Prologue :

Dans un livre paru récemment, intitulé « Le 89 arabe », où l’allusion est claire aux moments historiques majeurs que furent, en 1789, la Révolution française et, en 1989, la chute du mur de Berlin, l’historien et chercheur Benjamin Stora — natif de Constantine et grand connaisseur des réalités du Maghreb — voit dans le renouveau arabe annoncé en Tunisie par ce que j’appelle le « Coup du peuple » : une « reprise de l’histoire interrompue », tout en relevant qu’en Europe, « ces révolutions n’ont pas de force d’attraction », y demeurant « perçues comme des “rattrapages” : nullement le début d’un monde nouveau et exaltant, mais plutôt l’entrée dans un monde déjà constitué ».

Comme le pense le clairvoyant universitaire, malgré la cécité actuelle des politiques occidentaux au regard fixé sur leur nombril, le centre de gravité de l’innovation dans notre monde mondialisé est aujourd’hui situé dans sa sphère sud où éclora une nouvelle jeunesse du monde, et qui est déjà à l’oeuvre en Tunisie, pour le passage inéluctable de « la fin d’un cycle historique » ancien longtemps situé au Nord, pour un nouvel essor tout neuf, au Sud cette fois-ci.

En effet, les politiques du Nord ont perdu le vrai sens de la chose politique — qui consiste, rappelons-le encore ici, à changer son monde, aller vers l’innovation quitte à heurter les mentalités pour forcer ainsi l’avancée des consciences — et ce à force d’avachissement de ces politiques dans un système qui, sans veille régulière des consciences (nécessaire en toute structure qui se veut performante, allant jusqu’à la remise en cause des fondements, s’il le fallait), s’est mis à tourner à vide et à sécréter les pires avatars. Ainsi sont-ils devenus des suiveurs d’une opinion publique forcément rétive au moindre changement, attachée à ses habitudes en ces temps de crise où toute nouveauté devient suspecte, surtout celle porteuse d’espoir. Cette classe politique au pouvoir en Occident s’est aussi coupée de sa jeunesse qui rêve aujourd’hui de suivre l’exemple donné par la jeunesse du Sud, une jeunesse d’autant plus originale et déterminée dans sa volonté d’agir qu’elle a subi stoïquement un si long sevrage de ses libertés fondamentales et qui ne pouvait plus durer en notre temps sans frontières où même le virtuel contribue à façonner le réel.

Car, aujourd’hui, la force des pays du Sud, la Tunisie en premier, réside dans sa jeunesse qui s’est située dans le vrai sens de l’histoire, la vérité historique étant cet horizon vers le lequel on se tourne (vers-ité) et non un objet que l’on prétendrait posséder, comme d’aucuns le croient par trop facilement.

Or, les élections actuelles dans notre pays marquent le point d’orgue de cette avancée vers le futur, même si cela ne manque pas de susciter chez nombre de sceptiques interrogations et perplexité pour ne pas dire incertitudes et doutes. Invariablement, l’essentiel de ces doutes et craintes tourne autour de ce que j’appellerai le faux épouvantail islamiste (I).

En effet, nos politiques sont obnubilés par des catégories de pensée ayant fait leurs preuves en milieu occidental, mais ne se révélant nullement opérante en milieu autre, notamment le nôtre, en Tunisie, qui est foncièrement différent et ce moins de par sa culture (comme le prétendent certains) que de par ses réalités contingentes (et présentes, qui ne sont donc, bien évidemment, jamais figées pour l’éternité); aussi, se présentant comme modernistes, ils s’imposent de tenir compte de cette contingence, par réalisme certes, mais en extrapolant cependant leurs propres peurs, en en faisant une réalité de substitution qui n’a pourtant et paradoxalement aucune consistance effective.

En face, dans la conscience du peuple profond ainsi que dans celle de qui veut en tenir compte par honnêteté intellectuelle, ou encore aussi par calcul politique, pareil comportement engendre forcément une attitude de défiance qui, continuant à tabler sur l’irréalité d’une situation par essence fictive, permet à la fiction de durer comme durent toutes les dictatures dont découvre, à leur chute inéluctable, qu’elles ne tenaient que par l’illusion bien structurée faisant croire à une invincibilité supposée.

