En Tunisie, il n’y a pas de statistiques récentes sur les signalements parvenus aux délégués de l’enfance sur les cas d’inceste, affirme à Nawaat, le Délégué général de l’enfance, Mehyar Hammadi. Les derniers recensements relèvent une dizaine de signalements mais «ils ne reflètent pas l’ampleur des agressions commises sur l’enfant. Certaines ne sont jamais rendues publiques, notamment s’agissant de l’inceste », ajoute-t-il. Dans le sillage du mouvement #MeToo en Tunisie, plusieurs témoignages de victimes d’inceste ont déferlé sur les réseaux sociaux, attestant ainsi de l’ampleur d’un mal enfoui.

L’inceste sous une chape de plomb

Sévissant dans le cercle familial, l’inceste brise difficilement la loi du silence. C’est le cas de Nedra, le personnage principal du nouveau roman de Monia Ben Jemia. Profitant de la sieste de la famille, le grand-père de Nedra abusait d’elle fréquemment. « Culbutes, chatouilles, ce n’est qu’un jeu, un pur hasard les frôlements de son sexe sur le sien ou sur sa bouche. Il n’a même pas besoin de lui demander d’en garder le secret puisque rien n’est intentionnel », écrit l’auteure. Inspiré de son expérience au Centre d’écoute et d’orientation des femmes victimes de violence de l’ATFD, ce récit de Monia Ben Jémia puise dans «les nombreuses histoires parvenues au centre d’écoute sur l’inceste», confie-t-elle à Nawaat.