Crédit photo : Malek Khemiri, collection “Printemps pandémique”

Il y a dans Amazon une double géolocalisation. Celle d’abord évidente de l’Amazonie. Celle aussi, quoique souterraine, de la zone. Double géolocalisation opérante sur le mode de la substitution négative. A la luxuriance, exubérance et explosion de biodiversité, son fondateur Bezos oppose une jungle cartonnée toute d’ordre, de surveillance et de contrôle vêtue. En anglais, Amazon désigne le fleuve qui traverse la forêt tropicale appelée de son côté Amazonia. L’association primaire voulue est donc celle de la liquidité couplée aux superlatifs de ce qui est sans doute le fleuve spectaculaire par excellence (volume de débit, longueur et largeur du bassin les plus importants sur terre).

La seconde substitution négative va droit là où elle doit aller : à la périphérie. Depuis la maison-mère implantée en plein cœur de l’hyper-ville-créative-et-connectée Seattle, s’éparpillent les warehouses un peu partout sur le globe. Occupant de vastes portions de zones, il s’agit d’apposer spatialement la prédominance de l’organisation centrale. L’espace urbain s’étale de tout son long sur l’espace naturel puis à l’intérieur de cette urbanité, l’espace central perfore l’espace périphérique, brise l’adjacent.

Schématiquement, la propagation spatiale d’Amazon ressemblerait comme deux gouttes d’eau à la forme visuelle d’un virus. Une sphère centrale (la maison-mère) à partir de laquelle des membranes satellites se polarisent dans l’environnant. L’on sait que les coronavirus tirent leur nom de la forme couronnée de leurs virions au microscope. Les warehouses seraient les couronnes interconnectées de l’entreprise. Il est question ici de la couronne solaire : l’atmosphère haloïque autour de l’astre, observable soit par le biais d’un coronographe soit à l’œil nu lors d’une éclipse totale. C’est-à-dire quand la centralité est obstruée de sorte que se révèle sa zone.