En l’occurrence, l’illusion dont il faut se défaire est celle du faux problème de la laïcité, car même le plus militant des islamistes doit pouvoir s’en réclamer aujourd’hui quand il aura compris ce que la laïcité veut vraiment dire; alors tout le monde — modernistes comme (et surtout!) traditionalistes, attachés aux valeurs fondamentales de la société — pourra dire : Nous sommes tous des laïcs ! (II)

Et je le démontrerai dans cet article, en osant disserter (même si d’aucuns diraient rêver !) de la capacité du peuple tunisien, de son élite — particulièrement la composante sa plus éclairée (et ce en termes de conscience et de valeurs morales) — à ériger une nouvelle conception de cette formule classique de l’alliance du sabre et du goupillon, le sabre ne représentant plus l’armée, mais la vraie force en tout pays démocratique qui est le peuple, donnant lieu à une nouvelle formule d’entente pouvant trouver volontiers place demain dans les manuels d’histoire et les traités de sciences politiques : une alliance nouvelle — à la tunisienne — du sabre et du goupillon (III)

Pour cela, il faut y croire et ne pas court-circuiter le cours de l’histoire comme d’aucuns en ont volontiers la tentation croyant faussement, ainsi que cela se passa il n’y a pas si longtemps en Algérie, exorciser le pire en en semant les graines. De la sorte, ce que d’aucuns ont qualifié de saut dans l’inconnu, parlant de la date du 23 octobre, sera plutôt l’amorce du salut dans l’inconnu.

Pour ce faire, il faut que l’on s’attache davantage à construire l’édifice périlleux de tel salut au lieu de s’adonner à vouloir déchiffrer de quoi est fait cet inconnu; au lieu d’en supputer la consistance, construisons-la tous, ô politiques de bonne volonté ! Osons donc faire autrement la politique ! Sortons, une bonne fois pour toutes, du sérieux virtuel et du réel irréel à la politique du symbole nécessaire et de la parole sincère pour retrouver la confiance faisant défaut et mériter la modernité que mérite amplement le peuple de Tunisie.

S’agit-il d’utopie ? Mais alors, c’est l’utopie d’aujourd’hui qui peut devenir la réalité de demain, comme le rappelait Victor Hugo !

I – Le faux épouvantail islamiste

Il est encore en Tunisie, comme ailleurs, surtout en Occident, de prétendus observateurs avisés de la vie politique qui, pour faire état de leur inquiétude quant à l’avenir encore incertain en notre pays, n’hésitent pas d’agiter l’épouvantail islamique. Ce faisant, ils reproduisent moins une réalité objective que leurs propres appréhensions et reproduisent un discours éculé ayant encore cours dans les prétendus cercles éclairés en Occident tout comme en certains cénacles d’Orient.

Surtout, ils ne réalisent pas que, s’il existe, le prétendu danger contre lequel ils mettent en garde ainsi maladroitement est bel et bien ailleurs et qu’ils n’usent ainsi que d’un épouvantail à moineaux alors qu’il y a bien moins de passereaux dans nos champs que des rapaces dont on peut faire, selon notre morale, aigles ou vautours.

Ce qui leur échappe notamment, au-delà de la légitimité de leur appréhension de la confiscation de la Tunisie, de ses valeurs ancestrales d’ouverture, de tolérance et de liberté d’esprit, par des bigots ou des fanatiques est que l’idéologie politico-économique en cours de formation à la faveur des mutations du pays, si elle ne devait se résumer en un calque des réalités telles que les imaginent les traditionalistes, ne saurait pas non plus, pour avoir une chance de réussir, représenter un décalque plus ou moins habilement retouché des valeurs occidentales telles qu’elles sont incarnées sous nos yeux aujourd’hui par cet Occident pris comme modèle et étalon et qui est en pleine crise de ses valeurs propres.

Pour un observateur avisé des réalités profondes du pays, tenant compte de la psychologie de son peuple et de ses caractéristiques sociologiques pertinentes, tout concourt désormais en Tunisie pour l’émergence d’un courant historique irrésistible devant affirmer, sur cette terre au passé riche en expériences bigarrées de cultures et de civilisations, une spécificité propre avec un idéal d’unité fraternelle, la quête d’une justice sociale et un humanisme à tout crin qui trouveront volontiers une source fertile dans la tradition populaire qui est, faut-il le reconnaître, aux couleurs sinon purement religieuses, du moins à connotation fortement spirituelle dans ce que la religion musulmane a de plus beau : son humanisme et sa tolérance ignorés, méconnus et même caricaturés, défigurés.

Pourtant, désormais, on voit que les plus modernistes de ces élites ne renâclent plus à admettre le principe de l’islam comme religion de l’État — pour le moins dans sa formulation habile retenue dans la première constitution tunisienne. Aussi, ayant réussi à faire ce grand écart, leur sera-t-il alors aberrant d’admettre le fait relevé par Mohammed Marmaduke Pickthall dans « The Cultural Side of Islam », à savoir que « lorsque Dieu est Roi, le Séculier devient religieux »? Ne pourraient-ils, pour le moins, le faire dans l’un des sens étymologiques le plus pertinent pour le terme de religion, qui signifie : lien, relation, liant, faisant ainsi de la religion une forme suprême de solidarité sociale ?

