crédits photo : présidence de la République

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La jeunesse s’impose

« Une consécration bien méritée » pour le cinéma tunisien : le Tanit d’or a été attribué à Zeineb n’aime pas la neige de Kaouther Ben Hania. The Last of Us de Alaeddine Slim, sacré Lion Futur de la Monstra de Venise, a arraché le Tanit d’or de la compétition première œuvre (Prix Tahar Chériaa) et le prix de l’UGTT du Meilleur cadreur dans un film tunisien.

Enfin, l’exceptionnel Majd Mastoura, déjà lauréat du prix de la meilleure interprétation au Festival de Berlin pour Nhebek Hedi, a remporté hier celui de la meilleure interprétation masculine dans une première œuvre.
En somme, ces jeunes cinéastes et acteurs nous ont honoré ici et ailleurs, et ils ont su faire ce à quoi leurs prédécesseurs ont échoué : révolutionner la scène cinématographique tunisienne et la libérer du règne asphyxiant de la superficialité et des clichés qui l’ont longtemps étranglée.

Une organisation tirée par les cheveux

Mais la phrase de Abderrahmane Sissako, président du jury du 27ème des JCC, « Je souhaite à ce festival une meilleure organisation », a mis à nu l’organisation déplorable de cette édition.

Après le quotidien amer de la vente des billets (marché noir, bug de réseau etc.…), les queues infinies, l’état misérable de nos salles (avec des films annulés pour des raisons techniques) et le fameux piège rouge à l’ouverture, dont on a beaucoup parlé sur les réseaux sociaux, le pire a été atteint lors de la cérémonie de clôture.

L’arrivée tardive du cortège de Adel imam, envahissant la salle et perturbant l’interprétation musicale ayant lieu sur scène, la plaisanterie de l’animatrice Farah Ben Rejeb (à qui on n’avait même pas réservé un kit-oreillette), que ce dernier n’a pas apprécié, le discours humiliant qu’il a alors tenu, la réponse piquante de Lotfi Abdelli, la remarque incompréhensible de l’actrice Myriam Ben Chaaben, les animateurs qui n’ont pas su contrôler la situation… Tous ces éléments ont composé un désordre indigne du nom glorieux des JCC.
Cerise sur le gâteau, les présidents des jurys ont commis des erreurs lors de l’annonce des noms des gagnants : en effet, attachez vos ceintures, à l’heure de l’internet, des tablettes et des smartphones, on a préféré écrire les noms sur des feuilles blanches !

Abderrahmane Sissako a critiqué notamment la sélection des films africains de la compétition officielle qui selon lui semble injuste et loin de garantir un équilibre de chance entre les métrages arabes et africains , supposés baptiser ensemble l’identité du festival.

Des habitudes rétrogrades

Les JCC, depuis leur création, cinéma de résistance, un cinéma de rébellion indomptable, rompant avec les politiques étatiques « esclavagistes » de l’époque ; Un aspect qui a dérapé sous le règne de ZABA, par le biais de la censure, les nominations fondées sur l’idéologie politique et ainsi de suite de pratiques indécentes témoignant une phase noire dans l’historique du Festival.
Mais est-il encore acceptable, dans une Tunisie nouvelle et sous le toit révolutionnaire, d’entendre dire « وفي اختتام موكب التوسيم سلّم ابراهيم اللطيف مدير الدورة الـ 27 للمهرجان التانيت الذهبي لخمسينية أيام قرطاج السينمائية لسيادة رئيس الجمهورية » ?
NON. L’amertume nous gagne en voyant les vieilles habitudes revenir au galop de la façon la plus naturelle : après l’inauguration par le chef du gouvernement et la décision du président de la République d’organiser « sa propre cérémonie » chez lui, on a pu assister au triste spectacle de la remise du Tanit d’or par le ministre de la Culture et de la remise du prix de la meilleure première œuvre par le directeur de la banque STB, sponsor du festival. Ou « comment l’instrumentalisation s’invite sur le podium ».

Ces habitudes, qu’on croyait révolues, ont été condamnées implicitement par Majd Mastoura lors de son discours. Hélas, il y a encore du chemin à faire pour abolir une fois pour toute la médiocrité ostentatoire des décideurs dans notre pays !