Autant le dire tout de suite : sur le papier, L’Homme qui a vendu sa peau ne fait pas mystère de son intention de jouer dans la cour des grands. Sans doute, Kaouther Ben Hania possède-t-elle l’audace d’un flirt risqué avec l’air du temps, mais elle ne se contente plus de la surenchère d’un film à sujet, comme c’était le cas avec La Belle et la Meute. En fait, parce qu’il s’agit ici d’opposer les extrêmes, elle opte pour une scénarisation moins factuelle. L’idée de la fiction est en partie tirée des Cochons tatoués de Wim Delvoye auquel est réservé ici un rôle secondaire. Si, à l’écran, Ben Hania pose un pied sur le terrain du drame syrien, elle n’en fait pas moins un prétexte, et d’une pierre deux coups : sans mauvais jeu de mots, tout repose dans ce film sur le dos du personnage. Ce choix donne clef en main l’horizon de sa mise en scène, dans un renvoi constant du corps à son aliénation. Mais bien qu’il arbore les signes d’une fable stylisée, en se voulant plus malin que ne pouvait le laisser croire son cahier des charges, le film peine à convaincre.