Il y a deux cents manières d’épingler sur le vif l’arbitraire de la loi. On peut lire Le Procès de Franz Kafka. On peut aussi se caler sur le visage de son personnage étourdi, réduit à une seule syllabe. Mais on peut surtout s’en emparer, en faisant parler si nécessaire les coïncidences. L’un des nôtres l’a fait en plan serré. Ce film de Halim Jerbi et Youssef Behi fait cavalier seul dans la flopée des courts-métrages tunisiens produits ces dernières années. Il s’impose sans autre appui que le vent décoiffant de la fiction. C’est un libre geste en noir et blanc, très cadré. S’il n’est pas une adaptation du Procès de Kafka, L’un des nôtres en prend intelligemment prétexte. Stimulant malgré la modestie des moyens engagés, il est moins un court métrage qu’un vrai film court. La liberté prise par rapport au récit de l’écrivain tchèque incarne en demi-teinte une haute idée de ce que pourrait être un geste de cinéma récalcitrant : à la fois chair et idée, très dépouillé et très concret comme le jade.