Nos enfants, les enfants de nos enfants, lui donneront son sens. Ils diront si les martyrs sont morts ou s’ils sont toujours vivants. Pour notre part, avec la mesquinerie qui nous caractérise, nous hésitons toujours à parler de révolution, c’est-à-dire à la faire. Très rapidement, au lendemain de la fuite de Ben Ali, on a vu surgir des questionnements suspects. Derrière les interrogations légitimes sur les circonstances exactes dans lesquelles le président contesté avait été amené à partir, se profilait la mise en doute du caractère largement spontané des mobilisations populaires. La thèse du coup d’Etat interne au régime et de la manipulation des masses apparaissait.  Les interventions impérialistes en Libye, les manœuvres américaines en Syrie ont contribué par la suite à mettre en doute l’« authenticité » du processus révolutionnaire en cours. La trajectoire d’Ennahdha, parvenue à la tête de l’Etat, le retour au premier plan d’anciens responsables RCD-istes depuis l’élection de Béji Caïd Essebsi, l’absence de transformation radicale sur les plans sociaux et économiques, les menaces qui pèsent sur les acquis démocratiques, la répression et le reflux des mouvements autonomes de masse, ont renforcé l’idée que finalement la notion de révolution manquait de pertinence.