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La Security Governance Initiative (SGI) a été lancé, lors du sommet Afrique-Etat Unis, par Barack Obama. Serait-ce un moyen imparable d’entrer vivement dans ce qui sera dans un futur proche un nouvel Eldorado pour les investisseurs : l’Afrique.

La Maison Blanche a publié, le 6 août dernier, un communiqué de presse relatif à la mise en place par les Etats-Unis d’Amériques d’un nouveau projet appelé « Initiative sur la gouvernance en matière de sécurité » qui ciblera six pays africains : le Ghana, le Kenya, le Mali, le Niger, le Nigeria et la Tunisie.

L’initiative US propose une approche globale visant à améliorer la gestion du secteur sécuritaire et les capacités à faire face aux menaces. Le choix de ces six partenaires n’est pas anodin. On connait tous les groupuscules terroristes qui sévissent dans ces pays, à l’instar d’Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI), Al Shabbaab ou encore Boko Haram.

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Un arc de crise jihadiste, source : liberation.fr

Selon les Américains, ces groupuscules menacent les perspectives de développement et de croissance économique des pays partenaires, dont les gains peuvent être encore plus importants, une fois le défi sécuritaire réussi. En d’autres termes, ces six pays partenaires représentent pour les USA, un futur marché où les investissements couleront à flot. Il est, donc, dans leur intérêt que la situation sécuritaire soit au beau fixe.A titre d’exemple :

L’économie ghanéenne continue de progresser à un rythme honorable avec une croissance annuelle moyenne de près de 6.0 % sur les six dernières années…Sur le moyen terme, à l’horizon 2015, l’économie devrait enregistrer une solide croissance de près de 8.0 %.

Perspectives économiques en Afrique

La croissance économique (du Kenya) est estimée à 4.9 % pour 2013 et devrait s’accélérer à 5.7 % en 2014.
Banque Africaine de Développement

« Les perspectives macroéconomiques (au mali) à moyen terme sont optimistes. La reprise de l’économie devrait poursuivre sa consolidation avec un taux de croissance du PIB réel attendu à 6.7 % en 2014 et à 5.6 % en 2015, stimulée par les performances agricoles et minières, ainsi que par le redémarrage du secteur tertiaire.
Banque Africaine de Développement

La croissance (en Tunisie) devrait repartir en 2014 et en 2015, clôturant, ainsi, l’épisode de récession subi en 2011 (- 1.8 %). La mise en œuvre attendue de la réforme fiscale et de la réforme des subventions à l’énergie, une gestion plus rigoureuse des finances publiques, et des capacités de financement restaurées devraient permettre, dès 2014, de réduire le déficit budgétaire, puis de le résorber en 2015. Et le déficit du compte courant devrait diminuer, dès 2014, sous l’effet de la reprise économique et de la relance du tourisme.Banque Africaine de Développement

Autant dire que les perspectives d’avenir des six pays partenaires sont à plus d’un titre encourageantes pour les investisseurs. Ce projet viserait, donc, à terme de permettre aux USA d’apaiser les démons d’une région, mais surtout de faire planer leur ombre sur des régions dont les perspectives économiques peuvent vite devenir enrichissantes pour les investisseurs du pays de l’oncle Sam.

Ce projet de 65 millions de dollars, pour sa première année, (il sera amené a augmenter dans les années à venir) consiste à améliorer les « capacités des institutions sécuritaires » des pays partenaires. Ainsi, une approche et une stratégie communes, dans la protection des civils, mais aussi dans la lutte contre la menace terroriste sera mise en place progressivement entre les six partenaires, même si au sein de chaque pays, des nuances seront apportées.

Ainsi, une fois cette stratégie commune adoptée, l’évaluation se fera à travers un partage de données et une analyse rigoureuse de l’ensemble des partenaires afin de « cibler des investisseurs consentant afin de soutenir les institutions civiles et militaires ». Quoi de mieux qu’une guerre contre le terrorisme pour garnir les caisses du complexe militaro industriel américain ?! Il serait fort à parier que ce « soutien aux institutions civiles et militaires » se fera à travers des ventes de matériels militaires. D’ailleurs, la Tunisie en a déjà bénéficiée , à la suite de l’appel du président provisoire Moncef Marzouki, lors de sa récente visite à Washington. Idem pour le Mali.

Cependant, la Maison Blanche ne cache pas l’intérêt des USA derrière une telle initiative. Parmi les buts de la SGI :

• Accroître la capacité des pays partenaires pour répondre aux besoins de sécurité des citoyens, comme l’accès à la justice, la lutte contre les menaces transnationales, mais aussi contribuer à la sécurité et à la stabilité régionale et internationale;
• Prévenir ou atténuer l’instabilité et les conflits et lutter contre les activités terroristes et leurs environnements favorables;
• Prévaloir les intérêts des États-Unis et ses objectifs stratégiques, y compris la promotion de la gouvernance démocratique, la primauté du droit, le respect des droits de l’homme et le développement économique, à long terme, tout en améliorant l’efficacité et la durabilité des autres investissements d’aide au secteur de la sécurité des États-Unis et des activités;
• Approfondir l’impact des investissements américains dans les pays qui font preuve de leadership et de volonté politique à faire des réformes et de décisions politiques nécessaires pour améliorer la gouvernance du secteur de sécurité. »

Ainsi, il existe une forme de hiérarchie dans les buts de cette SGI. Il apparaît clairement qu’il s’agit d’une suite d’objectifs à atteindre en allant « du court terme » vers le « long terme » au sein de laquelle la Tunisie sera amenée encore une fois à jouer un numéro d’équilibriste entre sa souveraineté, ses intérêts économiques et ses relations avec ses “partenaires”.