Assurément, il en serait ainsi si les Tunisiens proreligieux et laïcs, comme ils s’entendent désormais sur la référence à l’islam comme fondement à ne pas négliger de l’Etat, en arrivaient de la même façon à un consensus satisfaisant en considérant, comme le dit Marcel André Boisard dans « L’Humanisme de l’Islam », que : « L’Islam est une croyance dynamique et potentiellement très souple parce que intégrée totalement à la vie. La philosophie politique moderne tente d’instaurer une cité terrestre respectueuse des lois divines qui ne sont pas de “simples valeurs juridiques, mais un engagement envers Dieu en faveur des hommes” (Lahbabi, Personnalisme, p.93) ». Et c’est la détermination de ce qui est aujourd’hui en faveur des hommes, la procédure consistant à le faire et le défaire, qui fera l’objet de la politique et sera soumis à la votation et aux règles de la majorité.

Cet effort demandé aux laïcs sérieux n’est nullement lourd à faire ni dur à supporter puisqu’il relève de l’effort de réalisme dont tout acteur politique honnête se doit de s’acquitter avant de chercher à agir sur son milieu pour le modifier. Il a, bien évidemment, pour pendant l’effort comparable à demander aux traditionalistes religieux appelés, dans le même temps, à délaisser leur syntaxe schizophrène en cessant de refuser les implications de la modernité en termes de libertés de conscience, de moeurs et de croyance ; ce qu’une saine compréhension de l’islam permet et commande même!

Certes, officiellement, cette schizophrénie n’est plus de mise chez les plus en vue de nos hommes politiques, hérauts du retour du religieux, puisqu’elle ne fait plus partie du discours officiel islamiste tunisien qu’en tant qu’éléments de musée, un passé qu’on traînerait plus qu’il ne les entraînerait et dont ils semblent vouloir se débarrasser, mais sans paraître en renier les fondements, en le transfigurant en somme.

Or, actuellement, en Tunisie s’écrit l’histoire. On n’y participera pas en dressant ses enfants les uns contre les autres ou en faussant sa réalité. La Tunisie n’a jamais été bigote et ne le deviendra pas. Il suffit d’écouter Abdeaziz Laroui, cet observateur et chroniqueur hors pair des réalités populaires tunisiennes raconter, par exemple, le quotidien de ce que fut le statut des libertés en Tunisie, comme celui de la femme, à travers le conte de Tante Aïcha hommasse, ou la distance qui y a toujours régné vis-à-vis d’une conception rigoriste de la religion comme cette autre chronique sur le Pèlerinage où il ose exhorter les candidats au Haj à investir leurs économies dans des actes religieusement bien plus vertueux que ce pilier de la religion, y compris des actes de pur civisme !

Aujourd’hui, dans un monde en crise, où le modèle occidental de la modernité se réécrit, remis en cause par ses propres tenants à la faveur du concept de la postmodernité qui suppose, comme le rappelle J.-F. Lyotard, un autre rapport avec la modernité, la démarche de nos élites laïques conduit vers une impasse car faisant fi du riche legs humaniste arabo-musulman pour une caricature de modernité. Cette démarche amène, dans le même temps, à heurter un sentiment assez général d’attachement à une tradition islamique et ce bien moins par esprit religieux que par rejet d’un modèle occidental essoufflé et usé et dont les stigmates de bavures criantes ou d’arrogance bête et intolérable chez certains de ses représentants éminents nourrit la tentation chez les masses de le rejeter dans sa totalité pour se retourner vers une tradition adoubée en une forme culturelle et un trait majeur d’authenticité.

Pourtant, si les laïcs tunisiens pouvaient arriver à distinguer derrière l’irréalité du pensé populaire, tel qu’ils se l’imaginent, la réalité de l’impensé, tel que la société pas assez libre encore ne permet pas de le dire, ils ne verraient plus à travers le tamis religieux un quelconque danger liberticide en Tunisie, mais une véritable soif de réenchantement du monde.

Alors, pour peu qu’ils changent leur vision de la modernité, adhérant surtout à la vraie modernité politique impliquant l’humilité du savoir utile et la lucidité de l’action efficace, ils participeront à ce réenchanantement de la vie politique et ce en Tunisie et bien au-delà, dans le monde arabe comme ailleurs, avec une vision libérée du passé et tournée vers le futur.

Un tel réajustement du rapport de ces modernistes à la réalité et leur vision de la chose politique s’impose, comme de bien entendu et tout aussi pareillement, aux hommes politiques militant pour une vision plus religieuse de la société et de ses valeurs.

II – Nous sommes tous des laïcs !

Pour qui s’arrête aux apparences, il existe en Tunisie, comme dans tout le monde arabe, un antagonisme irrémédiable entre l’esprit laïc et l’esprit religieux puisant sa virulence, pour les uns, dans l’attachement à l’islam et, pour les autres, dans son rejet ou, pour dire les choses en termes moins radicaux, dans la prégnance des valeurs islamiques ou la simple fidélité à la tradition qui en est issue.

