Je viens de rentrer du palais présidentiel à Carthage, où un groupe de personnes a décidé de faire sit-in pour que le gouvernement daigne enfin les écouter. Les médias ne parlent pas d’eux.

La police en arrivant m’empêche au départ de me joindre à eux. Elle me demande une carte de presse que je n’ai pas vu que je suis bloggeuse. Ils me disent qu’on ne peut pas laisser les gens venir comme ça. Je leur dis que ce sont des Tunisiens, et en tant que Tunisienne, leurs revendications m’intéressent. Ils ne veulent toujours pas me laisser. Je leur dis que c’est mon droit et que Marzouki a dit que son palais est ouvert à tout le monde et que je me considère comme tout le monde. Ils refusent toujours. Je leur dis alors que je vais faire un sit-in moi aussi et qu’ils ne peuvent pas m’en empêcher. Ils acceptent enfin en me disant si tu veux faire un sit-in c’est ton droit. C’était le mot de passe en fait !

Je gare la voiture et me joins au groupe. Je leur demande la permission de m’asseoir. Il me demande qui je suis. Je dis que je suis bloggeuse. Ils me disent c’est quoi bloggeuse. Je leur explique que c’est une personne qui écrit librement sur Internet et qui n’est attaché à aucun journal. Ils sont rassurés. Ils me disent nous on est zawawla, mais toi t’as vraiment pas l’air zawalya… qu’est ce que tu viens faire parmis nous ? nous on est des pauvres ou enti machalah… je leur dit que je me suis faite belle pour eux et que je me suis bien habillée par respect pour eux. Ma réponse les fait sourire. Ils me disent que ça fait longtemps qu’ils n’ont pas souri et qu’ils sont contents que je sois là.

Je m’assois et je vois une jeune femme tenant dans ses bras un bébé de quelques mois, emmitouflé dans une couverture. Le pauvre a reçu le gaz des bombes lacrymogènes et souffre d’une insuffisance respiratoire. Sa maman demande le droit à ce que son bébé soit pris en charge par l’Etat; c’est un dommage collatéral de la révolution qui n’a pas eu lieu et des 9anassa qui n’existent pas, et qui, sans que personne ne les voit, ont rattrapé des manifestants chez la  jeune femme qui s’appelle Thouraya Ghodhabani. Son enfant s’appelle Anis Nasri. Je lance un appel ce soir, pour se mobiliser et relayer l’information, puisque la police a refusé de laisser la presse s’approcher, d’après ce que m’ont dit les sittnneurs.

Ils sont là bas depuis mercredi soir et dorment dans le froid, dans la rue, devant le palais (qui est fermé à ces gens malgré ce que Marzouki a dit sur Shems FM et que j’ai entendu de mes propres oreilles. Il a dit que son palais est ouvert à tout le monde. Or ils ont demandé un refuge pour le bébé mais ils ont refusé. Des policiers sur place ont ramené une couverture et ont donné un blouson au bébé). Il est inadmissible de laisser un petit bébé dans cette situation précaire face à l’indifférence générale. C’est sûr que ce gouvernement, en libérant les pédophiles, a d’autres priorités que le bien être des enfants…

Quand ils sont arrivés (tous originaires de Kasserine), un fonctionnaire au palais les a insultés en leur disant qu’ici, on ne fait pas la charité. Isma3 ya cha3b tounes ya thawri, comment les blessés de la révolution sont traités par l’entourage de notre Président qui a été le premier à reconnaître la valeur des martyrs et des blessés avant les élections. Mais après les élections, tala3a el badrou 3aleyhi….

Le jeudi matin, ils sont reçus par le conseiller du président, M.Samir Ben Amor, qui leur promet d’examiner la situation lundi. Hier, il leur a dit qu’il n’a pas eu le temps, occupé qu’il était aux festivités…c’est normal, l’Emir de Qatar est prioritaire par rapport au peuple qui crève de misère….

Mohamed Ali Nasri, chômeur après la fermeture de son usine au lendemain de la révolution, demande  une prise en charge de ses parents pour qu’ils puissent être soignés

Thouraya Ghodhbane, Samia Nasri, Cherifa Nasri, Salwa Nasri, Marwa Nasri demandent toutes une régularisation de leurs situations de travail, pour celles qui travaillent et du travail pour celles qui sont au chômage. Leurs familles n’ont aucun revenu. Certaines travaillent sous un contrat qui s’appelle “Ely 16”. Elles travaillent 9 mois, puis retournent au chômage  puis on les appelle pour travailler à nouveau. Il  y a d’après ce qu’elles disent, moyen de régulariser leurs situations vu que certaines personnes partent à la retraite et que d’autres viennent de débarquer et ont été embauchées (Mairie de la Sokra par exemple)

Abed Gasmi, blessé de la révolution handicapé partiel, a une mère accidentée et demande juste que “yama” puisse accéder aux soins.

Ils ne demandent pas la charité, juste vivre dignement et assurer à leurs proches une prise en charge décente. Les blessés de la révolution devraient être prioritaires pour l’emploi. Et non Monsieur, qui travaillez au palais de la présidence, ils ne demandent pas la charité, c’est leur droit, et si vous êtes là aujourd’hui c’est grâce à des gens comme eux; enboussoulhom sa9ihom ou chowaya fihom...

SVP, si vous pouvez les soutenir, même en passant, leur dire bonjour, les écouter, leur faire sentir qu’ils existent, faites-le. J’ai discuté avec eux, on a beaucoup rigolé de la politique, eux avec beaucoup plus d’amertume que moi. J’ai un emploi stable, je n’ai pas l’indécence de me plaindre…

Je vous prie de diffuser le message, le bébé est vraiment dans une situation précaire…3ib.Je me demande comment Marzouki peut dormir la nuit quand il voit en sortant cette pauvre maman avec son enfant asthmatique sur les bras.

Une seule chose les tue…comme ils me l’ont dit ” el 7ogra ya Jolanare… el 7ogra…

 

PS: J’ai oublié de prendre mon appareil photo malheureusement. Mais SVP allez y ou publiez l’info.