Autres temps, autres mœurs, une maxime qui se vérifie de plus en plus chez nous, avec l’avènement de la dictature de la médiocratie. Ennadha est au pouvoir : je change mon fusil d’épaule. Sinon comment peut-on comprendre l’attitude de certains apprentis journalistes et médias inféodés qui saluent et rendent hommage à la position d’Ennahdha qui a fini par opter à la reconduction de l’article premier de la Constitution de 1959 aux projets discutés actuellement au sein de la Constituante ? Comment et pourquoi féliciter quelqu’un lorsqu’il fait tout simplement ce qu’on attend de lui, ou bien lorsqu’il honore tout bonnement ses engagements pris quelques temps auparavant. Ennahdha renonce-t-elle pour autant à la Charia ? Pas si simple.

Je ne suis pas en train de faire la fine bouche en essayant de comprendre les tenants et les aboutissants d’une telle décision. « Nous ne voulons pas imposer la Charia d’en haut mais nous préférons qu’elle vienne d’en bas » c’est ce que déclare en substance le père Ghannouchi sur les ondes de Mosaïque fm. Ne faut-il pas comprendre par là une islamisation de l’Etat par la société ? La Tunisie d’en bas constitue sur le long terme le terreau favorable du développement de l’idéologie islamiste du mouvement au pouvoir (couches défavorisées, chômeurs en quête d’emplois inexistants, écoles, prêches dans les mosquées…)

Nous pourrons ajouter à ce tableau les manœuvres accomplies pour assurer une mainmise totale sur l’appareil de l’Etat et garantir les meilleures conditions de réussite aux échéances électorales qui s’annoncent (mouvements dans le corps des gouverneurs, remplacements dans les délégations, nominations à la tête des entreprises publiques…)

Le but final n’étant pas pour autant abandonné mais tout juste reporté pour des raisons tactiques et conjoncturelles. Un Etat islamiste avec application de la Charia sera réalisé ultérieurement. Ennahdha ne dévie pas de sa vision à long terme. Un tel « recul » pour prendre un meilleur élan trouve ses origines dans plusieurs explications :

– Une scission observée au sein de la société qui divise le pays en deux parties diamétralement opposées.
– Une pression continue et une détermination des différents composantes de la société civile pour lutter contre toute forme de dictature et précisément théocratique.
– Générosité affichée mais sans passage à l’acte de la part de certains alliés moyen-orientaux pour soutenir la Tunisie en matière d’investissement.
– Un manque d’expérience flagrant dans la gestion de crise de la part de certains responsables de la Troïka.
– Réorganisation et recomposition de l’échiquier politique (retour des Destouriens).
– Recommandations voire pressions extérieures pour respect des valeurs universelles dont la liberté, les droits de l’Homme et la démocratie

Last but not least, ce repli tactique, un bon coup de communication politique, demeure la partie émergée de l’iceberg basé sur une stratégie mûrement réfléchie élaborée dans le cadre d’une Internationale islamiste.

In fine, les déclarations et les manœuvres dilatoires auxquelles nous assistons sont à prendre, à mon avis, avec beaucoup de distance et ne doivent pas nous mener à des conclusions prématurées.