Quelle que soit l’attitude que l’on peut avoir face à ces positions, l’objectivité commande de dire que les uns et les autres se trompent, pour le moins, sur la question essentielle qui les sépare au point de les faire s’entretuer, à savoir la signification réelle de cette laïcité à la fois célébrée et honnie.

Il faut rappeler, tout d’abord, que contrairement aux idées reçues, la laïcité n’est certainement pas une dépossession de l’État de sa tradition religieuse, du moins dans sa pratique telle qu’avérée à ce jour en France, par exemple, qui est une référence majeure en la matière. En effet, la laïcité y est même, comme le démontrent les recherches scientifiques des chercheurs les plus éminents, un simple biais commode assurant la prédominance de certaines croyances sur d’autres, en l’occurrence, la tradition chrétienne, notamment. Aussi, et sauf à accepter de délaisser des fondations solides pour construire sur des bases friables, il serait aberrant qu’aujourd’hui, en Tunisie, par exemple, ou en Égypte, ces États en voie de reconstruction de modernité politique, on continue à partir de cette fausse conception pour s’engager dans une telle modernisation.

Ensuite, il faut préciser qu’au sens étymologique, la laïcité est bien autre chose que ce que l’on a eu l’habitude de croire. En effet, au sens vrai du terme, la laïcité est ce qui est commun, ce qui est du peuple. Or, en Tunisie, comme partout en terre arabe musulmane, ce qui est commun au peuple dans sa majorité écrasante, ce sont ses valeurs islamiques. Aussi, être laïc, dans le sens vrai, étymologique du terme, c’est tenir compte de ces valeurs.

Et il ne faut jamais oublier que ce n’est pas parce que les plus larges couches de la population sont attachées, plus ou moins consciemment, à une certaine forme d’identité islamique — et ce, surtout, comme un trait d’authenticité identitaire —, qu’elles adhèrent à une vision extrémiste et donc forcément caricaturale de l’islam. Car, même au plus fort de ses heures sombres, et il y en eu à côté des riches moments de splendeur et de lumières, la civilisation de l’islam, particulièrement en Tunisie, est restée pour l’essentiel tolérante, respectant les manifestations hétérodoxes chez ses croyants pour peu qu’elles aient su se faire discrètes et nullement provocatrices. Il est même un dit avéré du prophète (consigné notamment dans les deux Sahihs de référence) qui atteste cette tolérance fondamentale, où le modèle absolu lui-même se satisfait de la profession de foi nonobstant le comportement du croyant dont les écarts dépassant le cadre de la pure vertu sont remis à l’appréciation et au verdict souverains d’Allah, exclusivement.

Il est à préciser, toutefois, parlant de discrétion du comportement non religieux ou irréligieux, qu’il s’agit là, comme de bien entendu, moins d’en caractériser un quelconque statut d’infériorité que de lui appliquer la règle démocratique commandant la prééminence des idées majoritaires. Or, dans un pays majoritairement à tradition islamiste, aux valeurs plus ou moins rigoristes, serait-il injuste de demander leur respect par tout comportement qui s’en affranchirait sans que cela soit une condamnation à l’existence de pareil comportement dont la discrétion relèverait moins d’une tolérance à éclipses que d’un respect du sentiment majoritaire. Aussi, a-t-on pu voir se développer, au coeur même du corps islamique gagné par la ferveur morale et la vertu agissante des formes aussi scandaleuses aux yeux des croyants d’aujourd’hui que le gnosticisme, l’athéisme, le libertinage ou l’homosexualité, par exemple. Cela n’altérait en rien le caractère islamique de la société, ni sa morale; bien au contraire, cela affirmait même, la force de l’islam dont l’essence reste son humanisme de grand format.

La signification véridique de la laïcité ainsi donc rectifiée, on voit donc bien que même les plus exaltés de nos religieux seraient en mesure de se réclamer de son sens étymologique et dire bien haut : Oui à la laïcité en Tunisie ! Oui à une Tunisie de demain qui soit laïque ! Oui pour une prise en compte de ce qui est commun au peuple, sa spécificité et ce qui marque son sentiment profond.

Car, qu’on le veuille ou non, que l’on s’en réjouisse ou que l’on s’en désole, pareil sentiment est à forte teneur religieuse ou, du moins, son empreinte apparente l’est. Aussi, tôt ou tard, être pour la laïcité en Tunisie, pour ses fans comme pour ses adversaires, sera forcément tenir compte de ce sentiment, non pas nécessairement pour s’y plier, le renforcer, mais pour ne pas le heurter, le froisser, quitte à déployer des initiatives pour le faire évoluer ou le rationaliser. Car tout évolue dans la vie, rien n’est figé pour peu que l’on s’y emploie activement !

