Par quelle grâce, encore maintenue dans sa relative pénombre, une main en vient-elle à arracher aux ténèbres quelques grains de lumière ? Ce qui pourrait passer ici pour un étrange lever de rideau hors-scène, sans dialogue, dit tout d’un dernier acte aux avant-postes du drame. Et si l’on croit observer une plongée hantée, ce sont des gestes qui s’y révèlent en temps de déréliction. C’est toute la beauté de Nous le savions qu’elles étaient belles les îles de Younès Ben Slimane : sans autre bruit que le vent, ponctué par le crépitement du feu et le frottement d’une pelle contre la terre sèche, acclimatés à un cimetière improvisé, on y devine les contours d’une élégie dont chaque prise est un tableau en clair-obscur. Séduisant par cette ascèse qui ferait taire le pathos lié au drame de la migration, ce documentaire à peine secondé de fiction travaille de fait en basses lumières et affirme quelques traits que sa mise en scène nocturne s’emploie à rendre décidés.