Par Jribi Mohamed,

Même une montre cassée donne l’heure exacte deux fois par jour. A part un coup d’Etat pour usurper le pouvoir, une véritable prise de pouvoir ne peut être qu’idéologique et culturelle. Peut-on parler d’une victoire idéologique d’un parti ? Oui, et plus précisément c’est celle du parti unique.

S’il y a quelque chose qui a passé entre les mailles du filet lors de la révolution tunisienne c’est bien notre croyance ferme dans le fait que la seule institution capable de transformer la société est l’Etat. Nous ne croyons plus à la société civile ! appelons ça l’idéologie de “l’Etat tout puissant”, c’est l’idéologie dominante et la seule largement homogène à travers les couches sociales et les régions. “Réformer l’Etat, lutter contre la corruption dans l’appareil de l’Etat suffira a réformer la société” autrement dit : “administrer la morale”.

Nous n’avons pas vaincu la logique du parti unique ! Cette logique sort encore une fois vainqueuse en faveur d’un Etat autoritaire, qui cherche une légitimité de façade en associant avec le maximum de partis. Les élections tunisiennes ont montré combien les tunisiens et les tunisiennes sont attachés à l’autodertmination et à la souveraineté . Allons-nous la renforcer ou l’affaiblir sous des prétextes conjoncturels en justifiant une alliance large de quasiment tous les partis dans un gouvernement ? Allons-nous réduire la diversité des courants politiques en Tunisie à un seul interlocuteur qui est l’Etat ? Ou réussirons-nous à mettre en place les bases d’une opposition honnête et forte ? La démocratie ce n’est pas gangner ou perdre. La démocratie c’est quand on verra un jour une véritable alternance sur le pouvoir sur des véritables projets de société. Sans opposition il n’y aura pas d’alternance.

Sommes-nous réduit à croire que le seul espace politique est le conseil des ministres ? Sommes-nous en train de dire que si un parti n’a pas de représentants dans ce conseil sera fatal pour lui ?

Sommes-nous pas en train de négliger encore une fois la société civile ?

Nous avons concentré nos critiques et actions sur la question de la structure du pouvoir et non sur l’économie qui sous-tendait ces structures. Par exemple la discrimination des femmes ne peut pas être résolue par un changement de perception ni de langage, ni même, au sens strict, de comportement individuel et encore moins par un gouvernement. L’oppression de la femme, de l’homme par la religion et de l’ouvrier n’est pas de l’apanage de l’Etat, elle émane de la société même. Par exemple la justice est-elle de l’apanage d’un état fort, est-elle un préalable à une société ? Non, c’est l’inverse qu’il faut reconsidérer la justice est la conséquence d’une activité juste de la société et pas l’inverse ! Faut-il commencer par imposer un modèle de justice sociale part le haut ? Ou allons nous accompagner la société dans ses lieux de socialisation pour trouver ses propres modèles? Allons-nous écrire notre histoire populaire de l’opposition ?

Ennahda tout particulièrement n’est pas sortie du jeu du parti unique c’est pour ça qu’elle panique devant l’Etat. En plus va-t-elle nous dessiner et imposer le rôle de l’opposition dans les années à venir ? va-t-elle aller plus loin en contenant le jeu du pouvoir et de l’opposition. En fin risque-t-elle une désintégration face une opposition forte et externe au gouvernement. L’opposition Risque-t-elle d’ouvrir les portes au totalitarisme en faillant à son rôle ? L’opposition va-t-elle tolérer deux échecs successifs ?