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Venus tout droit de Redeyef pour célébrer la Fête de la Musique à Tunis, les rappeurs de Black Unit sont à l’affiche du concert organisé par l’Institut Français de Tunisie à l’Avenue Bourguiba, mardi prochain. Une occasion pour se pencher sur les rappeurs issus des villes de la Tunisie profonde, encore plus marginalisés que leurs alter-egos des grandes villes.

Black Unit – La’camora (Redeyef)

Le tandem Galla3 et Joujou M, originaires de Redeyef, expriment, sans concession, leur indignation d’un quotidien de jeunes défoncés livrés à eux même. Chômage, errance, pauvreté et marginalisation sont dénoncés par ces rappeurs au flow qui se veut lancinant après une entrée tonifiante. Ce morceau a été créé lors d’une résidence artistique organisée du 20 au 30 avril par l’association Siwa Plateforme à l’Economat de Redeyef. Pour l’occasion, les Black Unit ont collaboré avec l’artiste electro tunisien Dawan, compositeur de ce titre sorti le 11 juin.

Lloyd Bac – Ijhadh Ahlam (Sidi Bouzid)

Après une intro où il opte pour un flow lent, son débit s’accélère et ses rimes s’aventurent sur un rythme cassé (breakbeat), un exercice laborieux. Comme l’intitulé du track, extrait de sa mixtape éponyme,  l’indique (avortement de rêves, traduction littérale), Lloyd Bac, originaire de Sidi Bouzid, propose un univers mélancolique imprégné par son désespoir truffé de métaphores. « Au bled de Bouazizi, tu t’immole ou sois sûr, ils t’immoleront », lance-t-il dans ce track sorti le 14 mai dernier. Lloyd Bac est membre d’un collectif baptisé « 7atab », en anglais Fire Wood Crew, qui compte parmi ses membres d’autres rappeurs tel que Snake.

Sanfara – Je Fume Trop Ft. Ferr (Menzel Bourguiba)

Il est le seul rappeur tunisien hors des grandes villes côtières à s’être imposé auprès d’un large public. Sa chaîne Youtube compte plus de 47 milles abonnées et près de 25,8 millions de vues. Producteur de ses propres morceaux et clips, Sanfara, du haut de ses 23 ans, a fait preuve d’une certaine maturité artistique malgré ses récents débuts : il a entamé sa carrière en 2011. Dans son dernier morceau sorti début mai, en featuring avec le rappeur bizertin Ferr, il porte un regard noir sur la société et s’attaque à l’opportunisme dans un langage cru. Il affectionne particulièrement le Trap, courant musical popularisé au début des années 2000 au sud des Etats-Unis. Il se distingue par son tempo rapide, ses lourdes basses accompagnant les battements répétitifs de la grosse caisse ainsi que ses paroles trashs.

Lartisto – 7alet Taware2 (Kef)

Lui aussi a succombé à la tentation du Trap après avoir montré un penchant pour le rap de la fin des années 90 lors de ses premières apparitions publiques, il y a environ 5 ans. 7alet Taware2 [Etat d’urgence] est sorti le 30 janvier 2016. Lartisto y conteste la corruption et dénonce la fourberie des hommes politiques avec cynisme. D’ailleurs, il annonce la couleur dès son premier vers en lâchant un traditionnel « Fuck the system ». Son écriture se distingue par un recours excessif aux rimes au milieu des vers, ce qui sert bien son flow rapide et saccadé.

Mr Chido – Dmou3 Errjel (Tozeur)

Ce morceau, tourné en clip et sorti le 10 février 2016, est l’une des rares productions de Mr Chido disponibles en ligne. Hogra, paupérisation et aliénation, Mr Chido y brosse un portrait morbide d’une société qui l’a condamné à la mélancolie. Simplistes notes de piano rattrapés par des violons chialeurs amènent une mélodicité à ce titre aux rythmes minimalistes. Vers la fin du morceau, un roulement de batterie, à la manière pop, émancipe le rappeur originaire du Djérid de sa monotonie et le pousse à faire parler sa rage.