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Pour une fois que nos concitoyens se saisissent de leur droit constitutionnel pour demander une transparence sur les revenus énergétiques, les médias et les intellectuels proches de l’ancien régime n’ont pas manqué l’occasion afin de monter au créneau et orchestrer une compagne de vulgarisation voire de diabolisation contre ce mouvement de citoyen. A l’unisson, ils se sont se sont mobilisés pour combattre ce danger : La Transparence !

Ce qui est étonnant dans cette affaire, c’est qu’on n’a pas vu une mobilisation médiatique de cette ampleur ni pour le scandale Swissleaks ni pour le scandale de contrebande impliquant la Douane au port de Sfax. A croire que l’information publique serait plus hostile aux intérêts de la nation que l’évasion fiscale ou la corruption.

Transparence : un mot qui fait peur en Tunisie

Hormis lors des évènements sécuritaires qui ont touché le pays ou bien lors des élections, une mobilisation médiatique de cette envergure c’est du jamais vu ! On ne compte plus les émissions spéciales à la TV et à la radio, les articles de presse en “Une” et les éditoriaux qui ont été consacrés au sujet tout au long de la semaine.

Quel a été l’angle d’attaque ? La théorie du complot bien évidemment, et la mise en danger de l’Etat ! On revient donc aux fondamentaux de la propagande.

Mais quelle est donc la menace qui a pu déclencher une réaction d’une telle hostilité ? Rendre public l’audit sur l’état de nos ressources pétrolières ? La transparence sur les modalités d’octroi des permis et les conditions liées aux contrats d’exploitation ? La publication des indices de production, du prix de vente du pétrole et des recettes générées par l’Etat ? Eh bien oui ! Dans un pays où règne l’opacité, la transparence “menace” la continuité du business hérité de l’ancien régime. La transparence est d’autant plus “menaçante” qu’elle risquerait de contaminer bien d’autres secteurs comme les mines, l’industrie, les services, la finance, les télécoms…

Diabolisation de la campagne « Winou El Pétrole »

D’après le journaliste Sofiene Ben Hamida :

La polémique déclenchée depuis plus d’une semaine autour des richesses pétrolières de la Tunisie est suspecte et malsaine. Elle ne vise pas à poser la problématique de la gestion des richesses naturelles nationales dans le sens d’une meilleure transparence et dans le cadre d’une bonne gouvernance. Elle s’insère dans le cadre d’un calcul politicien douteux, dangereux même, qui vise à priver l’Etat national des conditions de sa pérennité et, donc, son démantèlement.

L’information publique viserait donc le démantèlement de l’Etat, rien que ça !

Dans le même ordre de malhonnêteté intellectuelle, ce qui est ressorti des débats c’est que les experts, les journalistes ou les responsables politiques qui ont osé souligner des irrégularités dans les revenus officiels de la production de pétrole ou dans les contrats d’exploitation, seraient tous des charlatans, ils n’auraient aucune compétence pour évoquer ce sujet et auraient des motivations malsaines. Quant aux citoyens qui se basent sur l’article 13 de la constitution pour demander la transparence sur ces dossiers, ils affirmeraient que notre pays « flotte au-dessus d’une mer de pétrole » et auraient l’ambition de réclamer à l’Etat leur part de la rente pétrolière.

C’est simple, c’est limpide, c’est prêt à consommer. C’est une parfaite stratégie de déviation du sujet principal, désormais on ne parle plus de la transparence !

Exit le gouverneur de la BCT qui a appelé à un audit urgent du secteur de l’énergie, exit le rapport de la cour des comptes qui se trouve dans l’incapacité de fournir une information officielle sur les indices de production de pétrole, exit l’ancien ministre chargé de la Gouvernance et de la Lutte Contre la Corruption qui déclare que « notre production pétrolière est nettement supérieure aux chiffres annoncés ». Tout ceci n’est que théorie du complot.

Le mot d’ordre a été martelé plusieurs fois tout au long de la semaine : retroussez vos manches et travaillez ! Autrement dit circulez, il n’y a rien à voir.

Selon le raisonnement de ces intellos bienveillants à l’égard de l’Etat, on devrait reprocher aux citoyens leur insolence d’avoir demandé une transparence sur la gestion des ressources énergétiques. Mais de l’autre côté, il est tout à fait normal que ces mêmes citoyens fassent les frais de la dette odieuse contactée par le clan Ben Ali, sans leur consentement, à travers la politique de surendettement du gouvernement. Et cerise sur le gâteau, d’après le ministre des Domaines de l’Etat et des Affaires Foncières, le contribuable se chargerait même de payer la dette du RCD dissout.

L’initiative « Winou El Pétrole » a manifestement tapé là où ça fait mal. Le Tunisien compte bien jouir de sa citoyenneté, c’est une des rares choses que lui a offert la révolution. La transparence est un des fondements de la bonne gouvernance, et en ces temps de crise, ce genre d’initiative ne peut qu’être salutaire.

Chapeau bas à nos intellos, vous êtes encore au rendez-vous avec l’histoire, avec vos concitoyens.