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Rassurons vite le lecteur. Il ne s’agit pas d’un panégyrique à la gloire de la France, ni d’une apologie dithyrambique et suspecte du « modèle français ». Comme toute production culturelle nationale, Molière, a traversé merveilleusement l’histoire pour venir s’inscrire dans le patrimoine universel.

Il nous appartient au même titre que toutes les « lumières » du monde arabo-musulman. Cette précaution étant prise, le propos qui suit est politique. Le choix de Molière n’est bien évidemment pas anodin. Les figures stylistiques et rhétoriques de Molière permettent saisir avec une étonnante fulgurance et précision la nature profonde d’une situation, de ses enjeux, des caractères et des postures des « acteurs ».Molière serait-il jouer aujourd’hui devant le parterre de nos responsables politiques ?

Alors, commençons : « Le mariage, Agnès, n’est pas un badinage, à d’austères devoirs le rang de femme engage ; et vous n’y montrez pas, à ce que je prétends ; pour être libertine et prendre du bon temps ; votre sexe n’est là que pour la dépendance ; du côté de la barbe est la toute-puissance. »(L’école des femmes, acte III, scène 2). Un peu facile, certes, mais rien ne garantie que cette pièce serait jouée.

Mais qu’en serait-il des Précieuses Ridicules ? Sans doute bouder voire rejeter par les milieux conservateurs et une fraction de la gente féminine moderniste : A propos de prétendants ordinaires, sans pédigrée de réputation de bonne famille: « Ne voyez vous pas que toute leur personne marque cela, et qu’ils n’ont point cet air qui donne d’abord bonne opinion.. Venir en visite amoureuse avec une jambe toute unie, un chapeau désarmé de plumes, et un habit qui souffre une indigence de rubans ! Mon Dieu! Ce sont des règles dont en bonne galanterie on ne sçauroit se dispenser ; mais aussi en venir de but en blanc à l’union conjugale ! Ne faire l’amour qu’en faisant le contract du mariage, mon père, il ne se peut rien de plus marchand que ce procédé ». Vous savez, « est-il d’une bonne famille ? Ouled Aï-la

Mais passons ! Dom-Juan aurait toute la peine du monde à franchir les obstacles de la nouvelle censure. Pensez-donc, un personnage séducteur, infidèle, opportuniste, menteur, orgueilleux, flatteur, impertinent, ironique, sarcastique, irrévérencieux, un fils indigne impie et hypocrite. « l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Combien crois-tu que j’en connaisse qui, par ce stratagème, ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse, qui se sont fait un bouclier du manteau de la religion, et, sous cet habit respecté, ont la permission d’être les plus méchants hommes du monde ? On a beau savoir leurs intrigues et les connaître pour ce qu’ils sont, ils ne laissent pas pour cela d’être en crédit parmi les gens De quoi bien évidemment censurer cette pièce. Elle le serait assurément mais pas uniquement par ceux tout désignés que l’on croit.

Mais sans nul doute, ce serait « Tartuffe » qui ferait l’objet des plus vives polémiques et paradoxalement de presque tous les bords, pour une fois unanimes. « Je sais l’art de lever les scrupules. Le Ciel défend, de vrai, certains contentements, mais on trouve avec lui des accommodements. (Tartuffe, acte IV, scène). De fait la pièce fût interdite, et pour cause Molière y attaque la religion, ses dévots, et leurs desseins. Les dévots ne cessent d’invoquer Dieu et le ciel inlassablement mais n’ont de cesse de rechercher à régenter la société et à s’approprier les biens terrestres qui s’y trouvent.

Il va sans dire qu’il ne s’agit que d’une métaphore. Ce qui est sur c’est qu’il faut tout faire pour que nos jeunes compatriotes puissent encore lors de leur cursus avoir accès à cette merveilleuse litterature éclairante et édifiante à plus d’un égard.

Sraieb Hedi