Bien qu’attentives à ce que le jour veut dissiper, les images ici recueillies négocient des lumières adverses, qui comptent moins que la nuit complice. Signées Zied Ben Romdhane, ces photographies sont de hautes solitudes : de celles qui repoussent le soleil de mille lieues et paradent malgré tout aux rayons ultraviolets. Les Enfants de la Lune s’écrit avec les ferments de ce paradoxe, dont le sens ne se dirait qu’en noir et blanc. Sans mettre ses ficelles en avant, le photographe semble en fait réinventer un fondu d’air et de pierre dans l’éclair pendant lequel des visages s’abandonnent à un autre regard. Mais il faut comprendre de quoi il est parti et vers quoi il aboutit. L’humanité qu’il a restituée depuis sa Waiting zone en 2013 dans la détresse des immigrés, ou dans les territoires en marge de West of life (2016), il la trouve maintenant tapie dans une sensibilité rare à la lumière, dont les images ici rassemblées témoignent de l’extrême fragilité.