Il y aurait dans le nouveau film de Hamza Ouni l’exigence d’une démarche documentaire qui ne transige avec rien, ou presque. Mis en chantier dès 2005, Le disqualifié est le fruit d’un accompagnement moulé dans une longueur de vue. C’est du côté de Mohamedia, à une vingtaine de kilomètres de Tunis, qu’Ouni récidive avec son bâton de pèlerin dévoué. Au bout du compte, quinze ans de tournage en totale complicité avec le protagoniste, Mehrez Tahar, qui tente de tirer son épingle du jeu social. Derrière la façade digne de celui qui se surpasse, le jeune homme épris de théâtre ne se berce pas d’illusions. Les premiers plans donnent le ton : le dos mordoré par le soleil du couchant, les mains ciselant l’espace ; puis les yeux droits dans l’œil de la caméra, quelque chose de rebelle résiste en lui, n’était ce crachat qui nous balance dans les gencives ce qui lui ronge le cœur. Nous, spectateurs, le recevons en pleine poire telle une caution du réel qui nous met face à une violence invisible, rejetée en périphérie. S’il répond à l’effort de recentrer une figure de la même marge qu’El Gort, ce film signe toutefois une passation de regard.