Photo prise le 15 janvier 2011/REUTERS/Jean-Paul Pélissier

Par Mustapha Kamal

C’est à peine croyable que ces gens là, avec un passé benaliste, chargé puissent dominer la Commission Nationale tunisienne sur la Réforme et dicter leur loi à tout un peuple qui a payé le prix fort de la liberté.

La révolution est en marche et rien n’est encore décidé. La force de contestation qui a balayé Mohammed Ghannouchi peut balayer toute personne et tout symbole de l’ancien régime.

Les tunisiens ne semblent pas savoir ce que révolution veut dire. Car comment peut -t-on concevoir qu’une équipe dirigeante qui a servi onze ans durant Ben Ali, décide à lui seul de nommer une bande de copains et de copines ayant servi encore plus longtemps l’ancien dictateur comme l’a bien expliqué l’auteur de ce post.

Cela revient à dire qu’il n’y avait qu’un seul responsable de 23 ans de malheur absolue qui avait frappé le pays: M. Ben Ali.
Quelqu’un peut me dire ou me donner le nom d’un dictateur qui a gouverné seul son pays?

En 1956 pour se débarrasser du Bay, Bourguiba et ses amis avaient balayé, éradiqué et faire effacer de la mémoire un système monarchique vieux de trois siècles. Pour se débarrasser de son opposant qui lui faisait de l’ombre, le même Bourguiba et ses sbires avaient pourchassé Salah Ben Youssef et les milliers de ses partisans, tués, emprisonnés, torturés et exilés.

Et aujourd’hui on veut nous expliquer et faire croire et faire avaler que Ben Ali était seul à la tête d’un troupeau de moutons inoffensifs tel un berger, on change de berger et tout ira bien.

J’appelle cela se moquer des tunisiens, se moquer de leur révolution et de ses martyrs. La révolution, pour ceux qui en ignorent la définition,veut dire rupture avec le passé ses hommes et son système. Cela veut dire aussi demander des comptes à tous ceux qui ont servi, avec zèle et conviction,le système ses crimes, ses erreurs et ses injustices. Quand on participe au pouvoir on assume les conséquences de ses actes.

A partir de là on fait le tri entre:

1- Les serviteurs zélés du 1er cercle qui sont complices du système et qui doivent assumer publiquement leurs erreurs et répondre, le cas échéant devant la justice, de leurs actes et méfaits.
Certains membres de cette commission pourraient faire partie de cette catégorie de serviteurs zélés et complices.

2- les serviteurs obligés du système, ceux du 2eme cercle, non engagés politiquement, qui ne pouvaient pas faire autrement que travailler sous le système sans zèle ni conviction (hauts fonctionnaires, cadres et professions libérales). Ceux-là doivent être laissés tranquilles sauf implication avérée dans des crimes ou délits, mais écartés des grandes responsabilités politiques dans la Tunisie révolutionnaire.

3- Enfin les serviteurs de basses besognes, les petites mains visibles et invisibles qui faisaient subir directement au peuple tunisien les malheurs de tous les jours (petits fonctionnaires corrompus,policiers, miliciens du RCD, indicateurs de quartier et autres profiteurs et exécuteurs sans foi ni loi) ceux-là doivent être désignés, nommés et maudits, le cas échéant, poursuivis, jugés et condamnés.

Pour faire ce travail d’équité et de justice, la révolution ne doit faire confiance qu’a elle même. D’où l’importance de la création d’un Conseil National de la Révolution avec des représentants dans toutes les villes du pays.

Lequel Conseil aura pour mission:

1- De maintenir la flamme révolution en veille – pour la rallumer à tout moment- jusqu’à aboutissement total des revendications du peuple. Il continuera à animer la marche vers la liberté et la démocratie par des actions spectaculaires: manifestations et sittings périodiques, occupation de l’espace public,actions de grèves et débrayages brèves mais répétées de telle façon que le pouvoir ne se sente pas libre de faire ce qu’il veut qu’il se rende compte qu’il est sous pression permanente pour ne pas commettre des erreurs et des égarements.

2- Le Conseil aura pour rôle aussi de surveiller de prêt, au jour le jour, le travail de ce pouvoir provisoire et d’intervenir à chaque fois qu’il s’avère nécessaire, pour corriger sa marche vers la démocratie: faire changer le premier ministre si nécessaire ( comme cela a été fait) demander et obtenir la démission d’un ministre zélé qui poursuit des objectifs autres que ceux désirés par le peuple. Exercer la pression sur ces commissions de réformes et d’enquêtes qui ont été désignées dans la précipitation et dont certains membres s’avèrent être des serviteurs zélés de la dictature et qui risquent de vider le projet révolutionnaire de ses substances.

Il est encore temps de critiquer au grand jour la composition de ces commissions et de menacer de rejeter leurs conclusions en bloc, si elles osent remettre en cause nos principes fondamentaux: l’arabité, l’islamité et l’unité socioculturelle du pays.

Une révolution est un acte de changement radical ayant pour objectif la rupture avec le passé, surtout quand ce passé est fait d’années noires de malheurs et de douleurs. Une révolution se paie en prix fort, le prix du sang des martyrs, gare à ceux qui cherchent à la détourner de ses objectifs.