Réponse à l’article «Laïcité : Débat hypocrite et inutile»

Par Corsan75

Il est utile et sain de s’interroger sur la Laïcité en Tunisie. Et il n’est pas simplement nécessaire de le faire d’un point de vue religieux. Cette question concerne la Tunisie et les Tunisiens dans leur ensemble.

Une révolution implique l’explosion de tout le système qui exploitait auparavant un état et ses citoyens. L’exemple de la Tunisie de Ben Ali était dictatoriale, répressive. La répression touchait bon nombre d’aspect de la société: vie sociale, vie économique et vie religieuse. La liberté et l’égalité étaient de façade et ne concernaient qu’une frange minime de la population.

En tant que Femme, Tunisienne , musulmane croyante, j’ai une vision de la société et je sais, cependant, que cet idéal est un voeu pieux. Je conçois, par dessus tout, que je n’ai pas à imposer mes choix de vie. J’ai conscience que l’intérêt général doit primer.

Nawaat, le blog collaboratif, a mis en ligne un article signé par Assim («Laïcité : Débat hypocrite et inutile»,) qui en quelques lignes, à peine, à bâillonné la démocratie. J’ai trouvé l’article partisan mais pas inutile contrairement à son auteur qui considère la question de la Laïcité comme nulle et non avenue.

L’auteur de l’article part du postulat que la Tunisie est arabe et musulmane et que le pays doit préserver cette identité afin de ne pas subir le diktat de l’Occident.

Plus grave encore, l’Islam doit prendre pleinement sa place dans la société tunisienne, car selon Assim, elle est majoritaire et se reflétera forcement dans la politique. Le pouvoir de Ben Ali était-il majoritaire dans la société avant sa chute? Les représentants politiques, majoritairement des hommes d’un âge certain sont-ils représentatif aujourd’hui de la Tunisie qui se profile?

La projection de la société tunisienne en «société musulmane» est réductrice, fausse et dangereuse. Tout le monde en convient la Tunisie est en majorité Arabe et musulmane. Personne ne peut remettre cela en cause.

Assim s’est égaré à mi-chemin, pris dans une réflexion qui ne dépasse pas les débats poussifs et discriminants auxquels on assiste en ce moment-même en Europe (et en France en particulier).

Non, Assim nous n’avons pas, uniquement, le choix entre la laïcité à l’occidentale et l’islamisme des talibans. Ce n’est pas à une religion de placer les principes d’égalité dans une société. Nous devons faire de l’éthique et non de la morale car d’expérience tout ce qui est morale finit toujours mal.

La constitution tunisienne, par ces art. 38 et 40, est discriminante : c’est un fait. S’il y a une hypocrisie dans ce débat c’est d’inclure une référence à la religion dans la constitution et l’interdire aux partis politiques. N’exclut-elle pas de fait une partie de la population?

Le débat sur la Laïcité amènerait un début de questionnement sur le cadre politique et légal à créer en Tunisie. Il permettrait la représentativité de toutes les formations politiques. Il est vital de voir se construire en Tunisie un véritable paysage politique. Je crois les Tunisiens suffisamment sereins et intelligents pour appréhender ces questions.

La Tunisie est multiple. Elle est faite d’hommes, de femmes, de musulmans, de juifs, de chrétiens, d’athées, d’agnostiques. Le seul moyen de vivre en paix et dans une relative harmonie n’est pas de se baser sur la religion mais sur la citoyenneté.

La discrimination doit cesser, le pays se relèvera quand une communauté entière et indivisible de citoyens verra le jour.