibles, comme ça a été le cas, par exemple, avec l’élection de Donald Trump aux Etats Unis. Pour être efficace, cet exercice suppose, entre autres conditions, l’existence d’un corps électoral bien avisé, vigilant et préparé à déjouer toute sorte d’abus ou de manipulation. Il nécessite également et surtout un taux de participation massif aux élections et une grande mobilisation des forces du progrès.

Dans un pays comme la Tunisie, où le contexte socio-économique reste des plus compliqués et où la confusion règne sur le paysage politique pré-électoral, la manipulation de l’opinion publique est une grande tentation et une arme très redoutable que beaucoup d’acteurs politiques malintentionnés ne se gênent plus à utiliser. Pour arriver à leurs fins, ils ne se privent de rien. Tous les moyens sont bons, en allant de l’exploitation du fait religieux à l’instrumentalisation de la misère et de la pauvreté des gens, en passant par le recours à la fibre régionaliste.

Le pire dans tout ça, c’est qu’en agissant de la sorte, ils se servent d’un des acquis les plus importants de la révolution de 2011, à savoir le processus démocratique et ce qu’il a engendré comme droits et libertés individuels et collectifs. Et au final, le futur vainqueur des prochaines élections présidentielles pourra toujours se prévaloir du fait d’avoir été porté au pouvoir par le biais d’élections libres et démocratiques. Et on aura du mal à lui contester l’utilisation d’un tel argument ou à l’empêcher, par la suite, de mettre en œuvre son propre programme, aussi dangereux soit-il. En même temps, un tel scénario pourrait permettre à certains (par démagogie ou par ignorance) de chercher à mettre en cause le système démocratique et le rendre seul responsable d’une telle situation. Argument, bien entendu, trop facile et complétement erroné, car les résultats d’une élection sont déterminés avant tout par le nombre de participants parmi les inscrits et surtout celui des votants pour tel ou tel candidat.  Autrement dit, si on n’y fait pas attention, la première victime du désordre total que connait la Tunisie actuellement, pourrait bien être le régime démocratique lui-même et l’utilisation du suffrage universel.

En tout état de cause, s’il faut se féliciter du fait que l’accession au pouvoir, dans notre pays, se fasse désormais par la voie démocratique, on ne doit en aucun cas considérer cet acquis comme une fin en soi et cesser d’être vigilants sur ces risques de dérives qui le menacent. Ignorer les possibilités réelles d’instrumentalisation et de détournement de ce système démocratique (difficilement conquis) au profit de certaines forces rétrogrades et/ou malsaines, c’est tout simplement oublier ou ignorer les leçons de l’histoire, y compris récente, dans ce domaine. Et ce ne sont pas les exemples qui manquent, pour justifier une telle crainte. Celui des élections turques de ces dernières années qui ont permis à Erdogan d’imposer à son peuple un régime totalitaire n’est qu’un échantillon révélateur à la fois proche de notre zone et de notre culture.

Plus loin, dans le temps et dans l’espace, on se rappelle bien sûr qu’Adolf Hitler est également arrivé au pouvoir de façon démocratique (1930-1933) profitant d’une grave crise économique et politique, mais aussi des divisions de la gauche allemande de l’époque, il a réussi progressivement à accéder au pouvoir de façon tout-à-fait légale et grâce au suffrage universel. Ce qui ne l’a pas empêché en l’espace d’un an, d’instaurer et d’imposer un régime totalitaire dont on connait les conséquences. Aujourd’hui, c’est l’ensemble du processus démocratique (encore balbutiant) en Tunisie, qui se trouve pris en tenaille entre à la fois une menace islamiste et un péril populiste.

La menace islamiste

La Tunisie de 2019, n’a donc aucune raison de considérer qu’elle est à l’abri d’un tel scénario. Et pour preuve, le dirigeant et candidat du parti islamiste Ennahdha au poste de président de la République, Abdelfattah Mourou se présente également et officiellement comme un fervent défenseur de la démocratie.

Or le parti qu’il représente vient de nous prouver exactement le contraire, avec les dissensions internes qu’il a connues en son sein, au cours du mois de juillet dernier, à l’occasion de la constitution des listes à présenter pour les prochaines législatives : officiellement, il a été demandé aux militants de base d’Ennahdha dans les régions de choisir leurs représentants ; ce qui a été fait au mois de juin. Ensuite le président du mouvement Rached Ghannouchi a décidé de tout modifier en barrant les noms de plusieurs dirigeants élus pour les remplacer par d’autres. Ce qui a provoqué des réactions en série (et pour la première fois en externe) de la part des responsables et têtes de liste concernés, dont on peut citer Abdellatif Mekki, Abdelhamid Jelassi ou encore Hatem Boulabiar.

