Par Abdelbasset boucheche

Jamais la contre- révolution n’a été autant d’actualité qu’elle ne l’est aujourd’hui. Les deux dernières semaines du mois de février et le début du mois de mars semblent marquer un tournant dans cette guerre qui ne dit pas son nom.
Dans cet article, je vais essayer de mettre en focus tous les contours d’un puzzle d’apparence sans queue ni tête.

La contre-révolution, à proprement dit, peut se présenter sous plusieurs aspects que des soldats de l’ombre travaillant d’arrache-pied tenteront de faire aboutir.il peut s’agir d’anciens dignitaires de l’ancien régime qui ont perdu leurs privilèges ou bien encore ceux qui craignent la justice transitionnelle parce qu’ils ont beaucoup à se reprocher. Il y’ a aussi les extrémistes des deux côtés qui considèrent la révolution comme étant un travail de Pénélope qu’il faut faire et défaire à l’infini. Enfin, il y’ aura toujours des opportunistes qui sont prêts à monnayer leurs services au plus offrant. Ceci étant si on regarde uniquement les faits et, en occultant la polémique idéologique qui fait rage en ce moment, on s’aperçoit rapidement que quelque chose ne tourne pas rond. Il y’ a une telle synchronisation dans l’enchaînement de tous ces évènements qu’on ne peut ne pas crier au complot.

Le retour des mauves

Les évènements de ces derniers jours amènent à déduire que des scénarios ont été élaborés pour usurper le pouvoir où tous les coups sont permis. Certains ont échoué d’autres sont en cours d’expérimentation. Une façon de faire, initiée par les apparatchiks de l’ancien régime devenus maîtres en la matière avec une expérience sans pareil égal dans le travail de l’ombre. Il faut dire que durant plus de cinquante années de dictature, on devient fatalement un as en la matière.

Le travail de sape est si dense qu’en eût dit qu’ils vont y arriver bientôt à renverser un fait accompli qui ne les arrangeait guère. Mais à chaque fois, comme par un sursaut du destin, l’échéance n’est que trop remise à plus tard. En attendant, les mauves reviennent petit à petit au devant de la scène, avec un culot on ne peut plus déconcertant. Prenons à titre d’exemple la rébellion que rencontrent les ministres de la part de certains directeurs généraux. En effet, L’attitude de ces directeurs, rechignant à appliquer les directives de leurs ministres de tutelles dans certaines ministères, est l’exemple type d’une révolte passive qui vise à pourrir le climat général. Le but est incontestablement de montrer le gouvernement de la troïka comme étant incompétent et incapable de diriger le pays. Par la suite, certains médias dressés depuis l’ère du temps à l’intox se jetteraient corps et âmes dans la bataille de déstabilisation pour donner du crédit à ce scénario machiavélique. A ce sujet et pour ne citer que cet exemple, l’échec de la saison touristique 2012 semble être une priorité de ces travailleurs de l’ombre pour saper une économie déjà fragile. Un scénario élaboré par certains cadres à l’insu d’un ministre qu’on a souvent envoyé dans des voyages à l’étranger. Au même moment, comme pour anticiper l’évènement, une radio locale, appartenant jadis à la famille royale n’hésite pas à afficher cyniquement sur son site internet « Tourisme, année 2012 bye-bye ». C’était à peine qu’on pouvait masquer une certaine joie. De même, l’annulation du rallye de Tunisie pour cette année est à mettre aussi dans le même registre. C est un coup très dur pour la saison touristique. Elle illustre parfaitement l’étendue du sabotage dont fait l’objet ce domaine en particulier. Pour info, la saison dernière, le rallye s’est parfaitement tenu malgré une situation beaucoup plus instable.

Il faut dire que les Rcdistes, qui ne sont pas faibles numériquement, n’ont jamais été trop loin du pouvoir. Ils avaient tout simplement opté pour un profil bas pour faire passer l’orage. Même ceux que l’on a chassés par le fameux « dégage » ont été réintroduits en silence par le gouvernement précédent notamment lors de la campagne de nominations effrénée au mois de novembre dernier. Laquelle campagne a fait paraître le journal officiel jusqu’à deux fois par semaine. C’est dans ces nominations, sinon malintentionnées, du moins suspectes que réside l’une des clés du puzzle.

