Le jour où l’UNESCO fête à Tunis – et en présence du premier ministre désigné Hamadi Jebali – la liberté de la presse coïncide avec la condamnation d’une chaîne tunisienne pour atteinte à l’ordre public et aux valeurs du sacré. L’on se demande pourtant qui cause régulièrement des troubles à l’ordre public… Certains ont jugé légitime de s’autoproclamer gardiens de la morale, décidant eux seuls d’en tracer les contours et, par la même occasion, de devenir protecteurs du divin. Il s’agit presque de la mise sous tutelle du divin qui, selon eux, a désormais besoin de leur protection contre de supposés ennemis. C’est aussi simple que cela en apparence et selon une première lecture.

Sauf que ce film d’animation, par ailleurs d’une bonne qualité, et que la majorité écrasante n’a jamais regardé – se fiant aux ouï-dire pour le critiquer, le juger et s’en choquer –, a fait très mal aux obscurantistes et à leur démarche inquisitoire.

En effet, il relate l’évolution d’une situation qui commence à ressembler étrangement à ce que nos islamistes travaillent à mettre en œuvre en Tunisie : des petites brimades au mini-procès, des interdictions aux condamnations, du harcèlement au jugement, jusqu’à l’instauration d’une bonne vieille théocratie à l’iranienne ou à la saoudienne, et pourquoi pas à la talibane, et avec en prime un autoproclamé guide de la révolution du 14 janvier à laquelle ils n’ont pourtant pas participé.

L’hystérie qui s’est emparée des groupes intégristes n’était pas – à proprement parler – provoquée par le film en soi, ni par la soi-disant insulte au divin, ni même cette supposée atteinte aux bonnes mœurs, mais plutôt par la présentation et la dénonciation d’un plan machiavélique, diabolique et totalitaire que ces groupes préconisent.

Toujours est-il qu’il est plus facile et plus mobilisateur de déchaîner et sortir des foules enragées, en laissant certains appeler à verser du sang et, par la même occasion, instaurer un climat de peur et de terreur avant, sans doute, de passer à l’action. Une action qui commence à révéler ses contours devant nos yeux de spectateurs et au mépris du soulèvement pour la liberté qui a causé la chute du dictateur et le sacrifice de centaines de personnes.

Ce « procès Persepolis » et d’autres qui lui ressemblent servent des visées politiques dont l’objectif inavoué est de réinstaurer, à terme et à la manière inquisitoriale, un climat de répression idéologique et politique qui cèdera le terrain aux forces obscurantistes pour faire du pays ce qu’elles désirent.

L’épouvantail de jadis se révèle de plus en plus une réalité, et à ce rythme, on ne parlera plus de liberté d’expression puisqu’elle est en train de devenir un éphémère souvenir et nos lendemains seront certainement cauchemardesques, à moins d’un réveil citoyen.