Ce dernier, qui était encore membre du conseil de la choura d’Ennahdha disait, par exemple, le 17 juillet 2019, dans une déclaration à l’émission d’Anis Morai, « Dans le vif du sujet » sur RTCI : « …Nous avons tenu des primaires au sein du parti pour élire nos têtes de liste pour les législatives et il y a eu 5000 votants parmi les grands électeurs. Il faut savoir que notre règlement donne le droit au président du parti de modifier 10% des têtes de liste…. Sur les 33 têtes de listes, Rached Ghannouchi a donc le droit de modifier 3 noms. C’était des listes parfaites, élues, 17 femmes, 16 hommes, la parité parfaite a été respectée et nous étions très contents. Le 14 juillet au lieu de modifier 3 têtes de liste comme le lui accorde le règlement, le président en a modifié 30 ! Je pense qu’on est démocrate ou on ne l’est pas …, ajoutant pour conclure : … si les règles ne sont pas respectées au sein du parti, elles ne le seront pas au sein du pays cela va de soi… ». 

Comme on peut donc le constater, une telle déclaration, faite par un des responsables du mouvement lui-même (et qui n’est qu’un exemple parmi d’autres), a au moins l’avantage d’être tellement claire et directe qu’elle ne laisse place à aucun doute sur la conception que les islamistes tunisiens ont de l’exercice du pouvoir et sur le sort qu’ils réservent à la démocratie une fois qu’ils ont pu s’en servir pour eux-mêmes.

Le péril populiste

En dehors de cette menace islamiste évidente, la Tunisie doit faire face aussi à celle, moins connue car plus récente, des mouvements populistes nouvellement apparus. Eux aussi comptent profiter de la fragilité du pays pour essayer de s’emparer du pouvoir (théoriquement et officiellement) par la voie démocratique. Ils n’ont toutefois pas attendu le démarrage de la campagne électorale pour lancer leurs manœuvres tendant à gagner la sympathie et surtout l’adhésion de la partie la plus sensible de la population, celle des oubliés du pouvoir et des plus démunis. Pour y parvenir (et depuis plusieurs mois) différents moyens sont mobilisés : associations caritatives, médias privés mais aussi visites et contacts directs avec un bon nombre d’habitants des régions les plus défavorisées. Leurs chefs de file et candidats sont essentiellement Slim Riahi, Nabil Karoui et Abir Moussi.

Et comme par hasard, les deux premiers ne sont pas tout-à-fait au clair avec la justice, essentiellement pour cause de « fraude fiscale et soupçons de blanchiment d’argent ». Mais, bien évidemment et tant qu’ils n’ont fait l’objet d’aucune condamnation judiciaire définitive, ils bénéficient de la présomption d’innocence. L’Isie ne pouvait donc qu’accepter leurs candidatures respectives à la présidentielle. Ce qu’elle n’a d’ailleurs pas manqué de faire.

Ceci étant, il se trouve que le premier d’entre eux, Slim Riahi, homme d’affaires controversé et sous le coup d’un mandat d’arrêt, est en fuite à l’étranger depuis plusieurs mois. C’est d’ailleurs par l’intermédiaire de son avocat qu’il a pu déposer son dossier de candidature. Pour rassurer ses partisans, il annonce régulièrement son intention de revenir au pays, au moins pour mener sa campagne électorale. Mais ses déclarations sont de moins en moins prises au sérieux. Quant au second, Nabil Karoui, il faut dire que c’est un personnage atypique, qui ne manque ni d’audace  ni d’ambition: un Berlusconi à la Tunisienne, en quelque sorte. Homme d’affaires également controversé et patron d’une grande chaine de télévision, il ne rate aucune occasion pour s’en servir afin de soigner son image, se rapprocher des gens et gagner leur sympathie. Il n’hésite pas, non plus, à se présenter comme un philanthrope toujours prêt à venir en aide aux personnes en difficultés, même s’il utilise pour cela l’argent qu’il récolte auprès de certains de ses téléspectateurs à travers des émissions de télévision créées dans ce but.

Présenté par les sondages comme principal favori de ces élections anticipées, il est toutefois et depuis le 23 août 2019 dans une situation pour le moins inédite pour un présidentiable : il a été arrêté et emprisonné suite à un mandat de dépôt émis à son encontre par la chambre des mises en accusation près du pôle judiciaire et financier. Il est poursuivi pour « corruption financière et blanchiment d’argent » suite à une plainte de l’organisation I Watch depuis 2016. En attendant la clarification des conditions de cette arrestation et notamment de son timing, les médias nationaux et internationaux ne parlent que de lui, souvent au détriment des autres candidats. Et la campagne électorale se trouve du coup complètement polluée par cette histoire. Toujours est-il qu’on serait curieux de voir comment ces deux protagonistes vont s’y prendre pour mener leurs campagnes électorales respectives, en étant l’un en prison (N. Karoui) et l’autre en fuite à l’étranger (S. Riahi). Les jours à venir seraient, à ce titre, très révélateurs.

