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L’économique cherche à s’emparer de tout. Elle s’impose et veut plier les hommes, leur vie sociale et toute la nature à ses lois et à sa propre logique : maximiser sous contrainte, calculer les couts et avantages, augmenter les profits, réduire les pertes, chercher la rentabilité, l’efficience, … Rien ne semble lui échapper, ni relations familiales ni croyances dans l’au-delà, ni culture ni humanisme…. L’hégémonie de l’économique n’a pas besoin de preuves d’existence. C’est notre réalité.

Le social tente parfois de l’éviter mais finit très souvent par se plier et obéir aux lois de l’économique. Ainsi les critères économiques passent souvent en premier et au détriment du social. Les justifications économicistes ne manquent pas : sans crédit et sans argent, les projets ne peuvent voir le jour et sont souvent ralentis ou arrêtés. L’argent est le nerf de la guerre ! (même si personne ne veut la guerre et souhaite plutôt la paix !)

Le solidaire veut mieux résister, il lui arrive de défier l’économique et de le laisse hors-jeu. Lorsque les individus et petits groupes décident de se comporter avec des motivations autres que l’utilitarisme et croient à autre chose alternative à l’économisme, ils réussissent à faire de l’économie un moyen et non une fin en soi. Des marges de manœuvres existent encore pour adopter un modèle non consumériste ou produire et échanger autrement.

Critiquer ne sert plus à grand-chose, c’est « l’âge de faire »

Depuis le début du capitalisme, les réactions ont été vives et les initiatives alternativistes assez sincères. Les critiques théoriques de Marx semblent renforcer en fin le capitalisme et les premières alternatives (notamment dans les domaines de la finance et de l’industrie) ont été récupérés et instrumentalisés. Plusieurs banques et assurances se sont lancées sur des bases coopératives et mutualistes ont fini par se cassez le nez en vendant des produits toxiques lors des dernières crises financières. Les affaires liées au caractère social et l’image marketing de la solidarité, de l’écologie ou du bio semblent séduire les grands groupes industriels. Ces derniers récupérateurs sont eux-mêmes les responsables de la pollution et du monopole des affaires et, ainsi, d’une grande part des inégalités et de pauvreté dans le monde.

L’économie Solidaire et Sociale (ESS) n’a pas à verser dans l’abstraction théorique et/ou rester exposée à la récupération et à l’instrumentalisation des affairistes de l’économie classique. La véritable action politique est celle qui se réalise au niveau local au sujet des alternatives concrètes. Le terrain d’action est bien le local car c’est le domaine du gérable et du possible, et c’est un espace de taille humaine.

Les définitions : un débat permanent

Qu’est ce qu’on entend par économie sociale et solidaire ? Ici on avance le solidaire sur le social car l’économie sociale est déjà absorbée par l’économique classique depuis son lancement. L’économie solidaire cherche à se distinguer et peut se présenter comme alternatives. Mais l’appellation ESS est convenable car est d’abord la reconnaissance et le rappel d’un fait : l’émancipation de l’économie par rapport à la politique et à la morale a provoqué des dégâts pour les individus et pour la société. L’ESS veut développer une logique contraire qui ne laisse pas à l’abandon l’aspect social et n’ignore pas les motivations altruistes et solidaires dans le comportement de l’Homme. Les Hommes ne sont pas seulement des agents égoïstes cherchant à maximiser leur utilité et se désengagent de toute responsabilité envers l’autre et envers la nature.

Deux approches s’opposent. Une première approche de l’ESS faisant d’elle un domaine de l’économie classique. Ainsi toutes les activités de consommation, de production et d’échange restent dans une logique marchande et selon les lois de l’offre et de la demande,… on n’est pas sortie de « maximiser pour avoir toujours plus ». Les caractères de solidaire, sociale, humaine, verte…restent secondaires et annexés. Une autre approche consiste à couper avec la logique économique et se démarque en se présentant comme une alternative à la conception et à la pratique actuelle et dominante de l’économie.

On considère ici l’ESS comme un ensemble de pratiques et une alternative concrète aux excès de la logique marchande. Le don et la gratuité dans l’échange, les projets visant en premier l’insertion des personnes éloignées du monde du travail, la production à une échelle humaine…. Lorsqu’il y a solidarité, partage, responsabilité sociale, développement durable en respectant la nature et les ressources naturelles, il y a aussi des pratiques de l’ESS.

Condition et composantes de l’ESS ?

Sans une « culture ESS » il ne pourra y avoir d’ESS. Il y a dans l’ESS, d’abord, de l’économie (les activités de consommation, de l’échange et de la production des biens et services) ; des économes c’est-à-dire des véritables acteurs économiques conscients du contenu, de la forme et du sens que prennent leurs actions économiques ; et enfin des économistes pouvant concevoir et mieux orienter la pratique via une réflexion. La question reste : est-il alors possible que des acteurs nés et vivants dans un monde économique où l’intérêt personnel prime et où le monde des affaires dicte ses lois et souffle son esprit, puissent adopter des attitudes altruistes, changent de motivation et œuvrent pour l’intérêt général en renonçant à certains avantages et confort matériel ? Ceux qui ont des doutes risquent de rester consommateurs toute leur vie et renoncent à la liberté d’être acteur – au moins pour l’avenir de leurs petits-enfants.

Trois points pour le changement

● D’abord il doit y avoir encore plus des vrais acteurs-promoteurs de l’ESS en Tunisie. Sachant que ceux qui se structurent en groupes et associations et ceux qui pratiquent l’ESS par héritage de parents et grands-parents (sans avoir besoin de nommer ou classer leurs activités dans le cadre de l’ESS) sont déjà nombreux en Tunisie. Ces sont ces acteurs qui représentent des avants gardes afin que l’économie de marché ne puisse anéantir ces alternatives et plier le social et le solidaire sous ses lois et sa logique. Mettre à jour, mettre en valeur et mettre en réseau ces acteurs et ces activités est une priorité. C’est un travail de diagnostic dont le support informatique et le réseau internet pourraient fort aider.

● (à rappeler encore) La véritable action politique est celle qui se réalise au niveau local au sujet des alternatives concrètes. Le terrain d’action est le local car c’est le domaine du gérable et l’espace de taille humaine. Même dans une grande ville, l’organisation est possible en divisant les lieux. Agir local n’empêche pas de penser global.

● Ne pas compter sur une promotion de l’ESS venant de l’administration et de décisions politiques et législatives officielles. L’essentiel doit émaner des individus eux-mêmes. L’Etat faisant partie du système et ne pourrait pas aller à l’encontre de l’intérêt de certains groupes de pression en son sein et de son appareil économique. Chaque ville pourra inventer sa manière d’agir autrement et de créer son ESS. S’organiser pour mener des actions comme « Manger et produire local » créer son « système d’échange local » c’est-à-dire un système qui ne passe pas forcement par l’argent, ou coopérer et collaborer en matière de production et de consommation … sont des exemples parmi des milliers que les hommes inventent et pratiquent chaque jour dans les toutes les villes du monde.