Le mercredi 18 mars a été la journée la plus sanglante de l’histoire de la Tunisie, depuis l’attentat de la Gheriba (Djerba) de 2002.

Jusqu’à l’heure actuelle, les sources divergent sur le nombre de terroristes, de victimes et de blessés. Les sources officielles font état de deux terroristes tués et un autre arrêté. Neuf autres personnes, présumées impliquées dans ces événements ont été arrêtés ce matin. Du coté des victimes, Said Aïdi ministre de la Santé avance aujourd’hui, 24 heures après le drame, le chiffre de 23 morts et de 47 blessés.
Rappel des faits :

Mercredi 18 mars 2015 en fin de matinée, des touristes venus visiter le musée du Bardo ont été surpris par des coups de feu tirés. Contraints de se replier à l’intérieur du musée à l’arrivée des forces de l’ordre, des terroristes prennent en otage des dizaines de présents, tunisiens et étrangers. Quelques heures après, la Brigade Anti-Terrorisme a donné l’assaut neutralisant rapidement les assaillants. Selon les déclarations du ministre de l’Intérieur, la prise d’otages a duré à peine deux heures.

Les blessés et les corps furent emmenés à l’hôpital Charles Nicole de Tunis. Face à ce carnage, les visages fermés, sous le choc, reflétaient l’étendue des dégâts. La visite express du président de la République Béji Caid Essebsi à l’hôpital n’a pas apaisé les tensions qui régnaient dans la cour.

Face au nombre d’étrangers touchés par cet attentat, de nombreux représentants diplomatiques ont afflué à tour de rôle, venant s’enquérir de l’état de santé de leurs compatriotes. Certains d’entre eux, la gorge nouée, reconnaîtront aux journalistes de Nawaat, ne pas être en état de s’exprimer.

Quelques minutes après le départ du président de la République, la famille de la victime, Aymen Morjane -issue des rangs de la Brigade Anti-Terrorisme- rejoint les lieux afin d’identifier le corps. En colère et dépités, ils furent rapidement pris en charge par les policiers présents.

Pendant près de trois heures, ce fut un ballet d’ambulances dans la cour de l’hôpital Charles Nicolle. Face au silence du corps médical et des ambulanciers sur le nombre de blessés et de morts, le chargé de l’administration de l’hôpital s’est résolu à venir donner les premiers chiffres.

En début de soirée, certains citoyens sont venus spontanément donner leur sang aux blessés qui en avaient besoin, et ce « par devoir » et « par reconnaissance à ceux qui ont fait face à l’obscurantisme ».

Plus tard dans la soirée, une foule s’est formée spontanément à l’Avenue Habib Bourguiba en face du théâtre municipal dénonçant cette attaque. Hommes, femmes et enfant de diverses nationalités ont allumé des bougies à la mémoire des victimes.

Près de 24 heures après le drame, des interrogations commencent à surgir :

– Pourquoi un lieu public tel que le musée du Bardo est-il sans dispositif sécuritaire ?
– Qu’en est-il des rumeurs concernant la mort d’un enfant de 6 ans et d’une accompagnatrice ?
– Comment se fait-il que deux touristes espagnols passent la nuit à l’intérieur du musée sans que personne ne s’en rende compte, alors que le musée était censé avoir été ratissé après l’intervention des forces de sécurité ?
– Comment expliquer que la communication du porte-parole du ministère de l’Intérieur et du Premier ministère ne soient-elles pas concordantes ?
– Pourquoi refuse-t-on aux journalistes l’accès aux témoins de cette prise d’otage ?