Enfin la troisième, Abir Moussi, avocate de profession, est une jeune dame apparemment dynamique, audacieuse et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Ancien membre du RCD, elle assume pleinement ses idées et son appartenance à l’ancien régime, auquel elle continue à se référer sans aucune gêne, même si elle le fait de façon sélective, pour ne faire apparaître que les côtés qui l’arrangent. Se disant clairement opposée à la révolution de 2011 et à la nouvelle Constitution, elle tient un discours populiste et revendique notamment un retour à un pouvoir autoritaire et répressif. Sa rhétorique peut évidemment plaire aux nostalgiques du régime de Ben Ali, mais son profil commence sérieusement, au contraire, à inquiéter voire à agacer pas mal de gens. D’ailleurs, même ses idées sur des questions comme l’égalité dans l’héritage sont des plus ambiguës et n’inspirent aucune confiance.

L’éternel éparpillement de la famille « progressiste et moderniste »

Tout le monde le sait aujourd’hui, certains candidats des camps islamistes et populistes ont de très fortes chances de pouvoir passer au moins le cap du premier tour. Et ce qui renforce cette hypothèse, ô combien dangereuse pour l’avenir du pays, c’est que bizarrement leurs adversaires de la famille des modernistes et progressistes ne semblent vouloir tirer aucune leçon du passé et préfèrent avancer dans la division. Ce qui est, bien sûr, totalement suicidaire.

Plusieurs voix se sont pourtant élevées pour appeler à une large concertation au sein de cette famille de pensée, en vue d’un désistement de tous les candidats déclarés au profit de celui d’entre eux qui serait le mieux placé pour l’emporter. Ce qui aurait, sans aucun doute, le mérite de clarifier les choses pour les électeurs et les inciter à voter pour celui qui aurait été choisi. En même temps et en plaçant l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus de leurs ambitions personnelles, les candidats de cette famille qui auraient joué le jeu de l’unité et de la raison contribueraient ainsi à sauver le processus démocratique du désastre qui le menace actuellement et à redonner une image plus positive de la classe politique que celle qu’elle a aujourd’hui.

Mais, il faut croire malheureusement que rien ni personne ne semble en mesure de les rassembler, puisque tous ces appels sont restés, jusqu’à présent, sans succès. Le plus étonnant dans tout ça, c’est que lesdits candidats ne manquent pas d’expérience et savent très bien qu’aucun d’entre eux ne serait, dans l’état actuel des choses, en mesure d’obtenir un score lui permettant de passer au second tour. Au contraire, la multiplication des candidatures ne sert qu’à disperser les voix et faciliter la tâche de leurs adversaires.

Dès lors et pour essayer de comprendre leur attitude, une seule hypothèse reste possible et envisageable : conscients et convaincus de leurs faibles chances de réussite, ils ne viseraient plus en réalité le poste de Carthage, mais juste un petit score leur permettant individuellement de se faire un nom sur le plan national et surtout de pouvoir éventuellement négocier des postes au prochain gouvernement. S’il s’avère exact, un tel scénario dénoterait alors d’un calcul complètement défaitiste et d’une analyse, pour le moins, approximative de l’évolution possible et à venir des rapports de forces politiques en Tunisie après les élections présidentielles et législatives. Souhaitons toutefois que cette hypothèse ne soit qu’une simple extrapolation de notre part et que la réalité et surtout les électeurs nous réservent une situation finale plus joyeuse et plus conforme aux intérêts de la nation.

Les électeurs aussi ont une responsabilité historique

Pour toutes ces raisons, seuls les électeurs pourraient limiter les dégâts. Mais là aussi, il n’y a aucune certitude. Car il faut le reconnaître, le manque de culture politique d’une grande partie de nos concitoyens (et ce n’est pas de leur faute), la tentation abstentionniste (résultant du désespoir de certains) et le clientélisme engendré par la pauvreté (d’une grande partie de la population) représentent des failles si importantes qu’elles risquent de nous engager de façon irrémédiable dans un long tunnel presque sans issu.

Pour éviter ces risques, nous Tunisiens avons l’obligation, vis-à-vis de nous-mêmes et de nos enfants, mais aussi de notre pays d’une façon générale de :

  • Nous débarrasser de la tentation abstentionniste : être dégoûté par le spectacle désolant offert par les hommes et femmes politiques des 8 dernières années peut parfaitement se comprendre. Mais cela ne justifie en aucun cas le fait qu’on leur laisse le champ libre pour qu’ils puissent continuer à détruire le pays. Renoncer à l’exercice de notre droit constitutionnel de vote, par le biais de l’abstention, c’est laisser d’autres choisir et décider à notre place et nous priver par la même occasion de tout droit de contestation par la suite.
  • Refuser de vendre notre vote au plus offrant : de la même façon, ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on doit perdre notre dignité et accepter d’aller voter pour un candidat (quel qu’il soit) juste en contrepartie d’une aide matérielle ponctuelle aussi importante soit-elle.
  • Bien nous renseigner sur les candidats et leurs intentions respectives auprès de plusieurs personnes de notre entourage, pour avoir une idée sur chacun d’entre eux et opter pour celui qui présente le moins de risque pour l’avenir du pays.
  • Ne pas redonner une nouvelle chance à ceux qui ont gouverné (directement ou indirectement) et détruit le pays pendant les 8 dernières années.

Pour ne rien regretter, aux urnes donc, citoyens et citoyennes !