C’est par excellence la question du moment: “Voter ou pas voter?”
Le débat fait tellement rage que la question est devenu presque existentielle attestant du cumul de frustration des Tunisiens en ces temps durs.

Si vous croyez que la question est évidente ou innocente, pensez encore une fois… Je crois que vous vous trompez!
Ce billet est une tentative de clarification des enjeux en questions et les dessous de la question.

La question pareil toute simple, innocente, et voir même évidente. Et pourtant, il s’agit de l’avenir du pays, de la troisième plus importante date de la révolution après celle du 17 décembre 2010 et le 14 Janvier 2011.
Le 23 Octobre 2011, les tunisiens seront invités à élire l’assemblée constituante qui aura pour mission principale la rédaction de la constitution tunisienne qui sera la base pour la nouvelle république de l’après révolution… Riens que ça!

Les tunisiens sont aujourd’hui divisés sur la question entre fervents défenseurs des élections et qui appellent sans relâche à l’inscription et des opposants qui dénoncent le processus et annoncent leurs boycott.

Si on fait un arrêts sur les positions de chaque groupe, on trouve le schéma suivant:

Il faut voter, les élections sont le seul moyen légitime pour faire valoir la volonté du peuple pour bâtir la tunisie de demain.

Ce groupe appelle sans relâche aux inscriptions et défend la nécessite de voter et de voter le 23 Octobre et brandit l’argument de la suprême légitimité des urnes comme raison principale.

Il ne faut pas voter, tout le processus n’est pas sain et il faut pas cautionner les agissements du gouvernement BCE.

Ce groupe affiche un rejet presque systématique de ces élections en se basant sur une analyse de la situation actuelle et en affirmant l’illégitimité de tout le processus et l’ombre des risques de falsification et de récupération qui plantent sur l’opération électorale. Ils affirment également que les élections dans le contexte actuel qui est caractérisé par la persistance de la répression et le retour des figures de l’ancien régime n’apportera pas l’aboutissement désiré et ne permettra pas de délivrer les promesses de la révolution.

Je crois, et là il s’agit de ma propre position, que les deux avis (pour et contre les élections) manquent de pertinence et les deux positions ne sont pas aussi évidentes que cela peut paraître.

Si on examine bien le groupe pro-élection on trouve clairement qu’il s’agit de la même majorité silencieuse qui a refusé que la Kasba parle au nom de la révolution et qui a appelé à laisser une marge complète aux gouvernements respectifs de Ghannouchi et BCE pour travailler pour assurer la transition aux quels s’ajoute un certain nombre de forces politiques dont le PDP, Attajdid, Afak…
Ce que je constate est que derrière cet appel acharné aux élections se cache une volonté délibéré d’étouffer toute voie qui s’élevé aujourd’hui en se référant sur la légitimité de la rue en faveur des voies des urnes qui viendront plus tard. C’est une démarche qui vise à vider toute mobilisation possible de tout sens et légitimité sous prétexte que le peuple aura la possibilité de dire son mot le 23 Octobre.
Il est évident que la légitimité des urnes est suprême et que seul le résultat des élections ou un référendum pourrait être considéré comme étant la voie du peuple. Cependant, aucune garantie n’est offerte quant à la transparence des élections du 23 Octobre.
Les discours politiques et les promesses ne font pas des élections démocratiques, des institutions indépendantes oui… Ce que nous n’avons pas et que je doute fort que nous auront d’ici le 23 Octobre!

Le constat quant à la situation actuelle est sans appel et les risques quand à la transparence des élections sont plus que réels, mais ceci est il suffisent pour justifier le boycott?
Répondre à cette question passe, selon moi, par la réponse à une autre: “Qui votera en masse le 23 Octobre?”
Qui ne arrêtera pas ce rendez-vous primordial? Qui sera présent? Et qui fera valoir son avis sans hésitation?

Le Neo Destour appel ses partisans à l'inscription massive!

Regardez ceux qui se mobilisent pour les élections comme si riens ne pourra être fait sans elles et vous comprendrez?
Boycotter les élections n’empêchera pas sa tenue.
Boycotter les élections va causer une baisse de représentativité (Ce qui est contre-démocratique) en faveur des forces contre révolutionnaires qui diront leur mot au dépend de ceux qui ont délivré cette révolution.
Boycotter les élections c’est, tout simplement, faire la révolution et donner aux autres la marge pour décider de la suite.

Deux scénarios se présentent:

  • On arrive a mobiliser encore une fois et on oblige le gouvernement à finir le travail nécessaire pour la transition:

Dans ce cas la question ne se pose pas. Voter marquera le premier moment de l’aboutissement de la révolution vers une gouvernance légitime, au nom du peuple, qui finira le travail.

  • La situation reste la même et la rue reste muette d’ici le 23 Octobre:

Dans ce cas, voter, et en masse, sera notre dernier recours pour sauver le processus en empêchant les ennemis de notre révolution de rafler la mise.
Ceci implique que le combat devra se poursuivre pour une pression continue sur la constituante pour l’aboutissement finale de la révolution, mais ceci permettra surtout d’éviter un coup fatal et final à la révolution et au processus démocratique.

Pour résumer, on a du travail à faire d’ici le 23 Octobre. Mais, indépendamment du résultat de cette période, il faudra voter en masse le 23 Octobre!

La réussite totale n’existe pas, mais l’échec total pourra être évité..
Voter ou pas voter n’est pas du tout la question. Restons unis et concentrés, continuons le combat tout en se préparant pour le 23 Octobre!