Par Fatma Benmosbah

Le 14 novembre une délégation composée des membres de l’AJC – Comité juif américain – est arrivée à Tunis. Selon les sources médiatiques qui ont rapporté l’évènement, Jason F. Isaacson, à la tête de cette délégation, était accompagné de son assistante Maia Blume et de Donald A.Yale et Allan J.Reich, tous membres du cabinet d’Avocats Seyfarth Shaw LLP. Toujours selon ces sources, le but de cette visite en Tunisie était de sonder les réelles intentions de la nouvelle équipe dirigeante sur le refus d’établir des relations diplomatiques avec Israël, refus proposé par le parti Ennahda et susceptible d’être inclus dans la future Constitution tunisienne.

Ce Comité juif américain que M. Moncef Marzouki a refusé de recevoir alors que M. Hamadi Jebali, secrétaire général d’Ennahda et futur Premier ministre, lui a ouvert les portes de son bureau, n’est autre qu’une organisation de lobbying défendant les intérêts des Juifs dans le monde. Le CJA est un défenseur dévoué de l’Etat d’Israël quelle que soit sa politique et ses agissements.

Les déclarations de M. Jason Isaacson, Président du Comité juif américain et Directeur du gouvernement et des Affaires internationales, lors du massacre de Gaza en 2009 ne laissent planer aucun doute sur son dévouement à l’état sioniste. « Il n’y a pas de réponse proportionnelle à des mouvements terroristes armés qui tentent sans relâche de tuer des citoyens israéliens. Si la campagne israélienne destinée à affaiblir Hamas et l’empêcher de continuer son agression s’arrête prématurément, le cout sera trop élevé… », affirmait notre cher défenseur de la Paix.

Il est à noter qu’en 2005, M. Jason Isaacson avait été invité au Sommet mondial sur la société de l’information de Tunis, pour organiser un séminaire sur la promotion de la tolérance sur internet. Il est vrai qu’à l époque de Ben Ali, grand ami d’Israël, les Sionistes avaient toute la latitude de se comporter en Tunisie comme en terrain conquis, allant jusqu’à prendre leurs quartiers généraux dans le Palais de Carthage. Après la révolution, quelle n’avait pas été la satisfaction du peuple tunisien, profondément attaché à la cause palestinienne, de voir le réseau du Mossad démantelé et jeté hors de Carthage.

Si la fin de non recevoir à laquelle s’est heurté l’AJC de la part de M. Moncef Marzouki, nouveau locataire du Palais lui en aura fermé les portes nez, le nouveau locataire de la Kasbah va–t-il l’y faire revenir par la fenêtre ? Il est vrai qu’en mai 2011, lors de sa visite à Washington, M. Hamadi Jebali, au cours d’une conférence organisée par Radhouane Masmoudi, avait décrit l’entité sioniste comme un état « démocratique » où les partis religieux jouent un grand rôle.

N’est-ce pas là une drôle d’époque où le secrétaire général d’un parti d’obédience islamique et futur premier ministre d’un pays arabe trouve les membres d’une organisation sioniste plus fréquentables que les membres de l’ambassade de Syrie que M. Ghannouchi voulait fermer dès son retour de Qatar en octobre 2011 ? M. Jebali aurait-il oublié que cette entité qu’il définit comme « démocratique », n’est autre qu’une entité intégriste et raciste, colonisatrice et spoliatrice, terroriste et assassine ?

Se souvient-il que durant la campagne dont parle M. Jason Isaacson, la « démocratie » israélienne a utilisé des bombes au phosphore tuant plus de 1500 personnes en moins de trois semaines dont 450 enfants de moins de 12 ans, ce qui nous laisse tout de même loin des chiffres mensongers annoncés par la chaîne qatarie Al Jazeerah en ce qui concerne la Syrie ? Mais peut-être que pour les membres d’Ennahda, il n’y a pas lieu de prendre fait et cause pour les vies palestiniennes avec autant de détermination que pour les vies des Frères musulmans syriens ?