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A coté de son service sécuritaire, la police assure aussi des services administratifs aux citoyens. Ces services sont, la plupart du temps, exclusifs à un poste de police donné, celui de la zone où l’on habite. Certaines personnes se trouvent obligées de faire un voyage pour un document sous peine de renouveler tous leurs papiers d’identité. Malheureusement, plusieurs citoyens subissent de multiples dépassements de la part des agents. Le poste de police représente encore aujourd’hui un endroit qu’on déteste.

J’aimerais apporter ici mon témoignage à propos du poste de police de la cité El Ghazela de la délégation de Raoued (Ariana). J’espère qu’il interpellera les autorités compétentes.

Je veux avant tout remarquer que je ne vise pas les policiers dans leur totalité. Aussi, même parmi ceux qui ont des comportements condamnables avec les citoyens, beaucoup remplissent un rôle sécuritaire salutaire. Les sacrifices consentis par les services sécuritaires dans la lutte contre le crime ne sont pas à rappeler. Mais ceci ne doit pas servir d’excuse aux dépassements récurrents des agents.

Ce n’est un secret pour personne de dire que la police sous Ben Ali était distante des citoyens. C’était un peu la politique du régime en place qui plaçait des policiers pour surveiller d’autres et créait une ambiance de travail délétère. Juste après la fuite du dictateur, une amélioration des relations avec les citoyens s’était fait sentir au poste de police de la cité El Ghazela. Des « bonjour, bienvenue » de la part des agents, des orientations dans les démarches et même des sourires automatiques étaient remarqués. Mais cette embellie n’a malheureusement pas duré. Et les citoyens se retrouvent contraints de se taire, sous risque de voir leurs délais d’attente s’éterniser, les papiers exigés se compliquer, etc.

Dès l’entrée au poste, le citoyen remarque qu’il n’y aucun horaire d’ouverture affiché. On ne sait pas quand est-ce que les services administratifs sont ouverts aux citoyens ce qui amène certains à attendre à certains horaires devant le poste. « Reviens à 15 heures ! », « Tu ne sais pas que c’est la pause déjeuner ? », etc. Et on est heureux si on ne nous indique pas que le service n’est pas disponible ce jour-là ou de revenir dans une heure car, sans nous le dire, l’agent a d’autres priorités que de faire son travail.

A l’accueil, il n’y a souvent personne. On se retrouve en train d’errer dans le poste pour savoir à qui on doit s’adresser. Et malheur à celui qui se retrouverait face à un agent, parmi les innombrables qui vont et viennent, qui lui criera dessus en toute courtoisie : « Tu vas où ?! Tu te crois dans un souk ou quoi ?! Tu habites où ?! Tu veux quoi ?! Tiens-toi debout dans cette file !». Des files d’attentes dans un couloir, le moins que l’on puisse dire, exigu et étouffant et où il est difficile de comprendre un ordre de passage.

Et remarque d’innombrables personnes qui se font faire entrer et dépasser les files d’attentes. Quand un citoyen ose dire qu’il est là bien avant lui, l’agent lui dira « Comment tu le sais toi ?! Tu peux porter plainte à qui tu veux ! ». Ce citoyen pourrait, selon les cas, être sanctionné par un petit rallongement de délais. Heureusement, pour être honnête, que ce n’est pas toujours le cas.

Quand on a la chance d’enfin entrer dans le bureau visé, on est frappé par le délabrement des locaux. L’agent à notre service est souvent en train de fumer. L’odeur est nauséabonde et les cendres sont éparpillées sur le bureau. Lors de la présentation des documents, on nous demande parfois des papiers qui ne sont pas normalement exigés, par incompétence de l’agent ou par mépris intentionnel. On peut même nous envoyer faire une photocopie d’un formulaire normalement fourni par la police. On peut même ne pas nous fournir un reçu pour la demande déposée.

J’ai aussi remarqué une fois le calvaire d’un jeune homme qui voulait avoir une attestation de résidence. Ce dernier, habitant chez son oncle, l’agent, bien au service de ses concitoyens, au lieu de l’orienter vers ce qu’il doit faire, lui dit qu’il n’y a pas de solution pour son cas car il était majeur ! Le proverbe « Puisez le savoir dans les têtes des tortues » s’applique bien ici… On remarque enfin que le chef de poste ne semble pas dérangé par ces comportements. Autour-même du poste de police on sent que la dernière chose qui y règne est la loi. Il est peut-être dépassé ou a d’autres priorités, mais ceci ne constitue pas une excuse pour cette humiliation quotidienne des citoyens dans cette Tunisie qu’on espère nouvelle.

Les autorités compétentes, qui veulent rétablir le prestige de l’Etat et retrouver la confiance des Tunisiens, ont du travail à faire. Les citoyens ne peuvent pas de manière individuelle engager des poursuites car ils n’auront pas de preuves et ne savent pas à qui adresser leurs plaintes. Et la peur du policier, il faut le dire, est encore là. Et beaucoup de policiers ont un sentiment d’impunité qui les laisse sans freins dans leurs dépassements face aux citoyens.

A bon entendeur…

Signé : Un « simple » Citoyen