Le dictateur en fuite et sa femme lors de la mascarade électorale de 2009.

Depuis le mois de décembre, et au gré des masturbations intellectuelles et médiatiques, la révolution Tunisienne s’est vue attribuer un bon nombre de noms ; tour à tour, révolution de Sidi Bouzid, révolution du jasmin ou celle de la dignité, elle se fit même appelée par certains internautes excentriques « révolution des chardons » (sans doute voulaient-ils mettre plus de piquants aux événements qui secouaient le pays).

Mais aujourd’hui, la révolution Tunisienne arbore son patronyme ultime, le sacrosaint des titres de noblesse citoyenne, le Graal de tout soulèvement populaire : la révolution du vote !

Pour mieux comprendre, revenons un peu en arrière. 

Le 17 décembre 2010, une insatiable envie de s’inscrire dans des bureaux de vote envahit le cœur des habitants de Sidi Bouzid. Le désir incontrôlé de participer à la vie politique embrase alors la ville et, comme une trainée de poudre, contamine toute la couche populaire du pays.

On regarde avec émerveillement la liste de soutien à la candidature de Ben Ali pour 2014, et on veut faire la même pour un de nos proches. Certains en firent une pour leur épicier, d’autre pour le professeur de leur fille, ou encore pour l’Iman du village voisin.

L’euphorie électorale gagnait chaque couche de la société civile, l’UGTT organisait des réunions d’information, les bobos nostalgiques s’empressaient de descendre dans la rue avec des badges de soutien à leur homme politique favori, munis de tracts et de banderoles.

Partout en Tunisie, on pouvait entendre les mêmes slogans : « é3tissam, 7atta n9ayéd » « el cha3b, yourid el énti5abétt ».

Devant tout ce remue ménage, la jeunesse, absolument pas concernée par les événements regardait impassiblement ses ainés s’agiter. De toute façon, cette révolution n’est pas la leur puisqu’ils ne sont pas encore en âge de voter.

Le 13 janvier, Ben Ali n’en peut plus, la pression populaire est trop forte, il cède. Dans un discours télévisé, il annonce ouvertement la création d’une nouvelle application FB afin de facilité la création de nouvelles listes électorales. Le peuple est en liesse, les klaxons retentissent sur l’avenue Mohamed V.

Cependant, devant ce discours présidentiel qui se voulait rassurant, des voix se levèrent pour dénoncer la supercherie : Il était évident que les listes ne pouvaient n’être que virtuelles, et devaient être légalisées à la municipalité pour être validées. Soit, qu’il en soit ainsi, la volonté du peuple est souveraine, il ira à la municipalité de la Kasbah !

Depuis, les événements se sont enchainés à une vitesse vertigineuse, Ben Ali (blessé dans son orgueil de voir d’autre candidat au tout et n’importe quoi) s’est enfuit, les manifestations se sont multipliées, et les Kasbah se succèdent, une vague d’arrestation a nettoyé le pays de tous les abstentionnistes qui voulait faire avorter la révolution du vote.

Car rien n’effraie le Tunisien !

Confiants aux lendemains qu’il voit chantants, il s’endette auprès du FMI et de la banque mondiale afin d’acheter 3,5 milliard d’urnes et 5,8 million d’isoloirs qui assureront l’avenir citoyen de ses enfants et de ses petits enfants.

On aurait pu croire que devant l’immaturité politique du peuple les objectifs premiers de la révolution allaient être oubliés, et que la population allait préférer se distraire avec des sujets moins importants tel que la Justice ou la Liberté, mais il n’en fût rien.

En mémoire aux 300 personnes qui sont mortes en voulant aller voter, en hommage à la commune de Sidi Bouzid qui avait fait des listes électorales sa devise, des Kasserine qui est maintenant jumelée à la ville de Urne en Allemagne, des ouvriers miniers de Reydief qui, précurseurs, avaient mis en place des élections clandestines dés 2008, par respect pour les personnes torturées dans les isoloirs…pour tous ceux qui ont fait la révolution du vote:

la Tunisie votera et la dictature citoyenne vaincra !