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En marge des célébrations du 60ème anniversaire de l’indépendance, Mohsen Marzouk et Cie ont choisi la date du 20 mars pour lancer officiellement leur nouvelle formation politique « Harakat Machroû Tounes » (Mouvement du Projet de la Tunisie). Disons qu’il s’agit d’un clin d’oeil à Habib Bourguiba, le père de l’indépendance et fondateur de l’Etat tunisien moderne, dont ce nouveau parti, rassemblant des libéraux centristes et des militants du centre-gauche, revendique l’héritage idéologique et politique.

Or, le 2 mars 2016, lors d’une conference de presse, le lieutenant de l’ex-secrétaire général de Nidaa Tounes, le député Walid Jalled a annoncé le ralliement de plusieurs personnalités au « Machroû »: Sadok Chaâbane, Habib Mbarek, Abdelhafidh Hergam, Slim Tlatli, Afif Hendaoui, Salah Hajji et Adnène Belhaj Amor.

Tiens, tiens, tiens! Vous dîtes Sadok Chaâbane? Mais qui est vraiment ce Sadok Chaâbane qui s’affiche sur Facebook comme bourgibiste et destourien, mais mal désiré par l’un des adhérents du M.P.T.?

Or si on jetait un coup d’oeil sur la carrière politique de cet universitaire natif de Sfax, le 23 fevrier 1950, le benalisme semble lui coller à la peau plus que le bourguibsime.

  • Le RCD comme tremplin politique

Titulaire d’un doctorat d’Etat en droit public et en sciences politiques depuis 1975, agrégé et maître de conférences dans les mêmes spécialités en 1980, puis professeur en 1984, Sadok Chaâbane commença sa carrière politique en 1988 au sein du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, parti au pouvoir), en tant que secrétaire permanent chargé des études, membre du comité central et aussi membre de son bureau politique.

Le 11 avril 1989, il devint secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et la Recherche scientifique et le 15 septembre 1990, il est nommé conseiller principal auprès du président de la République tunisienne chargé des affaires politiques. Cinq mois plus tard, le 20 février 1991, il accéda aux fonctions de secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargé de la recherche scientifique.

Le 20 juin 1991, il devint conseiller principal auprès du président de la République chargé des droits de l’homme. Le 22 février 1992, il est nommé ministre-conseiller auprès du président de la République chargé de l’Institut tunisien des études stratégiques. avant d’occupa son premier poste ministériel, le ministère de la Justice jusqu’au 22 janvier 1997.

Voilà un portefeuille ministériel qu’on peut l’accorder qu’aux fidèles du régime et généralement aux hommes du cercle rapproché de Ban Ali vu l’importance de ce poste dans un état policier.

  • Architecte de la réélection de Ben Ali en 1999 avec 99, 45% des voix

L’année 1999 restera décisive dans la carrière de ce brillant politique. En effet, après 12 ans de règne sans merci sur le pays, Zine el-Abidine Ben Ali chargea Sadok Chaâbane de la coordination de sa campagne électorale pour l’élection présidentielle.

Mission accomplie! Avec un score soviétique de 99,45%, l’architecte de la réélection de l’ex-locataire du Palais de Carthage est récompensé par son « Big Boss » qui lui a offert sur un plateau argenté, le 17 novembre 1999, les clés du ministère  de l’Enseignement supérieur. Une consécration pour un universitaire comme lui.

Le bon élève du régime s’est vu octroyer une rallonge pour devenir, septembre 2002, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Technologie et réintégrer de nouveau le bureau politique du RCD, qu’il quitta le 11 novembre 2004.

Le 18 novembre 2004, Sadok Chaâbane est de nouveau nommé ministre-conseiller auprès du président de la République et également chargé de l’Institut tunisien des études stratégiques.

Enfin, le 22 mars 2007, il remplace Dali Jazi au poste du Conseil économique et social jusqu’au 22 février 2011, date de sa démission, soit 39 jours après la chute du régime, un certain 14 janvier. Plus fidèle que ça, tu meurs!

  • Un retour sous la banderole du “Machroû”

On oublie aussi que Sadok Chaâbane est aussi titulaire du prix présidentiel et décoré du grand cordon de l’Ordre de la République et du grand cordon de l’Ordre du 7-Novembre.

En 2008, Ben Ali lui confia la préparation du dialogue national à l’occasion de l’année de la jeunesse: une autre preuve de son ancrage dans la propagande du régime.

Et pour ne pas conclure, le 6 mai 2011, une plainte a été déposée contre lui pour abus de pouvoir et détournements de biens publics.

Aujourd’hui, ce vieux briscard de l’establishment RCDiste revient au devant de la scène politique sous la banderole du “Mouvement du Projet de la Tunisie” en affichant son appartenance à la famille destourienne et en se positionnant comme étant un fidèle de la politique bourguibienne.

Or comme l’a si bien dit le jeune intellectuel tunisien, Mohamed Sadok Lejri en s’adressant à Sadok Chaâbane:

Vous étiez certainement un brillant universitaire, mais vous avez meurtri notre pays en servant son bourreau, un mafieux gominé inculte, et aujourd’hui vous vous lamentez sur son sort. Vous écriviez des livres dithyrambiques, tandis que la Tunisie allait à sa perte et qu’une clic mafieuse mettait le pays en coupe réglée : Ben Ali ou comment bâtir une démocratie. Fin de la géographie et retour de l’histoire… Que vous le vouliez ou non, vous avez participé au déclin de ce pays, Professeur, et à la propagation de la médiocrité.

Bref, drôle de come-back pour un Novembriste notoire et ex-poids lourd de l’époque mauve qui veut se refaire une virginité politique sur le dos de Bourguiba. Après tout, d’autres Has-been l’ont fait, alors pourquoi pas lui?