À peine une décennie après les remous de 2011, Au pays de l’oncle Salem nous arrive sans chichis, plutôt avec la gueule de bois des révolutions avortées. Le terrain de jeu est celui de l’année 2013. Le scénario, lui, est à l’avenant : à la rentrée scolaire, Salem, gardien titulaire d’une petite école rurale, met du soin à l’entretien de cet édifice abandonné. Nous sommes ici loin du prolétaire combinard, plutôt avec le serviteur consciencieux. Mais pour faire entrer son récit dans le format d’un court quasi-muet, la mise en scène puise dans le prosaïsme de l’espace-temps une efficacité portant avec elle la rumeur du désenchantement. En l’absence des dialogues, ce sont les détails qui règlent leur compte, et le film les siens avec le système normatif, en remettant la fiction entre les mains du symbolique. Si elle tire du côté de la satire sociale, sur fond sonore orchestral d’un film patriotique étasunien, cette parabole se forge de fait une respectabilité assurée.