On voit donc bien que le débat tel qu’engagé actuellement dans le monde arabe en révolution, et notamment en Tunisie, est le prototype du faux débat ; c’est une singerie d’une mentalité articulée sur une réalité étrangère venant de l’histoire propre à l’Occident.

Pour donner enfin sens à ce débat, il faut d’abord, y compris pour ceux militant pour une religion prégnante en société, convenir que la laïcité est un donné social incontournable en Tunisie aujourd’hui, et qu’il s’agit, en bon politicien dont la devise doit être d’agir sur le réel pour aller à l’idéal vers lequel on tend ou auquel on appelle, de détailler la batterie des mesures pour renforcer ou atténuer le sentiment religieux patent majoritairement dans le corps social.

Et qu’on arrête de biaiser avec les réalités et les vérités ! En effet, il est erroné de dire, comme le font et le demandent les laïcs, que l’islam est à cantonner, en tant que foi, dans la sphère religieuse, car ce qui fait la spécificité de la religion islamique est justement sa dualité en tant que foi religieuse et engagement politique dans le sens de pratique de gouvernement et manière de gérer les affaires de la cité.

De même, il est erroné de refuser la laïcité, comme le font les religieux, en se contentant de reprendre à leur compte la fausse conception qu’en donne leurs adversaires, à savoir la séparation de l’église et de l’État, autrement dit du religieux et du politique, qui s’est imposée de par la pratique des pays occidentaux et ce en totale opposition avec le vrai sens de ce terme et la réalité différente des pays d’islam.

N’étant ni d’un bord politique ni de l’autre, mais un homme libre de pensée, ayant de l’islam une conception que je considère équilibrée où compte l’essentiel en cette religion, soit sa prétention à la scientificité et à l’universalité, je crois qu’il est erroné, d’une part, de vider la religion islamique de sa teneur politique qui en est un substrat essentiel, sinon quintessencié; d’autre part, qu’il urge, au lieu de disserter sur la fausse question de la séparation du religieux et du politique, d’être plus judicieux et d’agir pour faire évoluer une conception apaisée, harmonieuse et rationnelle de ce rapport.

L’islam étant une religion et une politique, il faut faire progresser la conception religieuse du cultuel au culturel et la conception politique de la lutte pour le pouvoir à la gestion raisonnée de la cité.

Car, rappelons-le, en islam, la mosquée est bien plus qu’un simple lieu de culte, c’est un centre du savoir, non pas seulement théologique, mais touchant à tous les aspects de la vie sociale. C’est en mosquée que se délibéraient tout ce qui touchait à la vie de la cité; quand un événement important advenait, on appelait à la prière, celle-ci n’étant pas ce qu’elle est devenue : un rite presque artificiel, mais un sérieux effort de concentration mentale sur les réalités du quotidien qu’on est appelé à gérer avec l’aide sollicitée de Dieu. La mosquée était aussi un lien de culture ou les poètes déclamaient où les savants professaient.

Or, c’est depuis que la mosquée n’a plus été hantée que par les orants et qu’elle a été désertée par le savoir profane que l’intégrisme a progressé, qu’une conception purement fondamentaliste de l’islam a pu se développer et prospérer en contradiction avec la lettre et l’esprit de cette religion qui est à la fois une foi et une politique, une religion et une gestion rationalisée de la cité. Pour se rendre compte de pareil phénomène, il suffit de revenir à la riche littérature arabo-islamique — et non seulement à ses incunables — pour mesurer à quel point les penseurs et écrivains d’antan, un temps censé pourtant célébrer moins bien qu’aujourd’hui le principe de la libre pensée, pouvaient parfois, sinon souvent, prendre des libertés inouïes et de la hardiesse pour parler des choses de leur religion, une audace qui serait considérée de nos jours libertaire sinon blasphématoire pouvant faire risquer la prison quand ce n’est pas la mort.

C’est d’ailleurs cette imbrication de l’islam dans la vie de tous les jours qui permettait une telle liberté de la parole, dans le sens iconoclaste; c’est cette même imbrication qui fait que le croyant, aujourd’hui et dans le sens opposé, ne s’embarrasse pas de célébrer sa prière en pleine rue, par exemple. Or, si au lieu de dénoncer pareil comportement, le taxant d’incivique — car on parlerait alors dans le vide — l’on s’attachait à faire comprendre que la prière ne se limite pas en islam au rituel canonique, qu’elle implique aussi tous les actes de la vie sociale fait de respect d’autrui et des règles de la convivialité sociale, notre action politique sera plus appropriée et plus porteuse; en effet, parlant ainsi, on est plus en harmonie avec la religion et mieux en mesure de se faire entendre.

