Le soir du vendredi 11 novembre 2005, cinq jours avant l’ouverture de la deuxième phase du SMSI (Sommet mondial sur la société de l’information) à Tunis, le co-directeur du service étranger au journal francais “Libération” a été agréssé et poignardé à Tunis par quatre individus après avoir été immobilisé et attaqué à la bombe lacrymogène, il avait été ensuite blessé dans le dos par un objet tranchant provoquant une plaie de plusieurs centimètres de long et de un centimètre de profondeur. Les agresseurs lui ont pris son sac avec ses carnets de reportage, son téléphone et sa clef USB.

Boltanski menait une enquête à propos des violations des droits de l’homme en Tunisie. Le soir même, il avait publié un article sur le quotidien “Liberation” concernant le passage à tabas de manifestants en solidarité avec des personnalités de l’opposition qui avaient entamé une grève de la faim pour réclamer le respect des libertés publiques et la libération de tous les détenus politiques.

Reporters Sans Frontières (RSF) avait condamné l’agression en affirmant qu’il faut chercher les agresseurs du coté des forces de l’ordre :

Au vu des circonstances de l’agression, sous le regard passif de policiers tunisiens, nous pensons qu’il faut chercher les agresseurs du côté des services de sécurité tunisiens. Il s’agit d’une intimidation très claire adressée par le pouvoir tunisien aux journalistes étrangers qui osent encore s’intéresser à la situation déplorable des droits de l’homme en Tunisie. Le climat répressif qui règne à Tunis ne garantit en rien le bon déroulement du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI). Les Nations unies, si elles ne veulent pas se fourvoyer, devraient tout simplement organiser le SMSI ailleurs qu’en Tunisie

Les autorités Tunisiennes avaient déclaré officiellement que deux personnes, à propos desquelles aucune précision n’a été fournie, ont été incarcérées “après leur confrontation aux déclarations de la victime”, en ajoutant que “le parquet de Tunis avait décidé immédiatement l’ouverture d’une instruction judiciaire du chef de vol qualifié avec usage de violences, détention et port d’arme blanche”.

Après le déclenchement du processus révolutionnaire en Tunisie et suite au 14 janvier 2011, la vérité derrière l’agression contre Christophe Boltanski a été parmi les enquêtes ouvertes par l’équipe de Nawaat, en investiguant sue cette affaire, des officiers haut gradés au ministère de l’intérieur nous ont révélé que l’ex-président Ben Ali en personne avait donné l’ordre d’agresser le journaliste de libération et que c’est bien les services de renseignements qui avaient exécuté les ordres.

Dans une video-témoignage l’officier de police Samir Feriani, ex-directeur du centre de formation des services secrets Tunisiens nous a confirmé l’implication de l’appareil policier dans l’agression et que Ben Ali avait commandé littéralement au directeur de la sûreté de l’état à l’époque “Hamed Zid” de “punir” Christophe Boltanski suite à l’article qu’il avait publié sur Liberation le soir meme de l’agression. Feriani nous informe qu’il a révélé au tribunal miliaire la responsabilité des forces de polices tunisienne dans l’agression contre Boltanski en 2005 et qu’il a avertit à propos de la destruction des archives de la police politique documentant les phases de l’agression et la chaîne de commande.

Quand aux soit-disant procédures judiciaires relatives à l’affaire Christophe Boltanski, Samir Feriani déclare qu’il a pressentit une passivité complice de la part de l’ambassade française qui n’a pas répliqué face à la mascarade et à la présentation en boucs-émissaires de faux coupables.

Nous avons d’abord contacté le journaliste Christophe Boltanski, “je n’ai jamais douté de la responsabilité des services de renseignements Tunisiens dans l’agression” nous confie le reporter français.

“J’ai été agressé à deux pas de l’hôtel ou je résidais, derrière une école juive très bien sécurisée et surveillée par la police, en proximité de la rue de Palestine, deux hommes en civil m’ont attaqué par derrière et deux autres ont surgit d’une rue latérale. Quand j’ai voulu porter plainte dans le poste de police du Belvédère, on n’a pas voulu enregistrer mes déclarations. Suite à l’agression l’ambassadeur français n’avait pas daigné me rendre visite mais avait plutôt envoyé le consul, acte interprétable politiquement comme une carte blanche par le régime de Ben Ali, mais par contre le gouvernement français avait émis un communiqué condamnant l’agression.

En Tunisie on m’a présenté deux personnes pour une éventuelle identification, mais ce n’était pas eux qui m’avaient agressé. En France j’ai déposé une plainte contre X, et le juge a émis un verdict de non lieu”

D’autre part on a noté par réference que le ministère français des affaires étrangères avait publié le 13 novembre 2005 un communiqué officiel sur son site internet suite à l’agression:

Agression à Tunis d’un journaliste du quotidien Libération. Communiqué du ministère des Affaires étrangères. (Paris, 13 novembre 2005)

Nous avons fait savoir aux autorités tunisiennes, à Paris comme à Tunis, que nous comptions sur elles pour faire toute la lumière sur l’agression dont M. Christophe BOLTANSKI, journaliste à Libération, a été la victime dans la soirée de vendredi dernier dans la capitale tunisienne.

Nous leur avons demandé à être tenus informés du déroulement de cette enquête.

Nous avons souligné à cette occasion la nécessité d’assurer la sécurité des représentants de la presse à la veille de l’ouverture du Sommet mondial de la société de l’information (SMSI).

A ce stade, les nouvelles données concernant l’agression contre Boltanski imposent d’autres interrogations, à quel point le gouvernement français a été complice dans la couverture de l’acte criminel ? Et pourquoi les autorités Tunisiennes ne lèvent pas le voile sur les archives de la police politique concernant les crimes commis par les sbirres de Ben Ali ? Des questions qui restent jusqu’à l’instant sans réponses.