Par Abdellatif Ben Khelifa

Décidément, depuis le 14 Janvier 2011, les tunisiens auront tout vu, tout entendu, tout vécu. Après une constipation de plusieurs décennies, ce furent les diarrhées totales, intégrales, innarrêtables.

La première fut celle des juristes et des universitaires qui nous ont abreuvé et saturé de leçons sur la gestion de la démocratie ; puis ce fût celle des politiciens qui nous ont vanté les mérites de leurs partis respectifs et promis un monde meilleur si les électeurs les portaient au pouvoir. Vint, ensuite, celle de la police qui nous fit pleurer à chaudes larmes en nous racontant, combien elle fût brimée et humiliée par ZABA, comme si les tunisiens s’étaient eux-mêmes jetés en prison, torturés, bastonnés et terrorisés.

N’oublions pas la diarrhée des sit-inneurs, grévistes, coupeurs de routes et autres revendicateurs qui a enrayé complètement l’appareil économique du pays et montré en même temps aux tunisiens la chance et le bonheur qu’ils avaient de vivre sous le règne généreux et paternaliste de ZABA. Enfin, et cerise sur le gâteau, ce fut l’apothéose avec la diarrhée magnifique, prolifique et mobilisatrice des médias. Ce fût une coulée envahissante et multicolore qui occupa les devants de la scène réunissant dans le même élan de solidarité, les mauves Rcdistes, les verts écolo, les rouges PCOT, les avocats marrons, les magistrats incolores ; enfin tout un beau monde aux noirs desseins, qui à défaut de pouvoir montrer patte blanche, n’arrive qu’à afficher grise mine.

Nos preux chevaliers de la plume et nos baveux de la télévision, qui n’avaient cessé pendant 20 ans de vanter, louer, encenser le Dictateur, allant jusqu’à le prier à genoux de briguer un énième mandat, ont l’audace aujourd’hui de crier à l’atteinte à la liberté d’expression quand on leur demande d’être honnêtes et équitables dans la distillation de l’information. Devant l’indigence intellectuelle, le manque flagrant de professionnalisme, et la mauvaise foi évidente de la majorité de nos journalistes, l’on se demande si l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information n’a pas produit pendant des années des gens tout juste bons à émarger à la rubrique des chiens écrasés.