Si seulement on savait parler autrement de l’islam, non pour en dénigrer certains de ses aspects, fruits de la pratique caricaturale de ses fidèles ou de l’interprétation bornée de certains de ses interprètes, mais pour rappeler que le plus croyant y est le plus vertueux et le plus vertueux est moins celui qui veille à s’acquitter de ses devoirs rituels que celui qui respecte ses obligations envers ses semblables nonobstant leurs convictions, on ferait bien plus facilement progresser le statut du citoyen dans nos pays où la force et la ruse fait toujours droit bien plus que la vertu, notamment la vertu civique.

III – La nouvelle alliance du sabre et du goupillon :

Aussi, m’adressant en premier aux hommes politiques tunisiens représentants de la tradition pour lesquels, selon toute vraisemblance, la société dans ses plus larges couches confiera majoritairement ses destinées le 23 octobre, mais aussi aux tenants du discours de la modernité laïcisante, je me permettrais de conseiller d’arrêter de se laisser aller à cette hystérie venant de part et d’autre, dans un sens comme dans l’autre, amenant à diaboliser son vis-à-vis.

Aux politiques des deux bords de prôner la tolérance et le primat de la raison, évitant de faire le jeu des extrémistes de tous bords, jouant à opposer les uns aux autres, à faire avorter l’expérience démocratique en Tunisie. Ce n’est pas au moindre prétexte que l’on doit crier à l’affront à la religion ou l’insulte de ses symboles sacrés, ainsi qu’aux principes catégoriques non religieux mais non moins sacrés, car la valeur que l’on défend ne dépend nullement d’une attitude irrévérencieuse qui, surtout, ne saurait en flétrir la majesté.

De fait, tout affront est en réalité une provocation dont l’intérêt n’est que de susciter une réaction; et autant celle-ci est importante, autant la provocation réussit dans son oeuvre maléfique. Au contraire, si cette provocation est ignorée, si le prétendu affront est superbement dédaigné et traité avec la plus grande indifférence, alors il disparaît dans le plus total mépris et l’intention provocatrice qui le motive se retourne contre son initiateur.

Aujourd’hui, on est à l’enfance de la pratique politique et démocratique; il importe que chaque vrai politique, chaque acteur sérieux, soit responsable en vue de ne pas faire le jeu de tous ceux qui refusent ce processus de modernité politique en Tunisie. Comme toute enfance, c’est une période riche en promesses, où rien n’est encore définitif, tout étant à faire; mais en politique plus qu’ailleurs, il importe d’éviter les faux semblants et les fausses apparences, car en ce domaine on a vite fait de glisser dans l’imposture tout en croyant s’adonner à de l’art. Cela pouvait faire illusion avant, mais c’est un temps désormais révolu, celui de la politique à l’antique où il est nécessaire et même recommandé d’être lion et renard à la fois pour réussir (voir, en ce sens, mon article ici même (http://wp.me/p16NIR-2xu). Dans le parler tunisien fort éloquent, dont le génie est à l’image de celui du peuple qui le parle, on a un terme pour désigner une pareille dégénérescence du noble art de la politique : « bolitique » (ou boulitique).

Car, il ne faut pas s’y méprendre ! nous l’affirmons quitte à nous répéter : ce moment est historique et il ne sera pas donné au pays de le revivre de sitôt; non pas qu’il ne se reproduirait pas, la volonté du peuple de liberté étant forte et finissant par s’imposer envers et contre tout; mais cela risquerait de prendre du temps et surtout manquerait des atouts aujourd’hui réunis pour une réussite éclatante d’une transition exemplaire.

C’est pour cela que toutes les bonnes volontés doivent s’investir dans ce processus et, si elles n’y sont pas encore, être sollicitées pour y être, y agir activement. C’est à cette condition que les ennemis de l’entrée de la Tunisie en modernité politique — et ils sont trop nombreux ! — seront contrés et verront échouer leurs plans machiavéliques.

Car, si ce danger est réel, c’est moins du fait des menées des forces occultes qui le personnifient que par le doute chez les bonnes volontés pouvant aller à une sorte d’inaction ou neutralité ne relevant, en ces circonstances graves, que de la compromission et la complicité indirecte, ce qui renforce les plus faibles énergies malveillantes, en faisant une force redoutable au-delà de son énergie réelle qui n’est que du vent. C’est ainsi, disions-nous plus haut, que les dictatures tiennent : davantage par l’imperium qu’elles prennent sur les esprits que réellement, par leurs propres forces et structures; mais l’on ne s’en rend compte quand quand elles chutent, dévoilant leur réalité, à savoir qu’elles n’étaient que des tigres en carton-pâte. Et on l’a bien expérimenté avec le régime de Ben Ali, entre autres.

Heureusement, le contexte politique a changé, non seulement en Tunisie, mais tout autour, et ce non seulement dans le monde arabe, mais aussi ailleurs. En effet, il faut être aveugle pour ne pas réaliser que l’humanité est entrée dans un nouveau cycle de sa destinée où rien ne sera plus comme avant et les révolutions arabes qui se sont enchaînées le prouvent. Elles ne font, de plus, qu’illustrer des théories scientifiques relevant aussi bien des sciences physiques que sociales.

