Voici quelque idées et opinions d’un citoyen tunisien nouvellement libre.

1. Qu’une enquête publique sur le RCD soit réalisée afin de pouvoir purger le parti.

Mais avant cela, et au plus vite, il faut commencer par notre gouvernement de transition. Nous devons être surs de ces hommes et femmes car le peuple tunisien doit avoir confiance en son gouvernement. Car n’oublions pas que même l’opposition ‘légale’ (puisque légalisée par Ben Ali pour le servir) à quelques exceptions près (PDP…) a fricoté avec l’ancien régime. Donc elle est aussi dangereuse que le RCD. Pour que le gouvernement actuel soit purgé des brebis galeuses, que cesse la contestation -à juste titre, surtout que le RCD a les postes clés- de ce gouvernement et qu’ils puisse se mettre au travail il faudrait un comité de réconciliation nationale (vu le grand nombres d’adhérents, volontaires ou semi-volontaires à ce parti, on n’aura pas le choix) qui permettrait de rétablir le lien de confiance entre nous et notre gouvernement.

Le RCD, une fois affaibli par ce nettoyage, deviendra un parti comme un autre. Pourquoi le dissoudre, puisque il pourrait toujours revenir sous une autre forme, un autre nom (ce qu’il fera probablement). Il faut simplement le nettoyer à la suite d’une enquête publique et impartiale, ce qui l’affaiblira immanquablement. Nous avons un pays à reconstruire, et nous n’avons pas le luxe d’exclure les RCDistes qui sont propres. Et si ils sont propres et compétents, la Tunisie a besoin d’eux et de leur expérience, et de leur réseau. Par exemple, Kamel Morjane (malgré ses liens familiaux avec la bande des voleurs) est intègre et compétent, et surtout a ses entrées dans les chancelleries US et européennes, et ces derniers le connaissent bien. Nous aurons besoin d’un soutien de la part de ces démocraties, tôt ou tard, ne serait ce que pour se prémunir de nos voisins immédiats, dont les intérêts sont de détruire notre révolution au plus vite. N’oubliez pas que Gaddafi a déjà essayé de nous envahir et de renverser le régime de Bourguiba, et la, une démocratie serait une menace très grave pour lui. Sans oublier les généraux algériens, qui voient ça d’un très mauvais oeil.

Nous devons rassurer nos principaux bailleurs de fonds et nos pourvoyeurs de devises. Une certaine continuité au niveau des affaires étrangères me semble capitale pour rétablir un climat d’affaires qui permettra à notre économie de croitre à un rythme suffisant pour absorber les chômeurs (on devra d’ailleurs la repenser, puisque nos nombreux diplômés ne trouvent pas de débouchés dans une économie axée sur le low cost.) Le seul bémol est que les puissances occidentales n’ont pas nécessairement intérêt à nous soutenir, mais je pense qu’il vaudrait mieux les avoir à nos côtés que contre nous et cela prend des diplomates d’expérience.

Cette stabilité aura aussi le mérite de rassurer la bourgeoisie locale. Peut être rapatrieront-ils leurs devises et ils l’investiront au pays ? (On pourrait d’ailleurs les amnistier)

2. Établir au plus vite une assemblée constituante, en vue d’aboutir à un système de type parlementaire.

Plus de ‘père’ de la nation, on est assez grands. Il faut que toutes les tendances de la populations y soit représentées. Cela veut dire y inclure les communistes et les islamo-conservateurs, démocrates, contrairement à ce qui a été fait jusqu’à présent.. Pour ces derniers, il faudra repenser à l’article de loi qu’avait instauré Bourguiba et qui empêche un parti politique basé sur la religion. Une contrepartie pourrait être un État laïc à la turque. On pourrait souhaiter garder le statu quo mais on s’aliénerait, à mon avis, la frange la plus conservatrice de la population, qui doit être représentée. Le plus important dans cette constitution : un équilibre des pouvoirs, des gardes fous (y compris de la part de la société civile), et d’y inclure les acquis précédents (code du statut personnel…) et nouveaux, arrachés grâce à la révolution.

3. Pour plus tard, se prémunir de la corruption par tous les moyens (commissions avec des moyens adéquats, lignes anonyme pour les citoyens…).

Il faut que les Tunisiens, mais aussi le monde, aient confiance en la Tunisie et en son État de droit à venir (pas celui de Ben Ali, mais un État avec une justice forte et indépendante) redonnera confiance aux Tunisiens ainsi qu’aux étrangers en notre système économique et judiciaire, l’un n’allant pas sans l’autre. Confiance et transparence, qui découlent de l’État de droit, sont capitales pour garantir la pérennité de notre système financier et in extenso celle de notre système économique. Et permettra l’investissement local et étranger, moteur de l’emploi.

4. Au sujet du gouvernement provisoire :

Personnellement, je suis pour son maintien (malgré tout ce que j’ai dit plus haut, et bien qu’il serait logique de vouloir sa fin, surtout si on pense que certains d’entre eux ont le sang de nos frères et sœurs sur les mains) car ma perception de ce gouvernement fait que j’ai confiance en certains d’entre eux, réputés intègres, et je suis certain que le tout s’est fait avec l’approbation de l’armée, qui ne l’oublions pas, nous a protégés de la tentative de retour de l’ancien régime. Cela veut dire que des variables (avis des américains, UE, et même des Israéliens, qui étaient relativement proches de l’ancien régime) ont été prises en compte et que ce gouvernement est le plus consensuel possible (L’armée je pense joue le rôle d’arbitre-joueur). J’ai confiance en M. Chebbi, respecté par les avocats et juges de ce pays pour son intégrité. Je pense qu’il pourrait mener à bien la transition, dans son cadre légal (la justice est selon moi le ministère le plus important dans ce gouvernement…Ça nous change) jusqu’aux prochaines élections. Celles ci, je pense, n’auront pas lieu avant six mois, et c’est assez pour affaiblir le RCD et donner une chance aux autres partis.

On a encore beaucoup de travail devant nous. Je pense que le temps n’est pas à la manifestation (car je pense que le gouvernement a pris la mesure du pouvoir du peuple, je ne crois pas qu’ils soit assez fou pour nous mener en bateau, le Tunisien l’observe, et c’est tant mieux), mais à la réflexion. Pensons à ce que nous faisons, car dans le tourbillon de la révolution, tout va si vite. Nous sommes à la dernière ligne droite …

Slim Chaou.