Par Farhat Othman*,

Lettre ouverte à Monsieur le Ministre des Affaires étrangères

Vos déclarations lors de votre récent passage en France ainsi que vos échanges avec les journalistes de la chaîne de télévision Nessma ont pour le moins surpris certaines couches de la population tunisienne encore sous l’euphorie de la grandeur de sa récente réécriture de son histoire.

Je vous accorderais que durant votre visite en France, vous étiez en mission et que des considérations de haute politique et l’éthique diplomatique vous imposaient une certaine tenue.

De même vous concéderai-je que lors de votre passage à la télévision, vous n’avez pas bénéficié du minimum de la courtoisie de rigueur en votre milieu diplomatique mais que la situation exceptionnelle du pays et son apprentissage de nouvelles pratiques politiques peuvent expliquer sinon justifier.

Il reste que vous avez déçu des attentes en tenant un discours certes de raison et de méthode, mais qui ne pouvait être correctement entendu aujourd’hui alors que le peuple attend surtout, outre une nouvelle pratique politique, un nouveau discours adapté à sa maturité, sincère bien évidemment et éloquent mais, aussi et surtout, porteur, allant droit aux coeurs, car non seulement véridique mais de même efficace.

Or, il n’est nulle efficacité si le destinataire du discours — le plus éloquent fut-il — ne l’entend ni ne l’écoute !

Aussi, Monsieur le Ministre, il vous est plus que jamais demandé d’aller dans le sens des attentes légitimes du peuple; et c’est dans le même temps aller dans le sens de l’histoire. Parmi celles-ci, il en est une que vous pouvez d’ores et déjà initier : celle à laquelle je faisais référence dans une chronique précédente ici même et à laquelle je n’ai cessé d’appeler durant mon service diplomatique déjà en des temps moins favorables, à savoir : demander officiellement à l’Europe la levée du visa imposée aux Tunisiens à l’entrée sur le territoire européen.

Juridiquement, cette demande est justifiée; elle relève des mesures de droits de l’Homme que l’accord euroméditerranéen liant la Tunisie à l’Europe fonde. Elle l’est aussi politiquement; la révolution tunisienne méritant pareille mesure exceptionnelle ne serait-ce que pour saluer sincèrement et concrètement son avènement et non seulement par des paroles creuses sans contenu tangible.

Faites cela et vous verrez l’écho dans le peuple ! Car, agissant ainsi, vous vous placerez dans le sens de l’histoire et de la dignité initié par ce peuple. L’oserez-vous?

Car le visa est un instrument du passé; or le monde a changé et continue de changer; il n’a plus sa place dans l’univers mondialisé et la société des réseaux de l’information d’aujourd’hui.

L’oserez-vous?

Farhat Othman, ancien diplomate, webmestre du site France-Etats arabes.