NDLR Nous remercions les nombreux contributeurs à cette enquête qui se reconnaitront…

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M. Slim Chiboub est en Tunisie, depuis deux jours. Va-t-on, enfin, en savoir davantage sur ce que Nawaat avait qualifié d'”Essebsi Gate” ? Plus de 15 mois après la publication de notre enquête sur la transaction qui lie Slim Chiboub, gendre de Ben Ali, à Slaheddine Caïd Essebsi, frère de Beji Caïd Essebsi, nous revenons sur cette affaire avec de nouveaux éléments.
Durant cette enquête, nous avons essayé à plusieurs reprises d’obtenir les observations de M. Béji C. Essebsi. Nawaat a même transmis une copie de cet article aux attachés de presse et conseillers de l’ancien premier ministre pour avoir ses réactions, tout comme la possibilité de rectifier toute éventuelle erreur factuelle. Nos sollicitations n’ont eu aucune suite.

Les réactions à l’article …

Publié à 11 heures du matin, l’article “Essebsi/Chiboub : une relation en or noir” a eu un impact immédiat sur l’opinion publique, ce qui a poussé différents médias à nous inviter à nous prononcer sur les détails de l’affaire. Mais nous avons préféré décliner toutes les invitations. Quelques heures plus tard, la brigade financière décidait enfin d’ouvrir le dossier. Le soir même, African Manager a publié la toute première réaction de l’un des protagonistes : Beji Caïd Essebsi. Celui-ci a nié tout en bloc.

Au fur et à mesure que les médias s’emparaient de cette affaire, les réactions des concernés se sont empressées. Les contradictions entre les déclarations de BCE et son frère, Slim Chiboub et Ridha Belhadj ont permis de faire relever d’autres failles dans le dossier de la transaction entre la société “Voyageur Oil and Gas Company” et la société “Anadarko Tunisia BEKS Company”.

Parallèlement aux enquêtes lancées par le juge d’instruction, nous avons continué à faire nos recherches sur cette affaire laquelle, nous l’admettons, est assez complexe …

Retour aux origines …

Notre histoire débute en juillet 2007, lorsque, en se basant sur un avis positif du Conseil Consultatif des Hydrocarbures, Afif Chalbi, en sa qualité de ministre de l’Industrie, a donné son accord pour la cession du titre pétrolier de Borj El Khadra Sud (BEKS), de la société autrichienne “Geosat Technology Limited” et la société américaine “Pascal International Petroleum Company”, à la société canadienne “Voyageur Oil and Gas Company” (VOG) qui venait d’être constituée quelques mois auparavant. Pour évaluer la capacité financière de VOG, le ministère de l’Industrie s’était limité à exiger une garantie bancaire.

Malgré cela, VOG s’est trouvée, quelques mois après, dans une mauvaise passe financière. Ne pouvant plus financer ces activités, elle s’est retrouvée dans l’incapacité de mener les travaux d’exploration qu’elle s’est engagée à exécuter. Dans une telle situation, les autorités tunisiennes auraient pu retirer le permis en s’appuyant sur le code des hydrocarbures. Elles auraient, ensuite, pu l’attribuer à une autre société ayant les capacités financières adéquates. Mais, c’était Slim Chiboub, gendre du président déchu Ben Ali, qui en a profité.

En effet, en apportant les fonds dont la société en difficulté avait besoin, Slim Chiboub est devenu, en 2009, actionnaire de « Voyageur Oil and Gas Company » pour en devenir, ensuite, PDG. Darren Stevenson, qui était alors le PDG de VOG, affirme que c’est Imed Derouich qui a déniché cette affaire pour Slim Chiboub. Celui-ci est devenu actionnaire de VOG au mois de juillet 2011. Rappelons que c’est en pistant les emails d’Imed Derouich que la Commission Nationale d’Investigation sur la Corruption et la Malversation -présidée par feu Abdelfateh Amor- a découvert l’existence d’un « grand réseau composé de responsables dans des sociétés tunisiennes et étrangères ».

Slim Chiboub a donc commencé par acquérir des actions à travers une première société domiciliée en Tunisie appelée “Mayodor”.

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Les actionnaires de « Mayodor SARL » sont Slim Chiboub (25%), sa femme Dorsaf Ben Ali (qui n’est autre que l’une des filles de ZABA) (25%), sa fille Meriem Chiboub (25%) et son fils Youssef Chiboub (25%). Ensuite, à partir du mois de mai 2009, Slim Chiboub a acquis des intérêts dans VOG à travers une société portant le nom de “Green Oil and Gas Corporation”. Elle est domiciliée dans l’État américain du Delaware, un paradis fiscal caractérisé par une très forte opacité financière.

Quelques semaines après, une autre société a été créée dans une zone offshore des Émirats Arabes Unis sous le même nom. Elle fut enregistrée sous le nom d’un certain Butti Mohamed Butti Mohamed Al Qubaisi qui serait en fait un proche de la famille royale Al Nahyan. Mais vu l’opacité financière du Delaware et de cette zone offshore, il est extrêmement difficile d’établir la relation entre les deux sociétés.