De fait, les chercheurs contemporains en physique théorique ou en biologie, tel R. Sheldrake, parlent de « chréode » (direction nécessaire) pour décrire la simultanéité de découvertes proches ou semblables en des laboratoires très éloignés les uns des autres. Partant d’hypothèses diverses, mais participant d’un même « esprit du temps », ces chercheurs forment groupe, fût-il en pointillé, fût-il traversé de conflits.

La même chose peut être dite pour les regroupements constitutifs de la socialité, cette forme nouvelle décrite par les sociologues de la vie dans les sociétés et qui est dominée par l’effervescence, l’affectivité et une nouvelle forme de rationalité, une raison sensible.

Or, c’est pareil phénomène qui a cours aujourd’hui dans notre pays, encore sous une forme paisible, et où il a le plus de chance d’aller jusqu’au terme de son développement harmonieux sans risquer de se transformer en irrationalité, une raison fausse et insensible, une déraison.

Aussi, nous sommes bel et bien, avec les élections du 23 novembre, à la croisée des chemins et ce sera, comme le note le physicien Nicolescu à l’échelle de toute l’humanité, pour un choix entre destruction et renaissance. D’où est-il impératif de réussir ce rendez-vous ! Pour cela, les hommes politiques qui comptent aujourd’hui en Tunisie sont devant leurs responsabilités historiques et cet article est, pour eux, un appel et une sonnette d’alarme.

Ils doivent réaliser enfin que ce qui fait sens désormais dans les sociétés humaines, et pas seulement celles des pays du Sud, ce n’est plus ce qui doit être, mais ce qui est. Ce qui compte réellement, c’est l’impensé qui se tapit dans nos gestes et attitudes et jalonne nos discours et nos actes — y compris ces actes manqués — et non plus le pensé prétendument fidèle au fond de nos consciences, surtout quand il est taillé dans la langue de bois.

Et bien évidemment, pareillement à tout moment majeur dans l’histoire humaine, cette phase a besoin de femmes et d’hommes responsables et honnêtes pour en prendre la mesure et aider à son succès dont la réalisation n’est difficile que pour cause des réticences des forces occultes évoluant à contre-courant de l’histoire pour leurs propres intérêts égoïstes et à courte vue, mais en aucun cas pour une prétendue et fallacieuse immaturité du peuple.

D’où la responsabilité éminente des dirigeants des partis religieux de faire montre de courage politique et de clarté idéologique en tenant le discours de vérité délaissant la langue de bois et prônant la tolérance, rappelant l’humanisme foncier islamique et condamnant tout excès, tout extrémisme, notamment de la part de ceux qui s’en réclament, violant l’islam en ses fondements essentiels. Surtout, il leur appartient de donner l’exemple de l’admission des avis contraires à leur obédience et d’inviter leurs fidèles les plus exaltés à réprimer leurs pulsions pour ne pas céder à ce qu’ils pourraient considérer comme des provocations.

Plus fondamentalement, que ceux qui sortiront vainqueurs des urnes, oubliant leurs divergences, faisant primer l’intérêt national, constituent un gouvernement composé de sages, réunissant des compétences avérées pour lesquelles le service public sera la suprême motivation politique en dehors de toute couleur partisane encadrant des volontés sincères et intègres en service sur les lieux de décision et d’action dans les régions du pays.

Pour cela, comme on y a appelé dans notre article précité, que les vainqueurs des élections s’unissent autour d’un programme commun autour duquel ils formeront un gouvernement de salut national afin de permettre à la Tunisie de réussir sa transition vers la modernité politique !

Que nos politiciens traditionalistes confirment leurs affirmations publiques de respect des acquis modernistes du pays, faisant preuve de réalisme et surtout de lucidité, ce qui commande en premier lieu de l’honnêteté qui donne le vrai courage. Or, ce sont là les ingrédients du charisme politique ! Et la Tunsie (le monde arabe dans sa totalité, même!) est en attente de cela pour asseoir sa modernité et contrecarrer tous ceux qui s’emploient à sonner le glas de sa révolution en entonnant un faux hymne révolutionnaire, une messe de requiem entonnée par de faux dévots d’une révolution qui se serait imposée à eux.

Certes, s’agissant des récents troubles qu’a connus le pays, d’aucuns en rejettent la responsabilité sur des groupuscules appartenant à des obédiences minoritaires agissant à la marge et relevant surtout de courants non identifiés, de partis non reconnus, d’actes isolés. Et les ténors du courant traditionaliste ont effectivement pris publiquement leurs distances de ces derniers coups de chaleur intégriste; mais l’ont-ils fait avec suffisamment de force et de conviction? Ils se le doivent pour emporter l’adhésion de ceux qui veulent bien croire en leur réelle transformation politique par un militantisme certes fougueux dans l’action pour le triomphe des valeurs religieuses, mais un activisme respectueux du militantisme de l’adversaire pour le triomphe des valeurs non religieuses, les valeurs humaines et universelles les faisant converger dans une action politique digne, paisible et forcément constructive.

