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Photo d’archives, par Callum Francis Hugh, Nawaat.

La nuit du 30 août dernier, l’activiste et blogueuse Lina Ben M’henni et son père Sadok Ben M’henni, ainsi que son agent d’escorte, se sont fait agresser par des policiers du district de sûreté de Djerba. Lina affirme que les policiers l’ont giflée et insultée et lui ont même assénée des coups de pied parce qu’ils ne voient pas d’un bon œil le fait qu’elle soit escortée par un garde du corps.

Je ne me soucie pas de moi, car j’ai, maintenant, l’habitude de ce genre d’agression et bien pire encore. Mes craintes et pensées vont aux anonymes qui n’ont ni protection ni visibilité leur permettant de se défendre contre la violence policière. Si moi, je jouis du soutien de la société civile, des habitants qui me connaissent et des médias, d’autres n’ont pas cette chance. Du coup, beaucoup sont maltraités par des policiers qui se croient au-dessus de la loi et qui reprennent de plus en plus leurs anciennes mauvaises habitudes du temps de Zaba.
témoigne Lina Ben M’henni, qui a porté plainte et a promis de poursuivre en justice ses agresseurs.

Rappelons que Lina est escortée par le ministère de l’Intérieur depuis 13 mois suite à des menaces de mort qu’elle a reçu.

La recrudescence des abus de pouvoir et de la violence de plusieurs policiers devient alarmante, ces derniers mois, dans un contexte où le ministère de l’Intérieur tente de se refaire une crédibilité, allant jusqu’à solliciter le soutien populaire pour lutter contre le terrorisme. Si l’agression des M’henni a été particulièrement médiatisée, ce fut l’occasion pour Lina de rappeler qu’elle n’est pas la seule à subir ce genre de violence qui peut aller jusqu’à la torture ou l’homicide volontaire.

Tel est le cas du jeune Nidhal Belgacem, arrêté, le 14 août 2014, à Tunis, tabassé et torturé à plusieurs reprises, à Bouchoucha, selon plusieurs témoins. Suite à des agressions qualifiées d’« affreuses » par Radia Nasraoui, présidente de l’organisation tunisienne de lutte contre la torture, la victime, tombée , a été transportée à l’hôpital Charles Nicolle, à Tunis.

Soupçonné de trafic d’alcool, Nidhal Belgacem, 32 ans, a été traduit devant le tribunal de première instance de Tunis où son procès est en cours. Le ministère public a repéré, le 8 août, des traces de torture sur le corps de l’accusé et a, alors, ordonné, de le transférer à l’hôpital où il est sous surveillance. Selon l’organisation tunisienne de lutte contre la torture, la victime a subi de longues séances de torture avec des marques de torture sur tout son corps, dont des traces de brulûre avec des mégots de cigarettes. L’organisation a demandé aux autorités d’ouvrir une enquête et de traduire en justice les coupables. A ce niveau, nous attendons encore les résultats de l’enquête.

Nidhal Belgacem s’ajoute à la longue liste des personnes torturées, maltraitées et harcelées par la police bien après le 14 janvier 2011. Le 25 août dernier, à Sousse, la police s’est acharnée sur Héla Boujenah, une militante de droits de l’Homme, , arrêtée, tabassée violemment et emmenée au poste de police de Beb Behar à Sousse. Selon son propre témoignage, des policiers en civil l’ont agressé, lorsqu’ils ont découvert ses activités militantes. Menottée, elle a vécu plusieurs heures de violence verbale, d’intimidation allanr jusqu’à l’harcèlement sexuel. La jeune femme a été incarcérée pendant 24 heures, sans motif valable et sans avoir eu le droit de voir un avocat.

On a refusé de m’enlever les menottes et l’un des gardiens m’a dit : « Apparemment tu aimes beaucoup de choses et tu aimes qu’on te fasse beaucoup de choses », en me lançant un regard vicieux et pervers. témoigne Héla Boujenah.

Le 1er septembre, le juge a décidé de reporter l’audience au 15 septembre 2014. Entre- temps, une grande mobilisation s’est mise en place en Tunisie et à l’échelle internationale. La députée européenne, Marietje Schaake, du groupe de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe, a demandé à la vice-présidente de l’Union européenne d’ouvrir une enquête sur l’arrestation de Héla Boujenah.

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Source : Written Question to the High Representative on the case of Héla Boujneh in Tunisia. Marietje Schaake

Baki Youssoufou, président d’Active Generation, qui mène une compagne de soutien à la militante tunisienne, nous a déclaré que « la police met en danger la démocratie et la transition politique en Tunisie. Cet acharnement sur la jeunesse tunisienne qui a fait la révolution pour la liberté et le respect des droits de l’Homme nous inquiète et doit absolument s’arrêter. Les accusations fabriquées contre Héla sont inadmissibles et nous allons maintenir la pression pour sa libération ».

Dans la même manière, l’activiste Sabra Beldebabis a été victime d’une tentative de détournement, la nuit du 2 au 3 août dernier, à Tunis (près de la mosquée El Fateh). La victime a été agressée par deux inconnus sur une moto. Heureusement pour elle, après quelques minutes de résistance à ses agresseurs, une voiture de police passe et en se jetant sur le véhicule, elle a a contraint ses agresseurs à prendre la fuite. Le calvaire de Sabra ne s’arrête pas à ce stade, car après qu’elle ait porté plainte, elle découvre que l’un des deux individus soupçonnés de son agression est un policier. Depuis, elle continue à subir une grande pression pour retirer sa plainte par crainte de détruire la carrière du policier soupçonné de participer au détournement.

Les accusations ont mystérieusement changé d’un détournement à une atteinte aux bonnes mœurs. Chose que j’ai refusée en demandant de revoir mon affaire et de reprendre les interrogatoires.
nous a confié la militante qui attend son procès fixé au 8 octobre 2014, au tribunal de première instance de Tunis.

L’impunité des policiers semble persister. Or, sans la réforme de l’appareil sécuritaire et judiciaire, la transition politique ne fera que s’enliser dans la division et la violence organisée. Hier encore, à Kasserine, deux attaques terroristes ont eu lieu (sans perte humaine), laissant plusieurs questions sur l’exigence de d’améliorer le rendement du ministère de l’Intérieur dans le respect impératif des droits de l’Homme.