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Chronique

16 février 2014, un faux barrage sécuritaire (une vieille méthode algérienne) a été monté pour piéger une patrouille de la garde nationale dans la région de Bulla Regia, un site archéologique à cinq kilomètres du gouvernorat de Jendouba, soit à quelques kilomètres de la frontière Tuniso-Algérienne. Résultat : 4 victimes dont un civil et zéro mort de la part des meurtriers. Chose qui reflète la précision de l’acte et la grande confiance qu’ils ont en eux. Cette fois-ci, il s’agit d’une embuscade programmée semblable à celle qui a été réalisée au mont Chaâmbi en 2013 mais qui s’en prend à des civils sur la voie publique et dans une zone non montagneuse.

C’est un nouveau pas dans la sublimation. Cette embuscade a pour raison, justement, la terrorisation des citoyens, voire même les policiers, en semant le doute entre citoyens-policiers et entre confrères.

Retrouver des terroristes dans plusieurs zones de la Tunisie est indice de leur libre déplacement sans qu’ils soient repérés, indice de l’inefficacité voire la quasi-absence des services de renseignement et indice de l’amateurisme dans le traitement de ce phénomène considéré « étranger ».

Pourquoi on ne peut trop en vouloir au gouvernement actuel ?
Depuis la nomination du gouvernement de Mehdi Jomâa, tout est le même : le système policier, le ministre de l’Intérieur et les terroristes, sauf que contrairement à ses prédécesseurs, il y a eu une seule différence qui s’est manifestée lors des embuscades de Raoued : la volonté politique ! En effet, le gouvernement n’a pas trop le choix, il doit ramasser les pots cassés de la Troïka car la période de sa gouvernance a été amplement suffisante et propice pour la prolifération du terrorisme. Bien que le ministre de l’intérieur actuel assume une bonne part de la responsabilité politique et morale de la propagation de ce phénomène gangrénant (l’assassinat de Brahmi, les incidents de Guebollat, les incidents de Sidi Ali Ben Aoun…)

L’incident de Bulla Regia était prévisible. On devait s’attendre à une réaction de la part des terroristes, signe qu’ils sont toujours là, à savoir par vengeance. Difficile de les localiser, la mission du ministère de l’intérieur ne sera pas facile à remplir.

Solutions

Compte tenu du caractère urgent de la menace, les stratégies élaborées pour la lutte contre le terrorisme doivent êtres axées sur la recherche de solutions susceptibles d’être mises en œuvre rapidement.

La coopération n’est plus un luxe, elle est une nécessité. Il est impératif de suivre l’exemple des pays qui ont eu de l’expérience dans la lutte contre le terrorisme, notamment l’Algérie, de s’investir dans l’amélioration des technologies de la défense contre le terrorisme. Objectifs : prévenir les attaques (les faux barrages, les attentats suicides, les assassinats…), limiter le phénomène et enfin l’éradiquer. Le rôle des forces de l’ordre ne doit pas se limiter à la réaction, il doit agir et prévoir les attaques.
Parallèlement, il faut que les médias prennent leur responsabilité dans ce combat. Quand il s’agit d’un phénomène aussi sensible, il faut en être bien formé. Les médias doivent être très sélectifs quand il s’agit du terrorisme. Il faut que l’intérêt national soit à la hauteur des priorités journalistiques et non pas le scoop et l’exclusivité de l’information.
La rationalité des journalistes jouera un rôle principal dans le combat mené contre le terrorisme.

Sur le long terme, il faut éduquer les citoyens, surtout les jeunes adolescents. Ceci est le rôle du ministère des Affaires Religieuses qui doit être dotée d’un ministre sans empreinte partisane et issu de l’école de la Zeitouna.

Enfin, on ne veut pas lutter contre le terrorisme des extrémistes pour se retrouver dans le terrorisme de l’Etat. La lutte contre le terrorisme ne doit pas être, en aucun cas, une justification pour le retour du culte de l’Etat.

Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux.
Benjamin Franklin