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Le style de chant, le groove et parfois, tout simplement, la sonorité de l’instrument, les rappeurs tunisiens empruntent au mezoued ces caractéristiques. Tantôt dans une alliance de deux genres porte-voix des laissés-pour-compte, tantôt dans un rapprochement entre les deux genres les plus populaires de la musique tunisienne actuelle, rap et mezoued cherchent à faire bon ménage.

Artmasta feat Hedi Donia – Khallouni

La rythmique reggae a facilité la rencontre entre ces deux artistes issus deux registres disparates, également séparés par un grand gap générationnel de près de quatre décennies. Dans ce morceau, sorti le 1er mars 2016, ces deux enfants de la médina de Tunis ont opté pour des battements typiquement tunisiens repris avec des sonorités actuelles. Les mélodies du mezoued font leur entrée dès le deuxième refrain. Toutefois, le morceau est entaché par l’incohérence entre le chant de Hedi Donia baignant dans la spiritualité et louant les saints soufis et le rap simpliste d’Artmasta au texte matérialiste qui verse même dans l’ego-trip.

Pryns Missile & Med Amok – Choufouli Tebib

Ce n’est pas la première fois que le rappeur Med Amok se livre à l’exercice du chant, toujours dans une veine populaire tunisienne. Ici, il puise ses airs dans l’esthétique du mezoued. D’ailleurs, l’instrument ne fait son entrée que vers la fin du morceau, comme s’il soulignait l’origine de l’inspiration du duo. Encore une fois, le reggae sert de relais entre mezoued et rap. Sorti en mai 2015, ce morceau est une collaboration entre Med Amok et Pryns Missile, nom d’emprunt d’Emir Tlili. L’humoriste qui s’est fait connaitre par Salem Mr. Le jeune youtubeur, désormais médiatisé via El Hiwar Ettounsi Tv et Mosaique Fm, est à l’origine rappeur.

Mak T-Men & Abderrazek Kliou – Madhlouma ya donia

Une collaboration entre deux vétérans issus de la médina de Tunis. Mak T-Men, comme son nom l’indique en référence au groupe de rap créé vers la fin des années 90, est l’un des pionniers du hip hop tunisien. Quant à Aberrazek Kliou, c’est l’une des voix incontournables du mezoued propulsé par « Madhlouma ya donia », sorti il y a près de 20 ans. Réunis dans ce remake du morceau évoqué, ils ont mis en ligne le fruit de leur collaboration en juillet 2012. Les notes, sonnant comme celles d’un accordéon, donne de l’authenticité à cette composition. Un aspect consolidé par les percussions de la darbouka. Point de ressemblance avec les morceaux précédemment cités dans cette playlist : la rythmique reggae comme trait d’union entre rap et mezoued.

Balti & Samir Loussif – Mchaou

Sorti en février 2011, ce morceau n’a atteint le summum de sa popularité qu’après avoir été adopté pour le générique du feuilleton « Pour les yeux de Catherine », produit par Nessma et diffusé sur cette chaîne entre juillet et août 2012, lors du mois de ramadan. Réunissant deux ténors tunisiens du mezoued et du rap, il s’intéresse au phénomène de l’immigration illégale vers l’Europe. Cependant, le morceau n’emprunte au mezoued que la technique de chant. L’instrument n’y est pas. Et la musique est plutôt pop.

Karkadan – Hiyet Jdida

Concocté par le beatmaker et producteur d’origine algéro-philippine Young-Lee Da Finest, le clip de ce morceau a été tourné en Tunisie, notamment à la Cité Ettayaran, le quartier qui a vu grandir Karkadan. Il est sorti en décembre 2010. Le rappeur tunisien évoluant en Italie y fait un clin au mezoued vers la fin et reprend avec subtilité les sonorités de cet instrument en les introduisant comme effets de temps à autre dans le morceau. L’emploi du mezoued relève, dans le cas présent, d’une revendication identitaire plutôt que d’un choix musical.