La réoccupation des points névralgiques de l’état par des rcdistes, validé soit- disant, par le besoin de maintenir l’administration en état de marche, cache en réalité un repositionnement stratégique qui vise à ralentir toutes réformes qu’on pouvait mettre au crédit du gouvernement actuel. Car agissant, comme ils l’ont toujours fait dans, un régime qui s’apparentait plus à un régime féodal où le culte de la personne était le maître mot, il n’est pas impossible qu’ils essayent de sortir la tête de l’eau dès qu’une personnalité charismatique leurs rouvrira une porte d’espoir. En attendant, ils font comme ils peuvent pour tuer le temps. Un temps qui ne leur est pas favorable certes, mais qu’ils essayeront toujours de pervertir en leur faveur.

Au-delà des cadres dans les ministères, d’autres ont perdu leurs privilèges avec la révolution et ces derniers aimeraient bien un retour dans le passé. Il s’agit des délégués et des coordinateurs du parti. Rappelez-vous le coup de maître qui a fait sortir Alaridha Alchaabia de nulle part lors des dernières élections. Eh ben, figurez-vous que la logistique performante dont avait bénéficié les troupes d’Alaridha était, à ne pas s’en douter, l’œuvre de ces hommes de bases du RDC, plus à même de monter un coup pareil. Cela dit, on n’est jamais à l’abri de surprises avec de tels gens qui n’ont plus rien à perdre. Bien sûr, il y avait une tête pensante derrière tout cela, mais peu importe, ce que je veux dire, c’est que la base est toujours en mouvement.

Les médias ou la vérité photoshopée

Les médias, sources principales de l’information, est un instrument qui peut se révéler redoutable s’il se trouve entre de mauvaises mains. Son effet peut être désastreux sur l’opinion publique selon ce que l’on veut faire avec. Autrement dit, dans un pays comme le notre où l’instrumentalisation est un art, orchestrer une ligne de conduite unicolore en faveur d’une personne, d’un clan ou d’un parti, en particulier, rentre parfaitement dans la normalité des choses. Cela dit, personne ne doit avoir peur de la liberté d’expression, si elle est utilisée à bon escient car il y va du principe même sur lequel toute forme de démocratie doit reposer. Mais les femmes et les hommes qui la véhiculent, s’ils s’avèrent de mauvaise foi, peuvent conférer à cet outil un effet immédiat, non pas de contre pouvoir, mais d’anti pouvoir.

La chaine Nessma tv et le journal Elmaghreb en sont le parfait exemple de l’anti- journalisme. Il est un proverbe tibétain qui dit « « Quand deux sages confrontent leurs idées, ils en produisent de meilleures ; le jaune et le rouge mélangés produisent une autre couleur ». Autrement dit, la pensée unique peut être le produit d’une ou plusieurs personnes si elles sont du même avis. Or, c’est d’un débat contradictoire dont a besoin le pays pour avancer, à moins que ce soit le contraire qui soit le but recherché par untel ou untel.

Je m’abstiens ici même de faire le procès des médias. En même temps, je ne peux m’empêcher de montrer du doigt le comportement douteux de certains journalistes qui ne font pas honneur à leur métier. Car beaucoup font l’amalgame entre la volonté d’informer selon la déontologie du métier et entre un travail horripilant de règlement de compte personnel ou pour le compte d’hommes d’affaires véreux ou encore pour des raisons purement idéologiques. De là se pose l’éternelle question somme toute légitime : Peut-on faire du neuf avec du vieux ?

La télévision nationale est l’illustration parfaite de cet imbroglio. Les journalistes de cette chaine publique, dont on n ‘a de cesse de le répéter, semblent ne pas saisir la chance que la révolution leur a offerte pour s’affranchir eux-mêmes de tant d’années d’asservissement intellectuel qui les a réduits en de simples lecteurs publics. Or, comme la liberté ne sied guère qu’aux vivants, elle semble ne pas convenir à cette catégorie de journalistes dont quelque chose en eux semble mort et en terré depuis belle lurette. Raison pour laquelle, consciemment ou inconsciemment, ils n’ont de cesse d’œuvrer, je ne sais sous la houlette de quel donneur d’ordre pour torpiller le processus démocratique du pays. En mettant constamment les téléspectateurs dans une ambiance délétère donnant une vision chaotique et exagérée du pays, cela ne peut s’expliquer que dans la volonté de faire fuir et touristes et investisseurs. Jouer sur la peur de la population, c’est le but même, souhaité par les contres révolutionnaires. Comme disait Goethe « le but c’est le chemin », le chemin d’une « ancienne » nouvelle dictature, certainement.

