Une partie des ministres du gouvernement, jeudi, à Tunis. De gauche à droite : Mohammed Naceur (Affaires sociales), Ahmed Ounaïs (Affaires étrangères), Mohammed Ghannouchi (premier ministre), Mokhtar Jallali (Agriculture), Farhat Rajhi (Intérieur). Crédits photo: FETHI BELAID/AFP

D’abord, je tiens à dire que je n’appelle aucunement au loup contre le nouveau gouvernement, du moins pas encore… Je soutiens à 100% le maintien au pouvoir du gouvernement transitoire actuel, encore une fois pour l’instant… Cependant, je me pose certaines questions et je reste méfiant comme beaucoup d’entre nous.

Le nouveau gouvernement, ou plus précisément le nouveau ministre de l’Intérieur, car c’est lui qui est sous le feu de l’action, n’agit toujours pas, mais réagit.

Toutes les décisions majeures ont été prises sur l’appel de la rue, le chaos et les meurtres de la police sur la population (éviction des cadres au ministère et des ouali après la Kassbah, annonce de dissolution du RCD après le chaos actuel à Gafsa, Kef, Sfax…)

La nomination des nouveaux Ouali (gouverneurs) a même été un échec, car membres du RCD et sans consultation des régions et des locaux…

Le nouveau gouvernement ne s’est pas exprimé à ce jour sur un plan précis d’intervention, mais il agit au coup par coup, selon les événements dictés par « la rue », par le peuple.

Pourtant, un programme honnête, simple et clair pour couper avec l’ancien régime pourrait avoir les grandes lignes suivantes :

RCD en tant qu’organisation aux ramifications mafieuses ayant soutenu un cartel aux activités criminelles :

1- Arrêt des activités du RCD avec mise sous enquête immédiate

2- Séquestre de ses locaux et mise à l’abri des documents en attente d’une enquête

3- Gel effectif et transparent de ses avoirs

4- Dissolution du RCD en raison de son échec, ses alliances intimes et dirigeantes avec une organisation criminelle et les intérêts suprêmes pour le maintien de l’unité de l’état

La dissolution seule est inutile, car c’est une modification sur papier. Ses membres n’ont qu’à se retéléphoner, se réunir dans d’autres locaux et former une demande pour un autre parti…

La dissolution doit donc être obligatoirement associée aux autres points ci-dessus.

Ensuite, comme toute organisation mafieuse, celle du RCD ne dépend pas seulement de dirigeants, mais de tout un réseau :

– Économique, pourvoyeur de fonds

– Médiatique, pourvoyeur de la propagande nécessaire

– Légal, pour la complicité nécessaire dans l’appareil judiciaire : avocats, juges…

– Exécutif, ou la main sale de l’organisation criminelle. Ici, hélas, c’est la police officielle

Il faut donc obligatoirement s’attaquer à cet appareil :

5- Changement des cadres affiliés au sein des entreprises et administration

6- Restructuration profonde des médias (journaux et TV) ayant servi à la propagande sous le régime criminel en écartant les cadres et en les obligeant à une information neutre et ouverte à tous les partis et opposants

7- En poursuivant avocats et juges corrompus sous l’ancien régime criminel.

8- La restructuration profonde de la police qui doit être abordée au plus vite

En utilisant le terme organisation criminelle, un cadre légal pourrait être légiféré à l’encontre du RCD. Après tout, au final, leur parti était dirigé par les chefs de cette organisation criminelle et toutes leurs actions médiatiques, policières, financières et politiques servaient ces chefs mafieux. Où est donc la difficulté à leur octroyer le statut d’organisation criminelle ? Un juge aux clés du ministère de l’Intérieur devrait être à même de légiférer sur grand nombre de ces points, notamment le point ?

Alors, ma question est celle de tous les Tunisiens : qu’est-ce que le gouvernement attend pour aspirer aux demandes du peuple ?

En attendant, les rumeurs les plus folles vont bon train :

1- Il est corrompu et gagne du temps pour la destruction des preuves

2- Il est incompétent

3- Il est impuissant, car ceux qui mènent le bal sont ailleurs !

En attendant, hélas, il semble que seuls les soulèvements populaires avec le chaos et les exactions meurtrières de la police qui se poursuivent, font prendre des décisions à ce gouvernement.

Ahmed Jabri