Crédit photo : Christopher Cook. CC BY 2.0

Si un syndicaliste, un politique et un intellectuel se trouvaient ensemble dans un wagon de train, quel serait leur sujet de conversation? Si c’est le syndicaliste qui engagerait la conversation le premier, ça serait très probablement pour protester contre quelque chose. Le politicien serait plus amené à parler d’un projet, l’intellectuel commencerait certainement par poser une question.

Le syndicaliste contesterait probablement la qualité de la climatisation qui serait dégradée à cause du manque d’investissement de la part de la compagnie. Le politicien parlerait d’une possible extension du réseau de chemin de fer pour desservir des zones reculées. L’intellectuel cogiterait sur l’éventuelle relation entre l’extension des chemins de fer et le développement socio-économique.

Aucun de nos trois voyageurs ne serait supérieur à ses compagnons de route. Chacun a son point de vue et a le droit de l’exprimer. De toutes les façons, ils ont tous les trois payé le même prix pour le voyage. Même si la conversation ne changera rien à la durée du voyage, ça permettra toutefois à nos trois voyageurs de mieux le supporter. Cette conversation, quelle que soit sa durée, ne changera rien de la perception du monde de chacun des trois voyageurs. Quand ils arriveront à bonne destination, ils se disperseront et chacun d’eux jugera les deux autres, au mieux, de « simples d’esprit ». Mais enfin, à quoi sert un syndicaliste? A quoi sert un politique? A quoi sert un intellectuel?

Un syndicaliste, et j’entends par ce terme tout représentant d’un groupe ou d’une corporation, ouvrière, patronale ou sectorielle, œuvre pour la défense des intérêts individuels et collectifs de ses paires (salariés, chefs d’entreprises, agriculteurs…). Un syndicaliste est donc par essence partial, partisan et subjectif. Il n’est pas appelé à se mettre à la place des autres, tant que ses intérêts sont mis en jeu. Il pense ici et maintenant, lève la barre de ses exigences pour améliorer les conditions de négociation. Un politique s’active pour gouverner en promettant un projet de société. Et quand il accède au pouvoir, il agit, prend des décisions, opte pour des choix et négocie les priorités. Un intellectuel, quant à lui, imagine, ouvre des horizons, défend un idéal et conçoit des orientations aussi repoussées soient-elles. Le mix de ces trois ferait le voyage. La discussion entre eux, aussi difficile soit-elle, ferai du voyage une découverte, de l’autre, de soi même et de nouvelles possibilités.

Le voyage tourne toutefois à la catastrophe en cas de confusion des rôles. Un syndicaliste qui se transforme en politique mènera le système à la faillite par manque de vision. Un politique jouant au syndicaliste tombe dans le populisme et l’anarchie. Un intellectuel qui se veut politique n’aurait que des actions stériles par manque de réalisme. Un politique qui voudrait incarner l’intellectuel ne serait que l’adepte de la pensée unique. Alors, si le wagon serait la Tunisie, qui est ce qui fera une vraie répartition des rôles ?