Au-delà de la conception intellectuelle, les faits sont là pour étayer mes dires. Je ne vais pas revenir sur tous les errements de notre chaine publique depuis le 23 octobre qu’on a que trop soulignés par ailleurs. Mais, un fait, un seul à retenu particulièrement mon attention, c’était la couverture d’une manifestation de soutien à un des piliers de l’ancien régime, aujourd’hui en prison. Un geste qui en dit long sur la nostalgie qui habite certains responsables de cette institution publique. Ce comportement est hautement symbolique pour ne pas ne pas le signaler : « chassez le naturel, il revient au galop ».

L’UGTT, arrêt sur image

L’option militaire, longtemps considérée comme un recours possible pour les antis révolutionnaires, à l’instar de ce qui passé en Algérie, semble être définitivement écartée. Dans ce cas de figure, l’UGTT peut paraitre comme une relève très intéressante, surtout lorsque l’on sait que le bureau dirigeant de cette institution est très politisé et qu’il ne porte pas en haute estime les islamistes aujourd’hui au pouvoir. Mais pour faire bon ménage comme on dit « il faut que l’homme soit sourd et la femme aveugle ».

En effet parier sur l’ugtt pour servir de tête de pont pour renverser le pouvoir, c’est en même temps parier sur l’éclatement de cette institution dont la base n’est pas toujours en parfaite symbiose avec la direction. Il faut dire aussi que le congrès bâclé de Tabarka a fait tellement de mécontents au sein de certaines listes, qui se sont sentis lésées, qu’un faux pas de la part du bureau dirigeant constituerait une occasion en or pour ces derniers pour régler certains comptes. La vague de désengagements de certains syndiqués après la « guerre des poubelles » a certainement remis sérieusement en cause cette option. Ceci dit, sans pouvoir affirmer définitivement un tel scénario, des faits observables et objectifs renforcent tout de même ce point de vue.

La manifestation de soutien, organisée il y a peu en faveur de l’ugtt et les slogans qui visent à renverser le gouvernement élu, donne un éclairage intéressant sur les forces qui veulent utiliser l’ugtt dans leur reconquête du pouvoir. En effet, comme disait l’autre, ils étaient tous venus, ils étaient tous là. Tous ceux qui ont pris à leur compte le renversement de la volonté d’un peuple qui s’est pris au jeu de la démocratie. Tous ceux que la Tunisie nouvelle a laissés sur le carreau ont trouvé dans cette manifestation l’occasion de faire la veuve éplorée. Les longues poses de certains « aspirants » sur le balcon rappellent étrangement des répétitions avant l’heure d’une prise de pouvoir, qui ne se trouve que dans la tête de celui qui s’autorise de prendre ses rêves pour des réalités. La présence d’une femme, en particulier, dans la manifestation me parait très significative. Il s’agit de celle qu’il y a peu, demandait explicitement, sur une télévision étrangère, l’intervention militaire de la France pour contrecarrer la volonté du peuple. La présence de celle-ci dans une manifestation qui se veut justement la voix du peuple, peut prêter à confusion, et est suffisamment grave pour jeter le discrédit sur la volonté affichée au départ par les organisateurs.

De même, la présence de certaines personnalités considérés, à tort ou à raison comme étant la partie immergée de la contre révolution ne fait qu’accréditer la thèse des défenseurs de la théorie du complot.

Il est des signes qui ne trompent pas. La contre révolution est bien une réalité. L’ancien régime dont on a décapité la tête de l’exécutif, va rester longtemps à l’affut d’un faux pas. Mais ce qui paraît inquiétant et trompeur à la fois, c’est que la guerre est entrain de se faire par procuration. Des volontaires sous couvert de démocratie ont pris en charge de faire le travail de surface, pendant que les vrais bénéficiaires se chargent d’apporter la logistique. La reconversion des journalistes du sérail en fervent défenseurs de la libre expression en est le parfait exemple. Il s’agit en réalité, d’une forme d’immunisation pour pouvoir agir impunément sous le regard complice d’un syndicat de journalistes qui semblait avoir choisit son camp. Mais il faut absolument garder espoir dans le pays aux trois mils ans d’histoire car, de ce “coudoiement, de ce frôlement, de ce méli-mélo, de toutes ces rivalités, ces hostilités, ces haines rassemblées là et obligées de vivre un moment ensemble ” ,renaîtra la nouvelle Tunisie  qui sera la fierté de tous ces citoyens