Malek Gnawi

À l’heure où la pratique documentaire en arts visuels connaît un regain prometteur, l’intimité des archives séduit. Une fois exclue l’hypothèse de la table rase, quelle place réserver à ces traces laissées ou attrapées au plus près des vies tues ? Avec l’exposition 0904, qui prend place à l’intérieur de l’ancienne imprimerie Finzi, Malek Gnaoui immerge le visiteur dans le passé pas encore essoufflé d’ex-détenus de la Prison 09 avril de Tunis. L’exposition de 2018 en avait déjà donné le la. On connaît très peu ces pages discrètement tournées, et encore moins leur capacité à déplacer le regard. Sobre, cette deuxième exposition s’inscrit dans une attention à l’invisibilité sociale des prisonniers politiques et de droit commun, pour en faire résonner l’intime vibration à travers les documents et archives matériels qu’ils ont accepté de confier à l’artiste. Si Malek Gnaoui tient là une véritable mine d’or, hors des préoccupations de l’historien, toute la question est de savoir ce qu’il a pu en faire et au prix de quoi.