Par Ben Hadj Amine,

Aujourd’hui j’ai tenté de prendre l’avion pour Tunis, en vain. Alors je me suis dirigé vers le centre Lyon où une manifestation de tunisiens a été organisée à 19h.

J’ai constaté des choses que je veux reporter à tout le monde.

J’arrive par le métro, je remonte à la place bellecour. Une petite foule, était là fredonnant l’hymne national, mon cœur s’est déchiré, ils ne connaissent même pas les paroles, pas toutes les paroles en tout cas; une foule impossible à maitriser ou même à guider. Je remarque n’empêche, que 2 jeunes essayent de faire un cercle, pourquoi?? Ils se préparent pour être filmé par france3. Il parait que quelqu’un a appelé france3 : Les deux jeunes. Ils ont dit que c’était eux les organisateurs de la manifestation. Ah bon!

Je pensais que la manif était spontanée, et de plus j’ai contribué à l’appel! Ils ne sont pas nets ces deux là. Je me tais, j’observe. un moment je crie “tounes horra, horra, we etajamoâ ala barra”, les deux n’ont pas chanté. Ils savent parler ces deux là, ils appellent à la vengeance. Je prends la parole. je ne suis pas habitué à faire ça, mais bon, tant pis je me lance. j’appelle les gens à penser à la reconstruction, à rentrer pour aider au maintien de l’ordre, à rentrer pour aider avec les pelles, à réparer ce que les milices ont brulé et cassé. puis je me tais. Ces deux là alors! ils ne lachent rien. ils nous appellent de nouveau à s’organiser pour laisser france 3 filmer. J’en ai marre de cette mascarade. Les gens ici, ne sont pas ceux qui ont participé à la dissidence. Ils suivent comme des moutons ces deux bergers.

Je reprends la parole, pour dire qu’on n’est pas venu ici pour être filmer, mais pour poursuivre le combat et demander le démantèlement du réseau du RCD et transformer chaque choâba en une bibliothèque ou un mémorial de la révolution. Là quelques uns ont compris la combine. Les gens ont alors chanté spontanément: “tounes horra horra welqaweda ala barra”. Un des deux a déjà disparu, au même temps que le cercle; le drapeau qui était en bas pour préparer la photo s’est levé dans le ciel. vive la Tunisie.

Le deuxième était toujours là, un voisin filmait, j’ai lancé un nouveau slogan, “etajamoâ ya jaban, chaaâb tounes lè youhen” j’ai demandé au deuxième alors de chanter, en précisant qu’il est filmé. Il a souris, il a évité de chanter, en répondant que c’est lui l’organisateur, et que c’est lui qui a ramené tout ces drapeaux. En effet, j’étais surpris du nombre de drapeau en papier, de ceux qu’on voit dans le meeting du RCD; je le lui fais remarquer, à haute voix, la foule l’a entouré, en dénonçant le RCD, je l’ai cherché; mais il a disparu.

La foule l’a dévoré. Il n’y a plus aucun leader dans les manifestations. Elle est redevenue pure, et spontanée. Elle a marché jusqu’au consulat. Sur le chemin des barbus nous ont rejoint, des algériens aussi. Des nouveaux slogans sont nés, scandant le nom de dieu, scandant l’unité arabe, l’unité musulmane. Pire encore un Imam priait, disait des incantations qui m’ont mis en rogne. Je voulais prendre vacances. Mais les laïques m’ont retenu, disant que si on leur laisse la place, ils vont tout récupérer. Et oui le peuple a gagné sa liberté le 14 janvier, le 15 janvier les islamistes et les RCD se déchiraient le pouvoir. L’histoire retiendra ça. Retenez bien; le 15 janvier les islamistes essayent de récupérer la victoire du peuple tunisien. Et les RCDistes retournent leurs vestes, mais continuent à se foutre de la gueule des plus faibles de nous.

On a quitté le consulat, on retournait à bellecour, les gens jouaient maintenant la darbouka, chantaient.

Pauvre de vous. Le décalage entre ces tunisiens là et ceux qui ont combattu est énorme. Je décide de rentrer.

La morale de cette journée: il faut démanteler le RCD en effet, l’empêcher d’user les moyens que l’ancien régime lui a offert.

Aussi, il faut politiser e peuple, l’intellectualiser, pour lui rendre le pouvoir. Il faut que les tunisiens arrêtent d’applaudir.

Ben Ali est parti, mais pas le RCD.

Les islamistes veulent le pouvoir, l’histoire retiendra leur lâcheté, et leur opportunisme.

Je suis fier d’être Tunisien, et je regarde l’avenir avec espoir et envie.

Vive la Tunisie, Vive les Tunisiens.