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Entre les cliniques qui veulent augmenter les prix des séances, à partir du 1er janvier 2015, et la CNAM qui s’obstine à couvrir les anciens tarifs, les patients dialysés risquent d’y passer. Le 18 décembre dernier, dans une ambiance tendue, des dizaines de personnes ont manifesté, devant les locaux de la CNAM, à Montplaisir, contre l’arrêt des négociations entre les autorités et la Chambre Syndicale des Cliniques de Dialyse. Les contestataires menacent d’une réaction violente, si les deux parties ne trouvent pas, rapidement, un consensus.

Ils sont près de 6 mille personnes, de tous les âges, à dépendre la moitié de leurs vies d’une machine. Chaque séance de dialyse dure près de 5 heures. Les vétérans gardent sur leurs corps des cicatrices douloureuses et les plus jeunes craignent l’avenir.

Nous dépendons de ces séances. L’État doit prendre en charge notre traitement, car la plupart des patients sont pauvres et condamnés à le faire toute la vie. Imaginez une personne qui passe sa vie dans les hôpitaux! La majorité n’a pas de travail, ne peut pas étudier et n’a pas de vie sociale normale … Si cette augmentation entre en vigueur, nous allons, certainement, mourir et les conséquences seront irréversibles, explique un des patients, membre de l’association tunisienne des insuffisants rénaux.

La polémique s’est exacerbée, récemment, après la publication d’un communiqué de la CSCD qui annonçait l’augmentation du tarif à raison de 120 dinars, mais, la crise entre la CNAM et les cliniques de dialyse date de plusieurs années. Nous avons rencontré Dr. Tarek Ennaifer, président de la Chambre Syndicale Nationale des Cliniques de Dialyse, dans la clinique d’Ettadhamen. Depuis plus d’une vingtaine d’années, cette clinique reçoit près de 120 patients. Dans son bureau, le médecin nous expliqué la situation et les raisons du blocage des négociations.

En 2006, nous avons signé une convention avec la CNAM, mais nous ne l’avons jamais concrétisé, car les négociations ont bloqué au niveau de l’article 17 qui détermine la tarification d’une séance de dialyse. Il faut savoir que la CNAM prend en charge la totalité des dépenses de chaque malade souffrant d’insuffisance rénale. Depuis 1977, la tarification n’a pas été révisée, malgré l’inflation, surtout ces trois dernière années, les augmentations salariales et les nombreuses charges. En 2010, nous avons produit une étude qui prouve la nécessité de réviser la tarification à la hausse. La CNAM et les ministères de tutelle ont demandé à faire une étude qui implique toutes les parties prenantes, à savoir le ministère des affaires sociales, le ministère de la santé et la CNAM. Suite à cela, il a été décidé d’augmenter la prise en charge de 100 dinars et 800 millimes. Depuis, nous avons poursuivis des négociations qui n’ont abouti à rien, et finalement, depuis juin 2014, plus aucune nouvelle de la CNAM, malgré nos nombreux courriers. Dr. Tarek Ennaifer, président de la Chambre Syndicale Nationale des Cliniques de Dialyse.

Pour répondre à ces accusations, Younés Ben Nedjma, directeur de l’assurance générale sur la maladie, rétorque que les négociations ne se sont jamais arrêtés.

Nous sommes surpris par la décision unilatérale des cliniques qui, à mon avis, ne devront pas jouer avec la vie des malades. Notre priorité est de servir les malades et leurs intérêts. Pour le moment, nous appliquons le tarif décidé par les ministères de tutelle. Dès que les négociations auront abouti, nous allons changer les tarifs, rassure le haut responsable de la CNAM.

Alors que la CNAM jette le ballon dans le camp des ministères de tutelle, ces derniers nous déclarent que la CNAM se charge du dossier. Tout en refusant de nous accorder une interview pour expliquer la situation aux citoyens concernés, la chargé de communication du ministère des affaires sociales, Meriem Hassine, s’est contentée de nous dire que les négociations sont en cours.

Dans ce cercle vicieux, les cliniques privées disent qu’elles n’ont plus d’autre choix que la pression.

Nous avons puisé nos capitaux. Tout est devenu doublement et triplement plus cher. Nous n’arrivons plus à retenir notre personnel sous-payé. Face à cette situation, nous avons essayé d’épargner à nos patients la peur et la pression du conflit, mais la CNAM et les deux ministères n’ont pas été réceptifs à nos demandes légitimes. Après la dernière étude, qui montre bien que l’augmentation est devenue obligatoire, la CNAM nous a annoncé qu’elle ne peut pas l’appliquer et elle a commencé à proposer d’autres solutions qui ne sont pas réalistes, affirme Tarek Ennaifer.

De son côté, le président de la Chambre Syndicale Nationale des Cliniques de Dialyse précise que « les cliniques de dialyse ont à leur actif trente ans de service non stop, sans demander quoi que ce soit. Nous sommes les seuls à avoir ouvert nos portes, dans les pires situations sécuritaires et malgré toutes les contraintes… Nos patients peuvent témoigner de notre engagement et de notre dévouement. Aujourd’hui, nous demandons à augmenter le tarif par crainte de voir un jour, très proche, les cliniques fermer ou être dans l’incapacité de servir les patients », se défend le médecin, les larmes aux yeux.

Entre le marteau et l’enclume, des milliers d’insuffisants rénaux désespèrent. Le déblocage de la situation n’aura pas lieu de sitôt. Face aux défis économiques de la Tunisie qui tente de diminuer les charges en grignotant sur les subventions, les indigents et les démunies seront-ils, encore une fois, les premières victimes de la crise ?