Relevons ici, pour terminer sur cet aspect des choses, la contradiction des autorités actuelles qui, pour soi-disant juguler le prétendu risque de dérive extrémiste, ne font que l’encourager en interdisant la constitution de partis extrémistes au fallacieux prétexte éculé de l’amalgame du religieux et du politique. Si demain cette absurdité était levée, puisque nous admettrons enfin que l’islam est une religion et une politique à la fois, ces partis religieux seraient comptables, d’un côté, des actes des groupuscules agissant aujourd’hui en électrons libres et, de l’autre côté, ne feraient la politique que selon les règles de gestion définies par la majorité de la cité pour l’organisation de ses intérêts, entrant dans le jeu, se soumettant à ses règles au lieu de les défier et les violer.

Alors, on pourra parler de cette nouvelle conception du sabre et du goupillon; ce dernier ne désignant plus l’église, puisqu’il n’y en a pas en islam, mais bien plutôt les valeurs islamiques du peuple. Il ne fera pas référence, non plus à l’armée qui compte peu en Tunisie, mais les forces actives de la police et de la sécurité intérieure.

On aura donc une alliance du peuple avec lui-même ou, autrement dit, d’une frange de ce peuple avec une autre, la frange traditionaliste éclairée et responsable avec la frange modernisante modérée et pragmatique. Et c’est l’alliance entre les hommes, qu’ils soient politiques ou non, porteurs de leurs valeurs religieuses et le sabre apparent qui est incarné par les forces de l’ordre plus conscientes, sinon de leur symbiose nécessaire avec le peuple dont elles sont issues et doivent en être le bouclier, du moins de leur proximité obligée avec lui, proximité qu’elles se doivent de s’employer à développer et elles semblent, au vu des dernières initiatives du ministère de l’Intérieur, s’y être résolues.

Cette alliance à la tunisienne sera donc, en définitive, celle des valeurs vivaces, quoiqu’en apparence contradictoires, dans le peuple, ces valeurs de la modernité et de la tradition religieuse qui formeront ainsi ce goupillon et ce sabre; le sabre étant invisible, car en son fourreau, et l’eau bénite également inapparente en son goupillon, mais qui sont tous deux la symbolique tout simplement du peuple dans la diversité de ses croyances et de ses convictions.

Et bien évidemment, ce n’est pas parce que le sabre est en son fourreau qu’il est sans valeur d’usage ou que le goupillon soit vide que manque l’eau bénite ! Car, si les uns et les autres sont vraiment mus par les principes qu’ils affichent et l’intérêt suprême de ce pays et son peuple, ils comprendront forcément, pour les uns que ce qu’on appelle danger islamique est un faux problème en Tunise et, pour les autres, que ce qu’on qualifie de laïcité y est tout autant une question vide de sens.

Ouverture sur le futur :

Assurément, ainsi que l’affirme Michel Chaillou, Grand prix de Littérature de l’Académie française en 2007 pour l’ensemble de son oeuvre, il est toujours délicat de s’interroger sur l’extrême contemporain, mais il nous paraît que si tout demeure incertain en Tunisie aujourd’hui, tout reste possible pour une nouvelle République et qu’il y a bien plus de raisons pour l’optimisme que pour le pessimisme d’entrevoir cet avenir si, et seulement si, les protagonistes qui comptent veulent bien prendre en considération cette sorte de feuille de route que constitue cet article qui n’est qu’un sincère cri du coeur d’un enfant de ce pays dont l’originalité est réelle et est inscrite à travers son histoire.

Ce faisant ils feront en sorte que le coup du peuple ou la révolution 2.0 du jasmin, ce type nouveau de révolution virtuelle, réussisse à illustrer à merveille les travaux avant-gardistes de ce qu’on appelle, en Occident aujourd’hui, les « transhumanistes » et qui, dans le cadre d’un imaginaire traversant toutes les manifestations de la vie de part et part et structurant les formes émergentes de la socialité, sont ces chercheurs s’employant, au-delà de tout « forçage technologique », à réfléchir sur le dépassement de l’espèce humaine dans une cyberculture en gestation, modèle de la future vie sociétale.

Alors, la Tunisie, après avoir donné le là à la vraie renaissance du monde arabe, aura inauguré cette nouvelle l’ère mondiale grâce à une synthèse harmonieuse, usant de son génie propre, entre sa tradition raisonnée et une modernité échevelée en vue d’un nouvel être ensemble, creuset d’une forme nouvelle d’expression de la culture contemporaine.

Farhat Othman