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A 16 ans, Nouha est devenue SDF*. Elle ne va plus à l’école, vit sans protection et reste, pendant plusieurs jours, sans rien manger. En avril dernier, l’adolescente est tombée enceinte, après son passage dans un centre de détention à la Manouba. Suite à une bagarre avec des policiers, lors d’une manifestation à Tunis, elle a été condamnée à trois mois de prison. Depuis, la vie de Nouha a basculé.

Accusée d’injures publiques à l’encontre d’agents de l’ordre, la gamine n’a pas eu droit à un avocat. Le juge a ordonné de la maintenir en détention dans le centre de protection des enfants à la Manouba. Au poste de police, les flics lui ont fait signer des aveux sous la menace, après l’avoir tabassé.

Je manquais tellement de sommeil que je dormais presque tout le temps, durant les deux premiers jours. Quelques semaines après ma libération, j’ai consulté un médecin qui m’a confirmé que j’étais à ma quinzième semaine de grossesse. Ca n’est pas arrivé, avant ma période de détention dans le centre … Personne ne m’a touché avant ma détention, durant des semaines… Je suis certaine qu’on m’a violé dans le centre, accuse Nouha qui compte porter plainte.

Malgré sa fragilité, Nouha cherche un travail pour se nourrir, elle et son bébé. Accompagnée de sa mère, chômeuse et en instance de divorce, elle passe ses journées dans la rue.

Parfois, nous dormons dans les jardins publics, d’autres fois dans des immeubles. Quand ma mère a perdu son travail, le propriétaire nous a mis à la rue…Je n’ai jamais imaginé qu’une chose pareille puisse m’arriver. Je menais une vie normale comme toutes les filles de mon âge. Il a suffi que ma mère perde son travail et que la police m’arrête, dans la rue, pour qu’on se trouve dans cette situation. Quand j’ai vu tout s’écrouler autour de moi, j’ai fait une dépression et j’ai sombré dans l’alcool…

Nouha a commencé, très tôt, à avoir des rapports sexuels. Sans assistance ni protection, l’adolescente a été victime, à plusieurs reprises, d’abus sexuels et de viol.

Tous les soirs, je vagabondais dans les rues de Tunis, seule, ou avec des copines. Une fois, j’étais seule et je pleurais … un homme m’a approché. Il a dit vouloir m’aider et m’a proposé de monter dans sa voiture. Il m’a servi de l’alcool fort, puis m’a emmené dans un coin éloigné des regards, à Radés, et m’a obligé à avoir un rapport sexuel avec lui. Pendant longtemps, j’ai ressenti du dégoût, puis, j’ai eu comme une envie de me venger de moi-même et de mon corps par l’alcool et le sexe, confie Nouha.

Ces propos choquants soulèvent des questions, quant à l’efficacité des institutions de l’Etat, dans la protection et la préservation de la dignité des enfants. Pourtant, l’article 47 de la Constitution énonce que :

Les droits de l’enfant sur ses parents et sur l’Etat sont la garantie de la dignité, de la santé, des soins, de l’éducation et de l’enseignement.

L’État se doit de fournir toutes les formes de protection à tous les enfants sans discriminations et selon les intérêts supérieurs de l’enfant.
Article 47 de la Constitution.

En outre, la Tunisie a ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant, depuis 1991, promulgué le Code de la protection de l’enfant en 1995 et mis en place plusieurs dispositifs pour la protection de l’enfant en danger ou victime de violence, d’abus ou d’exploitation. En l’occurrence, à la faveur de la loi n° 95-93 du 9 novembre 1995, modifiant et complétant certaines dispositions du Code pénal, les peines relatives à ces abus sont aggravées.

Les derniers chiffres récoltés par les délégués à l’enfance, en 2013, montrent que 1891 enfants sont sans protection ni éducation. Quand les parents sont incapables de veiller sur leurs enfants, ils sont obligés d’en informer le délégué à la protection de l’enfance, afin que l’enfant soit pris en charge dans des centres de protection. Malheureusement, Nouha n’a pas bénéficié de cette protection, quoiqu’elle en ait le droit, et bien que l’article 31 du Code de protection de l’enfant précise que le signalement, « au délégué à la protection de l’enfance, de tout ce qui est de nature à constituer une menace à la santé de l’enfant, ou à son intégrité physique ou morale », est une obligation.

Avec un vague sentiment de culpabilité et de honte, l’enfant-maman compte les jours pour voir naitre un bébé qui n’a pas de père. Entretemps, elle reste coincée entre l’indifférence de l’État, la marginalisation de la société et la violence. Si le respect des droits de l’homme commence par la manière dont une société traite ses enfants, alors ces droits font, ici, cruellement défaut. 

* SDF : sans domicile fixe.